IV. HIVER
-
- ‘Edge of Winter’ (Schreiner, 1983)
- ‘Winter Adventure’ (Paul Black, 1992)
- ‘Winterberry’ (Spoon, 2010)
- ‘Winter Breeze’ (Tom Johnson, 2010)
8.3.13
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Hommage ?
‘Truly Yours’ est un iris historique, enregistré par Orville Fay en 1949, et quia reçu la Médaille de Dykes en 1953. Il peut être décrit comme iris blanc, largement infus de jaune au cœur ; barbes jaunes. Son pedigree s’écrit : « (((Rameses x Farwest)x semis Fay)x semis Hall) X Zantha ». Encore aujourd’hui on peut dire qu’il « a de la gueule ». Mais voilà : Joë Ghio a découvert dans ses semis un nouvel iris qui ressemblait étrangement à ‘Truly Yours’. Il l’a appelé ‘Yours Truly’ (2012). C’est à n’en pas douter une façon de rendre hommage au grand ancêtre, et, en ce sens, c’est une louable intention. Mais c’est aussi une nouvelle entorse à la règle n° 6 qui interdit « Les faibles variations d’un nom déjà donné ». En l’occurrence il n’y a même aucune variation, si ce n’est l’ordre des mots !
Actuellement la plus grande anarchie règne dans l’attribution des noms d’iris. Il serait temps que l’AIS, protectrice des appellations, réagisse vigoureusement.
‘Truly Yours’ est un iris historique, enregistré par Orville Fay en 1949, et quia reçu la Médaille de Dykes en 1953. Il peut être décrit comme iris blanc, largement infus de jaune au cœur ; barbes jaunes. Son pedigree s’écrit : « (((Rameses x Farwest)x semis Fay)x semis Hall) X Zantha ». Encore aujourd’hui on peut dire qu’il « a de la gueule ». Mais voilà : Joë Ghio a découvert dans ses semis un nouvel iris qui ressemblait étrangement à ‘Truly Yours’. Il l’a appelé ‘Yours Truly’ (2012). C’est à n’en pas douter une façon de rendre hommage au grand ancêtre, et, en ce sens, c’est une louable intention. Mais c’est aussi une nouvelle entorse à la règle n° 6 qui interdit « Les faibles variations d’un nom déjà donné ». En l’occurrence il n’y a même aucune variation, si ce n’est l’ordre des mots !
Actuellement la plus grande anarchie règne dans l’attribution des noms d’iris. Il serait temps que l’AIS, protectrice des appellations, réagisse vigoureusement.
DOMINANCE ET RÉCESSIVITÉ
Quand j’ai commencé la rédaction de cette chronique, je me suis demandé si je réussirai à aller jusqu’au bout. J’ai même hésité longuement avant de me lancer. C’est que je ne suis ni scientifique, en général, ni généticien, en particulier ! J’ai même l’intime conviction que je n’ai aucune aptitude pour cela. Mais, bon ! Essayons un peu de venir en aide à ces amateurs d’iris qui veulent effectuer des croisements sans aller à l’aveuglette (1).
Première constatation : dans l’espoir d’obtenir un iris plicata, on a croisé une jolie variété de ce modèle, et un bel iris rose dont espérait retrouver la couleur sur le fond du nouveau plicata. Mais non, rien. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas un seul plicata parmi les rejetons pourtant amoureusement soignés pendant trois ans ? La faute au fait que le bel iris rose ne portait pas le gène plicata, et que pour que le modèle apparaisse, il faut que l’iris pris pour mâle et l’iris pris pour femelle portent l’un et l’autre le gène plicata. C’est sans doute dit de façon imparfaite pour un généticien (je crois qu’on devrait parler d’allèle d’un gène plutôt que de gène), mais je crois que c’est ça. On dit que le gène plicata est récessif.
Deuxième constatation : on recroise l’un des nouveaux iris avec un autre plicata, et il y a des plicatas parmi les semis de cette deuxième génération. Pourquoi ? Parce que les deux parents portaient le gène plicata (dans le premier il n’était pas exprimé, mais il l’était visiblement dans le second).
C’est la difficulté avec les gènes récessifs : il faut qu’ils soient présents dans le génome des deux parents pour apparaître. Si on associe un parent porteur et un parent non-porteur on ne verra rien, le gène est présent mais il ne peut pas s’exprimer. J’ai trouvé dans Wikipedia la phrase suivante qui résume bien le phénomène : « L'allèle récessif d'un gène désigne un allèle qui ne s'exprime pas dans un génome qui contient un allèle dominant du même gène ». Et aussi : « La particularité de l'allèle récessif d'un gène est qu'il peut être présent dans le génome et transmis sur plusieurs générations sans qu'il ne s'exprime ». Il est là, tapi quelque part, et il attend son heure. Elle viendra quand il rencontrera un allèle semblable. Et dans notre exemple le croisement plicata X plicata donnera nécessairement naissance à des plicatas.
Un allèle dominant (le contraire d’un allèle récessif) s'exprime toujours dans le génome de son porteur. Avec ce cas de figure, pas de problème : le caractère recherché apparaîtra dès la première génération.
Mais comment savoir si un caractère est récessif ou dominant ? Pour cela comptons sur notre expérience et l’expérience des autres. C’est à l’usage que cela se constate et c’est en étudiant ce que les hybrideurs ont déjà dit ou écrit que l’on acquiert toute cette connaissance.
Encore une observation : chez nos iris l’affaire se complique par le fait que nous n’avons pas affaire à des plantes naturelles, mais à des hybrides issus de croisements multiples et répétés (à l’heure actuelle on dépasse facilement la quarantaine de générations), qui concernent des porteurs de gènes dominants et des porteurs de gènes récessifs, sans qu’on soit absolument certains de la nature de ce que l’on croise. Dans la plupart des cas il y a donc une grande incertitude, et pour aboutir à ce que l’on désire obtenir il faut cultiver un très grand nombre de semis. Si l’on ajoute que, la chance aidant, on a trouvé parmi tous les petits nouveaux quelque chose qui ressemble à ce que l’on cherche, il faut encore plus de chance pour qu’il y ait, parmi ces nouveaux iris, une plante avec des fleurs belles et bien formées, portées par une plante élégante, vigoureuse et qu se multiplie sans difficulté : il y a plus de vilains petits canards que de superbes cygnes dans une brassée de frères de semis !
(1) L’exactitude scientifique a été vérifiée par Maurice Boussard.
Illustrations :
- ‘Pleasure Cruise' (Plough, 1975) - un plicata classique, primé à Orléans en 1978
- ‘Dipped in Dots’ (P. Black, 2011) – un plicata moderne
- ‘Pink Taffeta’ (Rudolph, 1968 –DM 1975) - un unicolore rose classique
- ‘Sensuelle’ (Ransom, 2000) – un unicolore rose moderne
Première constatation : dans l’espoir d’obtenir un iris plicata, on a croisé une jolie variété de ce modèle, et un bel iris rose dont espérait retrouver la couleur sur le fond du nouveau plicata. Mais non, rien. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas un seul plicata parmi les rejetons pourtant amoureusement soignés pendant trois ans ? La faute au fait que le bel iris rose ne portait pas le gène plicata, et que pour que le modèle apparaisse, il faut que l’iris pris pour mâle et l’iris pris pour femelle portent l’un et l’autre le gène plicata. C’est sans doute dit de façon imparfaite pour un généticien (je crois qu’on devrait parler d’allèle d’un gène plutôt que de gène), mais je crois que c’est ça. On dit que le gène plicata est récessif.
Deuxième constatation : on recroise l’un des nouveaux iris avec un autre plicata, et il y a des plicatas parmi les semis de cette deuxième génération. Pourquoi ? Parce que les deux parents portaient le gène plicata (dans le premier il n’était pas exprimé, mais il l’était visiblement dans le second).
C’est la difficulté avec les gènes récessifs : il faut qu’ils soient présents dans le génome des deux parents pour apparaître. Si on associe un parent porteur et un parent non-porteur on ne verra rien, le gène est présent mais il ne peut pas s’exprimer. J’ai trouvé dans Wikipedia la phrase suivante qui résume bien le phénomène : « L'allèle récessif d'un gène désigne un allèle qui ne s'exprime pas dans un génome qui contient un allèle dominant du même gène ». Et aussi : « La particularité de l'allèle récessif d'un gène est qu'il peut être présent dans le génome et transmis sur plusieurs générations sans qu'il ne s'exprime ». Il est là, tapi quelque part, et il attend son heure. Elle viendra quand il rencontrera un allèle semblable. Et dans notre exemple le croisement plicata X plicata donnera nécessairement naissance à des plicatas.
Un allèle dominant (le contraire d’un allèle récessif) s'exprime toujours dans le génome de son porteur. Avec ce cas de figure, pas de problème : le caractère recherché apparaîtra dès la première génération.
Mais comment savoir si un caractère est récessif ou dominant ? Pour cela comptons sur notre expérience et l’expérience des autres. C’est à l’usage que cela se constate et c’est en étudiant ce que les hybrideurs ont déjà dit ou écrit que l’on acquiert toute cette connaissance.
Encore une observation : chez nos iris l’affaire se complique par le fait que nous n’avons pas affaire à des plantes naturelles, mais à des hybrides issus de croisements multiples et répétés (à l’heure actuelle on dépasse facilement la quarantaine de générations), qui concernent des porteurs de gènes dominants et des porteurs de gènes récessifs, sans qu’on soit absolument certains de la nature de ce que l’on croise. Dans la plupart des cas il y a donc une grande incertitude, et pour aboutir à ce que l’on désire obtenir il faut cultiver un très grand nombre de semis. Si l’on ajoute que, la chance aidant, on a trouvé parmi tous les petits nouveaux quelque chose qui ressemble à ce que l’on cherche, il faut encore plus de chance pour qu’il y ait, parmi ces nouveaux iris, une plante avec des fleurs belles et bien formées, portées par une plante élégante, vigoureuse et qu se multiplie sans difficulté : il y a plus de vilains petits canards que de superbes cygnes dans une brassée de frères de semis !
(1) L’exactitude scientifique a été vérifiée par Maurice Boussard.
Illustrations :
- ‘Pleasure Cruise' (Plough, 1975) - un plicata classique, primé à Orléans en 1978
- ‘Dipped in Dots’ (P. Black, 2011) – un plicata moderne
- ‘Pink Taffeta’ (Rudolph, 1968 –DM 1975) - un unicolore rose classique
- ‘Sensuelle’ (Ransom, 2000) – un unicolore rose moderne
1.3.13
LA FLEUR DU MOIS
‘FLUTED LIME’
Cette fois nous allons faire un saut en arrière de presque cinquante ans. Parce que je vais parler d’une variété qui a longtemps excité ma curiosité. C’était au début des années 1980, quand je me suis mis à collectionner les iris. Peu à peu je me suis constitué un ensemble où se rencontrait tout ce que je connaissais comme coloris. Mais il en était un que je n’avais jamais vu « pour de bon » : le vert. En matière d’iris, quand on parle de vert on ne pense pas à la couleur des épinards, ni même à celle des amandes. Le vert des iris est plus proche du jaune que de n’importe quoi d’autre. Il évoque le tilleul, la chartreuse, la tisane que l’on boit l’hiver, au coin du feu… C’est une couleur douce, une touche de chlorophylle sur un fond doré. Le vert évoque, dans l’esprit des obtenteurs, inévitablement, l’Irlande. Ils donnent donc à leurs iris verts des noms qui renvoient vers ce pays : Ireland, Erin… Ils n’hésitent pas non plus à parler franchement de « Green », ce qui est un peu excessif tout de même. Ils font aussi le rapprochement avec la couleur de certaines boissons à base de plantes, et en particulier au whisky !
Tout cela pour dire que, lorsque je me suis dit qu’il n’y avait pas de « vert » dans ma collection, j’ai hésité à acheter des plantes en fin de compte si peu en rapport avec la couleur qu’elles étaient sensées représenter. Les iris verts ne sont ni les plus attrayants, ni les plus photogéniques. J’ai donc repoussé plusieurs années de suite l’acquisition d’une de ces variétés dont je doutais de l’effet au jardin. Jusqu’au jour où, effectuant un échange de rhizomes avec une dame du nord de la France, celle-ci m’a proposé ‘Fluted Lime’ (Noyd, 1966). La gratuité de l’opération m’a incité à franchir le pas, et c’est ainsi que j’ai découvert un iris vert.
‘Fluted Lime’ fait partie, à mon avis des variétés dans les tons de vert les plus contrastées, les plus proches de ce qu’on nomme habituellement le vert. Admettons tout de même que c’est un iris jaune, mais accordons-lui le bénéfice d’une certaine influence tirant vers le vert. Qualifions-le de vert tilleul, avec des barbes moutarde. Il provient d’un croisement ('Green Glint' X ('Woodland Sprite' x 'Whispering Bells') dont les membres, aujourd’hui, ne courent certainement pas les rues ! ‘Green Glint’ (Rex Brown, 1960) n’a pas été transféré au Panthéon des iris ! C’est, d’après son obtenteur, une fleur jaune soufre, avec des barbes verdâtres. ‘Woodland Sprite’ date de 1956. Il est décrit comme « dresden yellow », c’est à dire d’un jaune pâle comme celui qu’on voit sur la porcelaine de Saxe. Son obtenteur est un parfait inconnu qui s’appelait George Coppedge, citoyen de l’Alabama, à qui le monde des iris est redevable de dix variétés enregistrées, toutes restées inconnues. Quant à ‘Whispering Bells’ (1959), c’est un produit de Luella Noyd, comme son descendant. Il a dans son pedigree des références sérieuses comme ‘Midwest Gem’ (Sass, J., 1937) et se présente en rose pâle.
La descendance de ‘Fluted Lime’ n’est pas nombreuse, mais elle existe. Elle n ’est officiellement composée que de six variétés, toutes jaunes ou verdâtres, dont ’Mountain Dew’ (Innerst, 1979), nettement jaune moutarde, et le sympathique iris polonais ‘Zhoonyo’ (Komarnicki, 2003).
Par la suite j’ai cultivé plusieurs autres iris qualifiés de verts. A commencer par ‘Green Quest’ (Rex Brown, 1959), vert mimosa, cousin de ‘Green Glint’ cité plus haut. Il y eut ensuite ‘Bayberry Candle’ (DeForest, 1969) qui est peut-être encore le plus vert des iris, ‘Song of Erin’ (Roach 1971), où le vert colore un fond blanc, ‘Irish Spring’ (Roe 1973), joli amoena aux pétales bien blancs et aux sépales nettement influencés de jaune verdâtre, ‘Pistachio’ (Ghio 1974) , mimosa vif avec barbe moutarde , qui marque l’entrée de Joë Ghio dans le domaine des verts ; et aussi ‘Pride of Ireland’ (Noyd 1971), ‘Al Fresco’ (Ghio, 1981), très vert et assombri d’une barbe brune ; puis ‘Lichen’ (Byers 1989) jaune verdâtre tendre, qui est un de mes favoris, et ‘Verde Luna’ (Romoli 1996) qui fait partie de la famille ‘Pistachio’, mais qui n’en retrouve pas la profondeur du coloris. Plusieurs ont du céder la place à des variétés plus intéressantes pour d’autres raisons que leur coloris, mais je reste attaché au vert et je garde beaucoup de tendresse à ‘Fluted Lime’, pour sa fraîcheur et la vigueur de la plante.
Illustrations :
- ‘Fluted Lime’ (Noyd, 1966) ;
- ‘Pistachio’ (Ghio 1974) ;
- ‘Pride of Ireland’ (Noyd 1971) ;
- ‘Zhoonyo’ (Komarnicki, 2003).
Cette fois nous allons faire un saut en arrière de presque cinquante ans. Parce que je vais parler d’une variété qui a longtemps excité ma curiosité. C’était au début des années 1980, quand je me suis mis à collectionner les iris. Peu à peu je me suis constitué un ensemble où se rencontrait tout ce que je connaissais comme coloris. Mais il en était un que je n’avais jamais vu « pour de bon » : le vert. En matière d’iris, quand on parle de vert on ne pense pas à la couleur des épinards, ni même à celle des amandes. Le vert des iris est plus proche du jaune que de n’importe quoi d’autre. Il évoque le tilleul, la chartreuse, la tisane que l’on boit l’hiver, au coin du feu… C’est une couleur douce, une touche de chlorophylle sur un fond doré. Le vert évoque, dans l’esprit des obtenteurs, inévitablement, l’Irlande. Ils donnent donc à leurs iris verts des noms qui renvoient vers ce pays : Ireland, Erin… Ils n’hésitent pas non plus à parler franchement de « Green », ce qui est un peu excessif tout de même. Ils font aussi le rapprochement avec la couleur de certaines boissons à base de plantes, et en particulier au whisky !
Tout cela pour dire que, lorsque je me suis dit qu’il n’y avait pas de « vert » dans ma collection, j’ai hésité à acheter des plantes en fin de compte si peu en rapport avec la couleur qu’elles étaient sensées représenter. Les iris verts ne sont ni les plus attrayants, ni les plus photogéniques. J’ai donc repoussé plusieurs années de suite l’acquisition d’une de ces variétés dont je doutais de l’effet au jardin. Jusqu’au jour où, effectuant un échange de rhizomes avec une dame du nord de la France, celle-ci m’a proposé ‘Fluted Lime’ (Noyd, 1966). La gratuité de l’opération m’a incité à franchir le pas, et c’est ainsi que j’ai découvert un iris vert.
‘Fluted Lime’ fait partie, à mon avis des variétés dans les tons de vert les plus contrastées, les plus proches de ce qu’on nomme habituellement le vert. Admettons tout de même que c’est un iris jaune, mais accordons-lui le bénéfice d’une certaine influence tirant vers le vert. Qualifions-le de vert tilleul, avec des barbes moutarde. Il provient d’un croisement ('Green Glint' X ('Woodland Sprite' x 'Whispering Bells') dont les membres, aujourd’hui, ne courent certainement pas les rues ! ‘Green Glint’ (Rex Brown, 1960) n’a pas été transféré au Panthéon des iris ! C’est, d’après son obtenteur, une fleur jaune soufre, avec des barbes verdâtres. ‘Woodland Sprite’ date de 1956. Il est décrit comme « dresden yellow », c’est à dire d’un jaune pâle comme celui qu’on voit sur la porcelaine de Saxe. Son obtenteur est un parfait inconnu qui s’appelait George Coppedge, citoyen de l’Alabama, à qui le monde des iris est redevable de dix variétés enregistrées, toutes restées inconnues. Quant à ‘Whispering Bells’ (1959), c’est un produit de Luella Noyd, comme son descendant. Il a dans son pedigree des références sérieuses comme ‘Midwest Gem’ (Sass, J., 1937) et se présente en rose pâle.
La descendance de ‘Fluted Lime’ n’est pas nombreuse, mais elle existe. Elle n ’est officiellement composée que de six variétés, toutes jaunes ou verdâtres, dont ’Mountain Dew’ (Innerst, 1979), nettement jaune moutarde, et le sympathique iris polonais ‘Zhoonyo’ (Komarnicki, 2003).
Par la suite j’ai cultivé plusieurs autres iris qualifiés de verts. A commencer par ‘Green Quest’ (Rex Brown, 1959), vert mimosa, cousin de ‘Green Glint’ cité plus haut. Il y eut ensuite ‘Bayberry Candle’ (DeForest, 1969) qui est peut-être encore le plus vert des iris, ‘Song of Erin’ (Roach 1971), où le vert colore un fond blanc, ‘Irish Spring’ (Roe 1973), joli amoena aux pétales bien blancs et aux sépales nettement influencés de jaune verdâtre, ‘Pistachio’ (Ghio 1974) , mimosa vif avec barbe moutarde , qui marque l’entrée de Joë Ghio dans le domaine des verts ; et aussi ‘Pride of Ireland’ (Noyd 1971), ‘Al Fresco’ (Ghio, 1981), très vert et assombri d’une barbe brune ; puis ‘Lichen’ (Byers 1989) jaune verdâtre tendre, qui est un de mes favoris, et ‘Verde Luna’ (Romoli 1996) qui fait partie de la famille ‘Pistachio’, mais qui n’en retrouve pas la profondeur du coloris. Plusieurs ont du céder la place à des variétés plus intéressantes pour d’autres raisons que leur coloris, mais je reste attaché au vert et je garde beaucoup de tendresse à ‘Fluted Lime’, pour sa fraîcheur et la vigueur de la plante.
Illustrations :
- ‘Fluted Lime’ (Noyd, 1966) ;
- ‘Pistachio’ (Ghio 1974) ;
- ‘Pride of Ireland’ (Noyd 1971) ;
- ‘Zhoonyo’ (Komarnicki, 2003).
LES QUATRE SAISONS
III. AUTOMNE
- ‘Autumn Leaves’ (Keppel, 1974)
- ‘Mariposa Autumn’ (Tasco, 1999)
- ‘Autumn Rain’ (Michael Sutton, 2007)
- ‘Autumn Explosion’ (Tasco, 2013)
- ‘Autumn Leaves’ (Keppel, 1974)
- ‘Mariposa Autumn’ (Tasco, 1999)
- ‘Autumn Rain’ (Michael Sutton, 2007)
- ‘Autumn Explosion’ (Tasco, 2013)
INDÉBOULONNABLES !
Les fidèles du Symposium
Je n’ai plus parlé ici du Symposium depuis 2006. Il faut avouer que c’est une compétition où rien – ou presque – ne se passe. Je l’ai baptisée un jour (en 2004) « le triomphe de la stabilité » et elle mérite toujours ce qualificatif. D’ailleurs, des cinq premiers en 2003, quatre sont toujours présents dans ce petit cercle ! Et j’ai établi une statistique sur les années de 1989 à 2012, soit 25 ans, pendant lesquelles je constate que seulement 49 variétés figurent ou ont figuré au Top 20.
Pour corroborer cette opinion, j’ai compté les variétés qui, présentes au Symposium de 1989 dans les vingt premières, étaient toujours présentes dans le classement 25 ans plus tard ; il n’y en a que 18. Voici le résultat :
‘Dusky Challenger’ (Schreiner, 1986) –DM 1992. Installé à la première place depuis 1992 ;
‘Jesse’s Song’ (Williamson, 1983) – DM 1990. Meilleures places = 2e en 2001/02/03 et 05 ;
‘Beverly Sills (Hager, 1979) – DM 1985. Trois ans de suite n° 1, en 1989/90 et 91 ;
‘Stepping Out’ (Schreiner , 1964) – DM 1968. Le plus beau parcours de tous les temps, présent dans le classement depuis 47 ans, et n° 1 pendant 15 ans ;
‘Lady Friend’ (Ghio, 1981). Meilleur classement = 9e en 1995 et 1996 ;
‘Edith Wolford’ (Hager, 1986) – DM 1993. A atteint le 4e rang en 1993 et 1994 ;
‘Immortality’ (Zurbrigg, 1982). Se maintient au milieu du tableau ; 16e en 1998 ;
‘Vanity’ (Hager, 1975) – DM 1982. Toujours en bonne place ; a été n° 2 en 1990 ;
‘Titan’s Glory’ (Schreiner, 1981) – DM 1988. A eu un brillant parcours jusqu’à être 2e en 1989 ;
‘Laced Cotton’ (Schreiner, 1978). S’est hissé à la 7e place en 1989, année où il a loupé de peu la DM ;
‘Mary Frances (Gaulter, 1973) – DM 1979. Meilleure prestation en 1990, avec le 5e rang ;
‘Song of Norway’ (Luihn, 1979) – DM 1986. 5e en 1989, mais avec un parcours plutôt en demi-teinte ;
‘Victoria Falls’ (Schreiner, 1977) – DM 1984. Parcours assez proche du précédent ; 7e en 1990 ;
‘Superstition’ (Schreiner, 1977). Pas un leader, mais un permanent avec la 13e place en 1989 et 1990 ;
‘Going my Way’ (Gibson, 1972). L’éternel rival de ‘Stepping Out’, toujours un peu en retrait mais toujours là ;
‘Bride’s Halo’ (Mohr, 1973) – DM 1978. Approche enfin de la sortie (80e en 2012) ;
‘Breakers’ (Schreiner, 1986). N’a jamais été aux premières loges, mais figure toujours parmi les 100.
‘Sky Hooks’ (Osborne, 1980). Tient compagnie, cette année, à ‘Bride’s Halo’ à la 80e place.
Mes observations de 2004 n’ont pas changé : On constate en général une montée très rapide des nouveautés qui arrivent sur le marché. Ensuite leur progression stoppe, puis la régression apparaît, mais elle est lente et sujette à de brusques recrudescences de popularité dont les causes sont complexes (le plus souvent obtention d’une distinction honorifique qui rebooste le marché). Et certaines variétés, appréciées des juges et des hybrideurs, ne font qu’une carrière modeste, sans qu’on puisse en préciser la raison. Ce fut le cas de ‘Pacific Panorama’ (Sexton, 1960) - DM 65, qui n’a pas vraiment connu le succès populaire. C’est étonnant car toutes celles qui ont obtenu la Médaille de Dykes, à une exception près, ‘Everything Plus’ (Niswonger, 1984) – DM 1991, ont fait une carrière plutôt belle dans le Symposium.
Autre constatation étonnante, les iris de Keppel, encensés par les juges et les collectionneurs, restent plutôt discrets dans ce classement. ‘Gypsy Lord’ (2005) commence à décliner après seulement quatre ans de présence dans les 20 premiers ; ‘Sea Power’ (1999 – DM 2006) est situé dans ce panel depuis sept ans seulement et n’a pas dépassé le 8e rang ; ‘Florentine Silk’ (2005 – DM 2012) , en pleine ascension, n’est là que depuis cinq ans ; ‘Drama Queen’ (2003 – DM 2011) ne décolle pas ; ‘Happenstance’ (2000) s’est arrêté à la 16e place ; les autres végètent en milieu de peloton s’ils ne sont pas même totalement ignorés.
En fait, bien évidemment, ce sont les variétés les mieux commercialisées qui cartonnent, c’est pourquoi les titulaires d’une DM ainsi que les Schreiner font d’aussi belles carrières.
Illustrations :
Symposium 2012 –Top 20- :
les deux entrants : - That’s All Folks - Edith Wolford (1)
Les deux sortants : - Celebration Song - Hello Darkness
(1) retour après élimination en 2011.
Je n’ai plus parlé ici du Symposium depuis 2006. Il faut avouer que c’est une compétition où rien – ou presque – ne se passe. Je l’ai baptisée un jour (en 2004) « le triomphe de la stabilité » et elle mérite toujours ce qualificatif. D’ailleurs, des cinq premiers en 2003, quatre sont toujours présents dans ce petit cercle ! Et j’ai établi une statistique sur les années de 1989 à 2012, soit 25 ans, pendant lesquelles je constate que seulement 49 variétés figurent ou ont figuré au Top 20.
Pour corroborer cette opinion, j’ai compté les variétés qui, présentes au Symposium de 1989 dans les vingt premières, étaient toujours présentes dans le classement 25 ans plus tard ; il n’y en a que 18. Voici le résultat :
‘Dusky Challenger’ (Schreiner, 1986) –DM 1992. Installé à la première place depuis 1992 ;
‘Jesse’s Song’ (Williamson, 1983) – DM 1990. Meilleures places = 2e en 2001/02/03 et 05 ;
‘Beverly Sills (Hager, 1979) – DM 1985. Trois ans de suite n° 1, en 1989/90 et 91 ;
‘Stepping Out’ (Schreiner , 1964) – DM 1968. Le plus beau parcours de tous les temps, présent dans le classement depuis 47 ans, et n° 1 pendant 15 ans ;
‘Lady Friend’ (Ghio, 1981). Meilleur classement = 9e en 1995 et 1996 ;
‘Edith Wolford’ (Hager, 1986) – DM 1993. A atteint le 4e rang en 1993 et 1994 ;
‘Immortality’ (Zurbrigg, 1982). Se maintient au milieu du tableau ; 16e en 1998 ;
‘Vanity’ (Hager, 1975) – DM 1982. Toujours en bonne place ; a été n° 2 en 1990 ;
‘Titan’s Glory’ (Schreiner, 1981) – DM 1988. A eu un brillant parcours jusqu’à être 2e en 1989 ;
‘Laced Cotton’ (Schreiner, 1978). S’est hissé à la 7e place en 1989, année où il a loupé de peu la DM ;
‘Mary Frances (Gaulter, 1973) – DM 1979. Meilleure prestation en 1990, avec le 5e rang ;
‘Song of Norway’ (Luihn, 1979) – DM 1986. 5e en 1989, mais avec un parcours plutôt en demi-teinte ;
‘Victoria Falls’ (Schreiner, 1977) – DM 1984. Parcours assez proche du précédent ; 7e en 1990 ;
‘Superstition’ (Schreiner, 1977). Pas un leader, mais un permanent avec la 13e place en 1989 et 1990 ;
‘Going my Way’ (Gibson, 1972). L’éternel rival de ‘Stepping Out’, toujours un peu en retrait mais toujours là ;
‘Bride’s Halo’ (Mohr, 1973) – DM 1978. Approche enfin de la sortie (80e en 2012) ;
‘Breakers’ (Schreiner, 1986). N’a jamais été aux premières loges, mais figure toujours parmi les 100.
‘Sky Hooks’ (Osborne, 1980). Tient compagnie, cette année, à ‘Bride’s Halo’ à la 80e place.
Mes observations de 2004 n’ont pas changé : On constate en général une montée très rapide des nouveautés qui arrivent sur le marché. Ensuite leur progression stoppe, puis la régression apparaît, mais elle est lente et sujette à de brusques recrudescences de popularité dont les causes sont complexes (le plus souvent obtention d’une distinction honorifique qui rebooste le marché). Et certaines variétés, appréciées des juges et des hybrideurs, ne font qu’une carrière modeste, sans qu’on puisse en préciser la raison. Ce fut le cas de ‘Pacific Panorama’ (Sexton, 1960) - DM 65, qui n’a pas vraiment connu le succès populaire. C’est étonnant car toutes celles qui ont obtenu la Médaille de Dykes, à une exception près, ‘Everything Plus’ (Niswonger, 1984) – DM 1991, ont fait une carrière plutôt belle dans le Symposium.
Autre constatation étonnante, les iris de Keppel, encensés par les juges et les collectionneurs, restent plutôt discrets dans ce classement. ‘Gypsy Lord’ (2005) commence à décliner après seulement quatre ans de présence dans les 20 premiers ; ‘Sea Power’ (1999 – DM 2006) est situé dans ce panel depuis sept ans seulement et n’a pas dépassé le 8e rang ; ‘Florentine Silk’ (2005 – DM 2012) , en pleine ascension, n’est là que depuis cinq ans ; ‘Drama Queen’ (2003 – DM 2011) ne décolle pas ; ‘Happenstance’ (2000) s’est arrêté à la 16e place ; les autres végètent en milieu de peloton s’ils ne sont pas même totalement ignorés.
En fait, bien évidemment, ce sont les variétés les mieux commercialisées qui cartonnent, c’est pourquoi les titulaires d’une DM ainsi que les Schreiner font d’aussi belles carrières.
Illustrations :
Symposium 2012 –Top 20- :
les deux entrants : - That’s All Folks - Edith Wolford (1)
Les deux sortants : - Celebration Song - Hello Darkness
(1) retour après élimination en 2011.
22.2.13
LES QUATRE SAISONS
II. ÉTÉ
- ‘Indian Summer’ (Nejedlo, non enregistré)
- ‘Peking Summer’ (Schreiner, 1984)
- ‘End of Summer’ (Paul Black, 2005)
- ‘Summer Rain’ (Michael Sutton, 2004)
- ‘Indian Summer’ (Nejedlo, non enregistré)
- ‘Peking Summer’ (Schreiner, 1984)
- ‘End of Summer’ (Paul Black, 2005)
- ‘Summer Rain’ (Michael Sutton, 2004)
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Après bien des turbulences, il s’avère que le concours français doit reprendre en 2015. C’est une bonne nouvelle pour tous les amateurs européens qui retrouveront une compétition très appréciée. Le fait qu’il ait lieu au Parc Floral de la Ville de Paris, au bois de Vincennes, lui donnera encore plus d’attrait et de lustre.
VOYAGE A MALETABLE
(quand M. de Bure croise des personnages balzaciens)
Lettre deJulien Cibot, maître- jardinier, à Marie-Guillaume de Bure, propriétaire.
Malétable, le vendredi 24 avril 1830
Monsieur,
Je serai le vendredi 5 mai à l’heure du souper au relais de Poste de la Briqueterie à Mortagne. J’ai fait préparer les chambres pour vos amis. J’espère qu’il fera meilleur qu’aujourd’hui, car le temps est à la pluie. Cela n’empêche pas les iris d’être splendides. La floraison commence à peine mais il y a des nouveaux qui me paraissent très intéressants, et le beau au cœur jaune que vous avez remarqué l’an dernier sera en pleine fleur quand vous arriverez. Ici, à Malétable, comme dans toute la Normandie, l’hiver à été très rude et les paysans manquent de tout. Beaucoup sont dans la misère, comme mon neveu Louis-François Pinagot, d’Origny le Butin, dont la femme va accoucher incessamment de leur quatrième enfant. Je leur ai fait parvenir deux livres de porc salé parce que je sais qu’ils n’ont pas mangé de viande depuis des mois ! (…)
Lettre de M° Chesnel, ancien notaire à Alençon, à Victurnien d’Esgrignon.
Paris, le vendredi 31 avril 1830
Cher Victurnien,
Je suis à Paris depuis une semaine, près de ma fille Marie qui, comme vous le savez, est l’épouse de M° Desroches, l’avocat de votre famille et de vous-même, et vient de donner naissance à un petit garçon baptisé Baptiste, mais je vais rentrer vendredi prochain à Alençon parce qu’un courrier m’a prévenu que M. votre père était au plus mal. Je tiens à être à son chevet lors de ses derniers moments. Je pense que je vous retrouverai à la malle de Poste, qui part à huit heures. (…)
Lettre de Marie-Guillaume de Bure à Fabien du Ronceret, juge au Tribunal d’Alençon.
Paris, le mardi 4 mai 1830
Cher ami,
Je vous confirme que nous prendrons vendredi à huit heures du matin la malle-poste pour Alençon. Mon maître-jardinier nous attendra le soir à Mortagne et nous pourrons coucher chez moi puisqu’il n’y a qu’une lieue entre la Briqueterie, où se trouve le relais de Poste, et le village de Malétable. Comme convenu je vous ferai conduire à Alençon dès le lundi. Puisque votre ami M. de Manerville a manifesté le désir de voir, lui-aussi, mes modestes iris, il sera le bienvenu. A très bientôt, donc, Monsieur le Comte, (…)
Lettre de Paul de Manerville à sa tante, la baronne de Maulincour, à Bordeaux.
Paris, le mardi 11 mai 1830
Ma chère tante, Mon très cher ami Fabien du Ronceret, qui s’intéresse vivement aux plantes, m’a proposé d’aller avec lui en Normandie visiter le jardin d’une de ses connaissances, Marie-Guillaume de Bure. Ce M. de Bure est le descendant de la famille de Bure d’Houry que vous avez sans doute connue du temps de sa splendeur, quand certains de ses membres exerçaient la profession d’éditeur à Paris et, héritiers des célèbres imprimeurs d’Houry, produisaient chaque année l’Almanach Royal. Ils avaient aussi imprimé l’encyclopédie de Diderot, tout ceci constituait un revenu impressionnant ! Ils ont connu des déboires majeurs et Marie-Guillaume, qui n’a jamais été libraire ou éditeur, s’est trouvé une passion pour l’horticulture en général et les iris en particulier. Il a proposé à Fabien que nous allions avec lui à Malétable, un petit village de l’Orne, près de Mortagne. Cela convenait admirablement à mon ami puisqu’il devait impérativement abandonner sa vie parisienne et rejoindre son poste de juge au Tribunal d’Alençon, tout près de là.
Nous voici donc partis en malle-poste pour le tréfonds du Perche, dans le but d’admirer des iris ! Je craignais un peu de m’ennuyer pendant ces longues heures de route, mais il n’en fut rien. En effet nous avons fait le chemin, fortuitement, en compagnie de ce joyeux compère qu’est Victurnien d’Esgrignon, dont vous connaissez la bonne humeur et le goût des plaisirs. Pourtant la cause de ce voyage était pour lui un sujet des plus sombres : le décès inéluctable de son père, le vieux marquis Carol d’Esgrignon, qui est âgé de quatre-vingts ans. Je ne crois pas que la fortune du marquis soit encore considérable, mais le peu que Victurnien recevra sera bienvenu pour celui à qui il manque toujours quelques milliers de francs et qui a déjà englouti plusieurs fois toutes ses rentes. Victurnien s’efforçait cependant de garder une attitude réservée car il était accompagné de son tuteur, un ancien notaire, et serviteur des Esgrignon depuis Louis XVI, Maître Chesnel, figure sévère de bourgeois qui se prend au sérieux.
Quoi qu’il en soit le voyage fut plutôt agréable. Nous avons relayé d’abord à Versailles, puis à Houdan, Dreux et Verneuil sur Avre. Il faisait complètement nuit quand nous sommes arrivés près de Mortagne, d’où l’un des domestiques de M. de Bure nous a convoyé en carriole jusqu’à Malétable.
Le domaine de notre hôte est une gentilhommière un peu semblable à l’un de ces « châteaux » du Bordelais : un corps de bâtiment étroit, encadré de deux ailes plus importantes. Cela n’est guère confortable, mais pour deux nuits, on peut s’accommoder d’un peu de rusticité !
Ce qui est remarquable, c’est le jardin. Il descend en pente douce vers un petit ruisseau qui gazouille entre deux rangs de saules et d’aulnes. On y trouve de longues bordures d’iris, tous plus beaux les uns que les autres. Quel enchantement de couleurs ! M. de Bure s’amuse à multiplier les plantes qui éclosent des graines qu’il recueille, et quand il trouve qu’une fleur issue de ces innombrables semis présente quelque intérêt, il l’enregistre sur un petit carnet et lui donne un nom. Il nous a présenté une fleur presque entièrement blanche, mais dont le cœur est d’un jaune d’or éclatant. C’est cette particularité qui m’a rappelé une jeune femme rencontrée il y a quinze ans, quand je fréquentais Henri de Marsay. Vous vous souvenez certainement de son histoire tragique : C’était la filleule du marquis de San-Real ; elle est morte dans des conditions mystérieuses. Elle se nommait Paquita Valdès et nous la surnommions « la fille aux yeux d’or », tant son regard étincelait. Voilà pourquoi j’ai suggéré à notre hôte de donner à son magnifique iris le nom de ‘Paquita Valdès’. Quand je lui eu expliqué pourquoi, cela lui a beaucoup plu et désormais la mémoire de la fille aux yeux d’or sera perpétuée dans un iris…
Lettre de Marie-Guillaume de Bure à M. Le vicomte Debonnaire de Gif, Président de la Société Royale d’Horticulture de Paris.
Paris, le lundi 5 juillet 1830
Monsieur le Vicomte,
Mon séjour à Malétable a du être écourté pour que je sois présent à Paris samedi dernier, pour les élections. Il y a tout lieu de penser que les républicains et les orléanistes vont l’emporter, et je crains de forts bouleversements pour la France. En Normandie, l’hiver a été particulièrement glacial, et la misère s’est installée dans les campagnes. La disette a provoqué de graves troubles, en particulier dans le Perche où des mendiants ont fait brûler de nombreuses chaumières lorsque les paysans ne leur fournissaient pas du pain. Quoi qu’il en soit, il faut que je vous informe de mon travail d’horticulture en direction des iris. Ces derniers semblent avoir apprécié l’inclémence du temps car ils sont été exceptionnellement florifères et vigoureux. De très nombreuses variétés nouvelles ont éclos pour la première fois. Vous trouverez ci-joint la liste de celles que j’ai retenues. Mais il en est une sur laquelle je voulais attirer spécialement votre attention. Il s’agit d’un iris parfaitement blanc, dont le cœur est coloré d’un jaune d’or du plus bel effet, les barbes en sont également jaunes. Ajoutez à cela des qualités végétatives excellentes, et vous aurez l’une des plus belles variétés que j’ai jamais obtenu. Je lui ai donné le nom de ‘Paquita Valdès’, en l’honneur d’une jeune femme de bonne noblesse espagnole, décédée brutalement en 1815 et dont le nom m’a été suggéré par le comte Paul de Manerville. Il semble que cette personne, que la jeunesse du moment appelait « la fille aux yeux d’or » en raison de la couleur étrange de son regard, ait été en relation avec M. de Marsay, dont vous savez qu’il pourrait avoir bientôt un intéressant destin politique. Je vous ai rapporté un rhizome de cet iris exceptionnel et je le ferai porter à votre hôtel dès demain par mon valet de pied.
Notes relatives aux allusions contenues dans le texte ci-dessus :
- Malétable est le village où Marie-Guillaume de Bure avait sa gentilhommière et où il cultivait ses iris ;
- Louis-François Pinagot (1798/1876) était sabotier à Origny le Butin ; sa vie est décrite par Alain Corbin dans « Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot » ;
- Les mésaventures de Victurnien d’Esgrignon sont racontées par Balzac dans « Le Cabinet des Antiques » qui se déroule à Alençon ;
- Fabien du Ronceret est un autre personnage de La Comédie Humaine, il apparaît dans « Le Cabinet des Antiques », comme compagnon de Victurnien d’Esgrignon ;
- M° Chesnel, entièrement dévoué à la famille d’Esgrignon, se démena pour tirer Victurnien d’un mauvais pas qui pouvait le conduire en prison (Le Cabinet des Antiques) ;
- Paul de Manerville, gandin naïf et maladroit, surnommé « la fleur des pois » par ses compagnons, fut protégé par sa tante Mme de Maulincour, au moment de son mariage avec l’intrigante Natalie Evangélista ( Le Contrat de Mariage) ;
- Henri de Marsay, beau, intelligent et ambitieux, familier de nombreuses femmes de la noblesse et en particulier de la princesse de Cadignan, fut Premier Ministre en 1832/33. C’est un des principaux personnages de La Comédie Humaine ;
- Le vicomte Debonnaire de Gif fut véritablement Président de la SRHP dans les années 1830.
Le reste est pure fiction.
Illustrations :
Ce à quoi aurait pu ressembler ‘Paquita Valdès’ :
- ‘Fandango’(F. Cayeux, 1930)
- ‘Manou’ (F. Cayeux, 1947)
- ‘Southern Comfort’(Hinckle, 1965)
- ‘Lugano’ (J. Cayeux, 1939)
Lettre deJulien Cibot, maître- jardinier, à Marie-Guillaume de Bure, propriétaire.
Malétable, le vendredi 24 avril 1830
Monsieur,
Je serai le vendredi 5 mai à l’heure du souper au relais de Poste de la Briqueterie à Mortagne. J’ai fait préparer les chambres pour vos amis. J’espère qu’il fera meilleur qu’aujourd’hui, car le temps est à la pluie. Cela n’empêche pas les iris d’être splendides. La floraison commence à peine mais il y a des nouveaux qui me paraissent très intéressants, et le beau au cœur jaune que vous avez remarqué l’an dernier sera en pleine fleur quand vous arriverez. Ici, à Malétable, comme dans toute la Normandie, l’hiver à été très rude et les paysans manquent de tout. Beaucoup sont dans la misère, comme mon neveu Louis-François Pinagot, d’Origny le Butin, dont la femme va accoucher incessamment de leur quatrième enfant. Je leur ai fait parvenir deux livres de porc salé parce que je sais qu’ils n’ont pas mangé de viande depuis des mois ! (…)
Lettre de M° Chesnel, ancien notaire à Alençon, à Victurnien d’Esgrignon.
Paris, le vendredi 31 avril 1830
Cher Victurnien,
Je suis à Paris depuis une semaine, près de ma fille Marie qui, comme vous le savez, est l’épouse de M° Desroches, l’avocat de votre famille et de vous-même, et vient de donner naissance à un petit garçon baptisé Baptiste, mais je vais rentrer vendredi prochain à Alençon parce qu’un courrier m’a prévenu que M. votre père était au plus mal. Je tiens à être à son chevet lors de ses derniers moments. Je pense que je vous retrouverai à la malle de Poste, qui part à huit heures. (…)
Lettre de Marie-Guillaume de Bure à Fabien du Ronceret, juge au Tribunal d’Alençon.
Paris, le mardi 4 mai 1830
Cher ami,
Je vous confirme que nous prendrons vendredi à huit heures du matin la malle-poste pour Alençon. Mon maître-jardinier nous attendra le soir à Mortagne et nous pourrons coucher chez moi puisqu’il n’y a qu’une lieue entre la Briqueterie, où se trouve le relais de Poste, et le village de Malétable. Comme convenu je vous ferai conduire à Alençon dès le lundi. Puisque votre ami M. de Manerville a manifesté le désir de voir, lui-aussi, mes modestes iris, il sera le bienvenu. A très bientôt, donc, Monsieur le Comte, (…)
Lettre de Paul de Manerville à sa tante, la baronne de Maulincour, à Bordeaux.
Paris, le mardi 11 mai 1830
Ma chère tante, Mon très cher ami Fabien du Ronceret, qui s’intéresse vivement aux plantes, m’a proposé d’aller avec lui en Normandie visiter le jardin d’une de ses connaissances, Marie-Guillaume de Bure. Ce M. de Bure est le descendant de la famille de Bure d’Houry que vous avez sans doute connue du temps de sa splendeur, quand certains de ses membres exerçaient la profession d’éditeur à Paris et, héritiers des célèbres imprimeurs d’Houry, produisaient chaque année l’Almanach Royal. Ils avaient aussi imprimé l’encyclopédie de Diderot, tout ceci constituait un revenu impressionnant ! Ils ont connu des déboires majeurs et Marie-Guillaume, qui n’a jamais été libraire ou éditeur, s’est trouvé une passion pour l’horticulture en général et les iris en particulier. Il a proposé à Fabien que nous allions avec lui à Malétable, un petit village de l’Orne, près de Mortagne. Cela convenait admirablement à mon ami puisqu’il devait impérativement abandonner sa vie parisienne et rejoindre son poste de juge au Tribunal d’Alençon, tout près de là.
Nous voici donc partis en malle-poste pour le tréfonds du Perche, dans le but d’admirer des iris ! Je craignais un peu de m’ennuyer pendant ces longues heures de route, mais il n’en fut rien. En effet nous avons fait le chemin, fortuitement, en compagnie de ce joyeux compère qu’est Victurnien d’Esgrignon, dont vous connaissez la bonne humeur et le goût des plaisirs. Pourtant la cause de ce voyage était pour lui un sujet des plus sombres : le décès inéluctable de son père, le vieux marquis Carol d’Esgrignon, qui est âgé de quatre-vingts ans. Je ne crois pas que la fortune du marquis soit encore considérable, mais le peu que Victurnien recevra sera bienvenu pour celui à qui il manque toujours quelques milliers de francs et qui a déjà englouti plusieurs fois toutes ses rentes. Victurnien s’efforçait cependant de garder une attitude réservée car il était accompagné de son tuteur, un ancien notaire, et serviteur des Esgrignon depuis Louis XVI, Maître Chesnel, figure sévère de bourgeois qui se prend au sérieux.
Quoi qu’il en soit le voyage fut plutôt agréable. Nous avons relayé d’abord à Versailles, puis à Houdan, Dreux et Verneuil sur Avre. Il faisait complètement nuit quand nous sommes arrivés près de Mortagne, d’où l’un des domestiques de M. de Bure nous a convoyé en carriole jusqu’à Malétable.
Le domaine de notre hôte est une gentilhommière un peu semblable à l’un de ces « châteaux » du Bordelais : un corps de bâtiment étroit, encadré de deux ailes plus importantes. Cela n’est guère confortable, mais pour deux nuits, on peut s’accommoder d’un peu de rusticité !
Ce qui est remarquable, c’est le jardin. Il descend en pente douce vers un petit ruisseau qui gazouille entre deux rangs de saules et d’aulnes. On y trouve de longues bordures d’iris, tous plus beaux les uns que les autres. Quel enchantement de couleurs ! M. de Bure s’amuse à multiplier les plantes qui éclosent des graines qu’il recueille, et quand il trouve qu’une fleur issue de ces innombrables semis présente quelque intérêt, il l’enregistre sur un petit carnet et lui donne un nom. Il nous a présenté une fleur presque entièrement blanche, mais dont le cœur est d’un jaune d’or éclatant. C’est cette particularité qui m’a rappelé une jeune femme rencontrée il y a quinze ans, quand je fréquentais Henri de Marsay. Vous vous souvenez certainement de son histoire tragique : C’était la filleule du marquis de San-Real ; elle est morte dans des conditions mystérieuses. Elle se nommait Paquita Valdès et nous la surnommions « la fille aux yeux d’or », tant son regard étincelait. Voilà pourquoi j’ai suggéré à notre hôte de donner à son magnifique iris le nom de ‘Paquita Valdès’. Quand je lui eu expliqué pourquoi, cela lui a beaucoup plu et désormais la mémoire de la fille aux yeux d’or sera perpétuée dans un iris…
Lettre de Marie-Guillaume de Bure à M. Le vicomte Debonnaire de Gif, Président de la Société Royale d’Horticulture de Paris.
Paris, le lundi 5 juillet 1830
Monsieur le Vicomte,
Mon séjour à Malétable a du être écourté pour que je sois présent à Paris samedi dernier, pour les élections. Il y a tout lieu de penser que les républicains et les orléanistes vont l’emporter, et je crains de forts bouleversements pour la France. En Normandie, l’hiver a été particulièrement glacial, et la misère s’est installée dans les campagnes. La disette a provoqué de graves troubles, en particulier dans le Perche où des mendiants ont fait brûler de nombreuses chaumières lorsque les paysans ne leur fournissaient pas du pain. Quoi qu’il en soit, il faut que je vous informe de mon travail d’horticulture en direction des iris. Ces derniers semblent avoir apprécié l’inclémence du temps car ils sont été exceptionnellement florifères et vigoureux. De très nombreuses variétés nouvelles ont éclos pour la première fois. Vous trouverez ci-joint la liste de celles que j’ai retenues. Mais il en est une sur laquelle je voulais attirer spécialement votre attention. Il s’agit d’un iris parfaitement blanc, dont le cœur est coloré d’un jaune d’or du plus bel effet, les barbes en sont également jaunes. Ajoutez à cela des qualités végétatives excellentes, et vous aurez l’une des plus belles variétés que j’ai jamais obtenu. Je lui ai donné le nom de ‘Paquita Valdès’, en l’honneur d’une jeune femme de bonne noblesse espagnole, décédée brutalement en 1815 et dont le nom m’a été suggéré par le comte Paul de Manerville. Il semble que cette personne, que la jeunesse du moment appelait « la fille aux yeux d’or » en raison de la couleur étrange de son regard, ait été en relation avec M. de Marsay, dont vous savez qu’il pourrait avoir bientôt un intéressant destin politique. Je vous ai rapporté un rhizome de cet iris exceptionnel et je le ferai porter à votre hôtel dès demain par mon valet de pied.
Notes relatives aux allusions contenues dans le texte ci-dessus :
- Malétable est le village où Marie-Guillaume de Bure avait sa gentilhommière et où il cultivait ses iris ;
- Louis-François Pinagot (1798/1876) était sabotier à Origny le Butin ; sa vie est décrite par Alain Corbin dans « Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot » ;
- Les mésaventures de Victurnien d’Esgrignon sont racontées par Balzac dans « Le Cabinet des Antiques » qui se déroule à Alençon ;
- Fabien du Ronceret est un autre personnage de La Comédie Humaine, il apparaît dans « Le Cabinet des Antiques », comme compagnon de Victurnien d’Esgrignon ;
- M° Chesnel, entièrement dévoué à la famille d’Esgrignon, se démena pour tirer Victurnien d’un mauvais pas qui pouvait le conduire en prison (Le Cabinet des Antiques) ;
- Paul de Manerville, gandin naïf et maladroit, surnommé « la fleur des pois » par ses compagnons, fut protégé par sa tante Mme de Maulincour, au moment de son mariage avec l’intrigante Natalie Evangélista ( Le Contrat de Mariage) ;
- Henri de Marsay, beau, intelligent et ambitieux, familier de nombreuses femmes de la noblesse et en particulier de la princesse de Cadignan, fut Premier Ministre en 1832/33. C’est un des principaux personnages de La Comédie Humaine ;
- Le vicomte Debonnaire de Gif fut véritablement Président de la SRHP dans les années 1830.
Le reste est pure fiction.
Illustrations :
Ce à quoi aurait pu ressembler ‘Paquita Valdès’ :
- ‘Fandango’(F. Cayeux, 1930)
- ‘Manou’ (F. Cayeux, 1947)
- ‘Southern Comfort’(Hinckle, 1965)
- ‘Lugano’ (J. Cayeux, 1939)
16.2.13
LES QUATRE SAISONS
Il est des thèmes que l’on rencontre souvent dans les noms donnés aux iris. Celui des saisons en est un. Les variétés dont le nom contient les mots « spring », « summer », « autumn » et « winter » sont fort nombreuses. Nous allons en voir défiler quelques-uns pendant les quatre prochaines semaines.
I. PRINTEMPS
- Lullaby of Spring (Schreiner, 1989)
- ‘Rustle of Spring’ (Grosvenor, 1998)
- ‘Spring Kiss’ (Paul Black, 2000)
- ‘Spring Bliss’ (Kerr, 2012)
I. PRINTEMPS
- Lullaby of Spring (Schreiner, 1989)
- ‘Rustle of Spring’ (Grosvenor, 1998)
- ‘Spring Kiss’ (Paul Black, 2000)
- ‘Spring Bliss’ (Kerr, 2012)
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Amoenas modernes
'Vermeer'
'Ancient Mariner'
Lowell Baumunk est un obtenteur qui a du goût et de l’originalité (et un grand ami de la France, en plus !). Dans le modèle amoena il sait aller d’un extrême à l’autre. ‘Ancient Mariner’ (2009) donne dans le genre contrasté, ‘Vermeer’ (2011) dans le genre pastel, à la limite entre variegata et amoena. Deux fleurs bien traditionnelles, parfaitement proportionnées et joliment ondulées, sans les excès qu’on découvre parfois.
'Vermeer'
'Ancient Mariner'
Lowell Baumunk est un obtenteur qui a du goût et de l’originalité (et un grand ami de la France, en plus !). Dans le modèle amoena il sait aller d’un extrême à l’autre. ‘Ancient Mariner’ (2009) donne dans le genre contrasté, ‘Vermeer’ (2011) dans le genre pastel, à la limite entre variegata et amoena. Deux fleurs bien traditionnelles, parfaitement proportionnées et joliment ondulées, sans les excès qu’on découvre parfois.
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Quadrichromie
On connaît depuis quelques temps les iris en trois couleurs. La famille Sutton propose maintenant les fleurs en quadrichromie, comme ce ‘Definition’ (2011) qui aligne des pétales jaunes, des sépales dont on ne peut pas dire qu’ils aient une couleur dominante : le centre est blanc, entouré d’un premier cercle indigo clair veiné de blanc, puis d’un large liseré beige, sans oublier les épaules, où se retrouve le jaune des pétales. Les barbes, jaune pâle, ne nuisent pas à l’unité de l’ensemble. Sous quel modèle ranger cette fleur ? Est-ce un variegata ? Un luminata ?
On connaît depuis quelques temps les iris en trois couleurs. La famille Sutton propose maintenant les fleurs en quadrichromie, comme ce ‘Definition’ (2011) qui aligne des pétales jaunes, des sépales dont on ne peut pas dire qu’ils aient une couleur dominante : le centre est blanc, entouré d’un premier cercle indigo clair veiné de blanc, puis d’un large liseré beige, sans oublier les épaules, où se retrouve le jaune des pétales. Les barbes, jaune pâle, ne nuisent pas à l’unité de l’ensemble. Sous quel modèle ranger cette fleur ? Est-ce un variegata ? Un luminata ?
MADE IN POLAND
« Y a t il des hybrideurs et/ou producteurs du coté des pays de l'est ? » C’est cette question, posée il y a quelques temps sur le forum de la SFIB qui m’a donné l’idée de faire un tour du côté de la Pologne. Il faut dire que dans le courant de 2012 un hybrideur polonais, avec qui j’ai des relations par Internet depuis plusieurs années, m’a présenté son travail sur les hybrides de I. sibirica, et que j’en ai fait un article pour la Revue Iris & Bulbeuses. Retourner en Pologne pour parler des grands iris n’était pas pour me déplaire. Depuis la fin de l’ère soviétique et le retour dans le concert des nations démocratiques des pays constituant le glacis de l’URSS, il y a eu dans ces pays un immense engouement pour la culture de l’iris. En Pologne, ce fut la même chose qu’en Russie ou en République Tchèque. Vingt ans après l’ouverture des frontières, la Pologne a rattrapé son handicap et ses obtenteurs peuvent maintenant se mesurer avec ceux des pays dits « de l’Ouest ».
A vrai dire ils ne sont pas si nombreux puisque je n’en trouve que sept dans les Check-Lists de l’AIS. J’ai enquêté à leur propos et voici ce qu’on peut en dire aujourd’hui.
Zbigniew Kilimnik est un charmant vieux monsieur (77-78 ans), qui a produit un grand nombre de grands iris de qualité et en a enregistré une quarantaine Il habite un peu au sud-ouest de la grande ville de Rybnik, en Silésie (Sud de la Pologne), un secteur qui héberge plusieurs autres hybrideurs.
Il y a une cinquantaine d’année que Henryk Polaszek cultive les iris et les glaïeuls. C'est, lui aussi, un vieux monsieur. Il habite à Grudziądz, une grande ville sur la Vistule au nord-ouest de Varsovie, dans la province de Poméranie-Cujavie. Cette cité, très ancienne, a connu le destin compliqué de toute la région. Henryk Polaszek a certainement connu le temps où elle faisait partie de l’empire allemand et se nommait Grudenz. En tout cas ses iris ont une excellente réputation.
Franciszek Stania fait partie de ces hybrideurs âgés qui caractérisent le monde des iris polonais. C’est un citoyen de Rybnik en Silésie. Il a enregistré quelques TB mis en vente chez son collègue Wozniak. Rybnik, cette grande ville, métropole d’une agglomération qui avoisine les 700 000 habitants se situe près de la frontière tchèque dans une contrée qui a fait longtemps partie de l’empire allemand (ou plutôt prussien) et qui n’est polonaise que depuis la fin de la dernière guerre.
Józef Koncewicz est un nouveau venu dans la société des iris de Pologne. Il a enregistré jusqu’à présent seulement quatre variétés (deux TB et deux BB). C’est un citoyen de Zielona Gora, (connue en français avant 1945 sous son nom allemand : Grünberg), chef-lieu de la province de Lubusz, limitrophe de l’actuelle Allemagne (Saxe). Cette ville est notamment connue comme la capitale du vin en Pologne car c'est la seule région de ce pays où l'on cultive la vigne. L’apparition des iris va lui fournir un nouveau domaine d’activité.
Robert Piątek, a une quarantaine d’années, il a rejoint la MEIS il y a peu de temps, c'est un homme dynamique et décidé. Il demeure à une trentaine de kilomètres de la ville d’Opole, en Silésie. C'est lui qui s'occupe désormais de l'édition du bulletin de la Société. Il dispose depuis quelques mois d’un site Internet où il présente les iris qu’il commercialise, non seulement des variétés internationalement connues, mais aussi ses propres obtentions et celles de quelques-uns de ses collègues polonais. Si l’on se fie aux photos qu’il y publie, ses propres produits ont l’air très intéressants.
Agé d’une soixantaine d’années, Jerzy Wożniak, est la personnalité la plus influente de la Société des iris de l’Europe Centrale. Il a enregistré un SDB, mais son affaire, ce sont les TB, qui sont au nombre de 16, à l’heure actuelle, dans les registres de l’AIS. Il est considéré comme le plus habile hybrideur de son pays et sa réputation s’étend bien au-delà dans toute l’Europe de l’Est et maintenant également en Europe de l’Ouest. Il dispose de sa propre pépinière où il fait le commerce des iris, les siens et ceux de ses voisins, dans la grosse ville minière de Rybnik, en Haute Silésie. Cette vieille ville a connu toutes sortes de tribulations au cours des siècles, dans une région politiquement instable et revendiquée longtemps par l’Autriche, la Prusse et la Pologne.
Il ne faut pas oublier de parler de Lech Komarnicki, non seulement pour l’originalité de son parcours, mais encore pour son activité dans le monde des iris. Il s’est longtemps intéressé aux grands iris, mais les déboires subis en raison des conditions climatiques de la région où il est installé (Wielgie, un coin de la région de Torun en Poméranie-Cujavie, marécageux et où les hivers sont cruels) l’ont incité à se tourner davantage vers les iris de Sibérie et leurs hybrides interspécifiques. C’est dans ce domaine que maintenant il excelle. Il est considéré dans son pays comme le patriarche de l’iris et son autorité dans ce petit monde est évidente ; La MEIS a d’ailleurs édité un opuscule signé de lui, « Iris » qui aborde tout ce qui concerne les iris apogons. L’AIS a reconnu l’importance de son travail et lui a décerné la Médaille des Hybrideurs (Foster Medal) en 2011.
Apparemment l’intérêt pour les iris ne touche que cette partie de la Pologne qui fut jusqu’en 1945 partie intégrante de l’Allemagne. C’est peut-être le fait du hasard. En tout cas toutes ces personnes animent et font vivre la MEIS, cette société iridophile unique en son genre puisqu’elle est supranationale et rassemble les amateurs des pays de ce que nous appelons en France l’Europe de l’Est. Le fait qu’elle existe et qu’elle prospère devrait être un encouragement pour tous ceux qui militent en faveur d’une Europe de l’iris, qui ferait le pendant dans notre partie du monde de ce qu’est l’AIS en Amérique.
En tous cas, une chose est certaine, c’est que les hybrideurs polonais ne sont pas à la traîne dans leur travail, et que les amateurs européens, échaudés par les obstacles mis à l’importation des iris d’Amérique et d’Australie, peuvent tout à fait commander en Europe de l’Est, où ils trouveront des variétés parfaitement compatibles avec leurs exigences de qualité et d’originalité.
Illustrations :
- ‘Motylek’ (Kilimnik, 2004) ;
- ‘Pomorze’ (Polaszek, 2000) ;
- ‘Jazwin’ (Piatek, 2011) ;
- ‘Krakowianka’ (Wozniak, 2008) ;
- ‘Staromodna Dama’ (Komarnicki, 2008).
A vrai dire ils ne sont pas si nombreux puisque je n’en trouve que sept dans les Check-Lists de l’AIS. J’ai enquêté à leur propos et voici ce qu’on peut en dire aujourd’hui.
Zbigniew Kilimnik est un charmant vieux monsieur (77-78 ans), qui a produit un grand nombre de grands iris de qualité et en a enregistré une quarantaine Il habite un peu au sud-ouest de la grande ville de Rybnik, en Silésie (Sud de la Pologne), un secteur qui héberge plusieurs autres hybrideurs.
Il y a une cinquantaine d’année que Henryk Polaszek cultive les iris et les glaïeuls. C'est, lui aussi, un vieux monsieur. Il habite à Grudziądz, une grande ville sur la Vistule au nord-ouest de Varsovie, dans la province de Poméranie-Cujavie. Cette cité, très ancienne, a connu le destin compliqué de toute la région. Henryk Polaszek a certainement connu le temps où elle faisait partie de l’empire allemand et se nommait Grudenz. En tout cas ses iris ont une excellente réputation.
Franciszek Stania fait partie de ces hybrideurs âgés qui caractérisent le monde des iris polonais. C’est un citoyen de Rybnik en Silésie. Il a enregistré quelques TB mis en vente chez son collègue Wozniak. Rybnik, cette grande ville, métropole d’une agglomération qui avoisine les 700 000 habitants se situe près de la frontière tchèque dans une contrée qui a fait longtemps partie de l’empire allemand (ou plutôt prussien) et qui n’est polonaise que depuis la fin de la dernière guerre.
Józef Koncewicz est un nouveau venu dans la société des iris de Pologne. Il a enregistré jusqu’à présent seulement quatre variétés (deux TB et deux BB). C’est un citoyen de Zielona Gora, (connue en français avant 1945 sous son nom allemand : Grünberg), chef-lieu de la province de Lubusz, limitrophe de l’actuelle Allemagne (Saxe). Cette ville est notamment connue comme la capitale du vin en Pologne car c'est la seule région de ce pays où l'on cultive la vigne. L’apparition des iris va lui fournir un nouveau domaine d’activité.
Robert Piątek, a une quarantaine d’années, il a rejoint la MEIS il y a peu de temps, c'est un homme dynamique et décidé. Il demeure à une trentaine de kilomètres de la ville d’Opole, en Silésie. C'est lui qui s'occupe désormais de l'édition du bulletin de la Société. Il dispose depuis quelques mois d’un site Internet où il présente les iris qu’il commercialise, non seulement des variétés internationalement connues, mais aussi ses propres obtentions et celles de quelques-uns de ses collègues polonais. Si l’on se fie aux photos qu’il y publie, ses propres produits ont l’air très intéressants.
Agé d’une soixantaine d’années, Jerzy Wożniak, est la personnalité la plus influente de la Société des iris de l’Europe Centrale. Il a enregistré un SDB, mais son affaire, ce sont les TB, qui sont au nombre de 16, à l’heure actuelle, dans les registres de l’AIS. Il est considéré comme le plus habile hybrideur de son pays et sa réputation s’étend bien au-delà dans toute l’Europe de l’Est et maintenant également en Europe de l’Ouest. Il dispose de sa propre pépinière où il fait le commerce des iris, les siens et ceux de ses voisins, dans la grosse ville minière de Rybnik, en Haute Silésie. Cette vieille ville a connu toutes sortes de tribulations au cours des siècles, dans une région politiquement instable et revendiquée longtemps par l’Autriche, la Prusse et la Pologne.
Il ne faut pas oublier de parler de Lech Komarnicki, non seulement pour l’originalité de son parcours, mais encore pour son activité dans le monde des iris. Il s’est longtemps intéressé aux grands iris, mais les déboires subis en raison des conditions climatiques de la région où il est installé (Wielgie, un coin de la région de Torun en Poméranie-Cujavie, marécageux et où les hivers sont cruels) l’ont incité à se tourner davantage vers les iris de Sibérie et leurs hybrides interspécifiques. C’est dans ce domaine que maintenant il excelle. Il est considéré dans son pays comme le patriarche de l’iris et son autorité dans ce petit monde est évidente ; La MEIS a d’ailleurs édité un opuscule signé de lui, « Iris » qui aborde tout ce qui concerne les iris apogons. L’AIS a reconnu l’importance de son travail et lui a décerné la Médaille des Hybrideurs (Foster Medal) en 2011.
Apparemment l’intérêt pour les iris ne touche que cette partie de la Pologne qui fut jusqu’en 1945 partie intégrante de l’Allemagne. C’est peut-être le fait du hasard. En tout cas toutes ces personnes animent et font vivre la MEIS, cette société iridophile unique en son genre puisqu’elle est supranationale et rassemble les amateurs des pays de ce que nous appelons en France l’Europe de l’Est. Le fait qu’elle existe et qu’elle prospère devrait être un encouragement pour tous ceux qui militent en faveur d’une Europe de l’iris, qui ferait le pendant dans notre partie du monde de ce qu’est l’AIS en Amérique.
En tous cas, une chose est certaine, c’est que les hybrideurs polonais ne sont pas à la traîne dans leur travail, et que les amateurs européens, échaudés par les obstacles mis à l’importation des iris d’Amérique et d’Australie, peuvent tout à fait commander en Europe de l’Est, où ils trouveront des variétés parfaitement compatibles avec leurs exigences de qualité et d’originalité.
Illustrations :
- ‘Motylek’ (Kilimnik, 2004) ;
- ‘Pomorze’ (Polaszek, 2000) ;
- ‘Jazwin’ (Piatek, 2011) ;
- ‘Krakowianka’ (Wozniak, 2008) ;
- ‘Staromodna Dama’ (Komarnicki, 2008).
8.2.13
ECHOS DU MONDE DES IRIS
Iris pompon
On connaît les iris dit « space age » qui présentent des appendices pétaloïdes à l’extrémité des barbes. Il v falloir se familiariser avec les iris « pompon ». Comme on parle de rose-pompon. Les iris à éperons se développent dans deux directions principales : des éperons extravagants, immenses, dressés, avec des extrémités hérissées de multiples pointes ; des appendices qui s’étalent et s’arrondissent en bouquets crépus. Ce dernier avatar a été obtenu par des hybrideurs et pépiniéristes du Nebraska, au cœur des Etats-Unis, Leonard et Kathryn Jedlicka. Ils en présentent dans leur catalogue 2013.
C’est une avancée, prévisible, qui aboutira certainement, dans les années à venir, à des iris à fleurs doubles, comme chez les roses, les œillets, les pivoines et de nombreuses autres fleurs. Il faudra s’assurer que ces transformations sont stables et qu’elles ne nuisent pas à la résistance de la fleur (car plus l’alourdit, et plus l’eau risque de s’accumuler dans les pompons, plus la tige qui la supporte devra être solide pour ne pas plier, voire se briser, sous la charge. Par ailleurs les fleurs ainsi encombrées seront-elles fertiles ?
Ces questions se poseront nécessairement quand ces iris seront commercialisés. Pour l’instant ils restent à l’état expérimental.
On connaît les iris dit « space age » qui présentent des appendices pétaloïdes à l’extrémité des barbes. Il v falloir se familiariser avec les iris « pompon ». Comme on parle de rose-pompon. Les iris à éperons se développent dans deux directions principales : des éperons extravagants, immenses, dressés, avec des extrémités hérissées de multiples pointes ; des appendices qui s’étalent et s’arrondissent en bouquets crépus. Ce dernier avatar a été obtenu par des hybrideurs et pépiniéristes du Nebraska, au cœur des Etats-Unis, Leonard et Kathryn Jedlicka. Ils en présentent dans leur catalogue 2013.
C’est une avancée, prévisible, qui aboutira certainement, dans les années à venir, à des iris à fleurs doubles, comme chez les roses, les œillets, les pivoines et de nombreuses autres fleurs. Il faudra s’assurer que ces transformations sont stables et qu’elles ne nuisent pas à la résistance de la fleur (car plus l’alourdit, et plus l’eau risque de s’accumuler dans les pompons, plus la tige qui la supporte devra être solide pour ne pas plier, voire se briser, sous la charge. Par ailleurs les fleurs ainsi encombrées seront-elles fertiles ?
Ces questions se poseront nécessairement quand ces iris seront commercialisés. Pour l’instant ils restent à l’état expérimental.
GRACE STURTEVANT : LA PREMIERE GRANDE DAME DES IRIS
« Une bonne substance et une bonne forme, une couleur attrayante et par-dessus tout un agréable équilibre entre tous ces éléments sont les requis du premier rang ; une bonne hauteur, un bon branchement et une bonne taille des fleurs sont éminemment désirables. Les nouvelles variétés doivent pouvoir se distinguer surtout par la couleur qui doit être un signe de reconnaissance. Les variétés qui ne sont que de simples modifications ou de légères variations de ton n’ont pas leur place parmi les nouveautés de prix. Il n’y a pas un seul modèle idéal. La couleur, en masse est peut-être la plus grande contribution de l’iris à l’agrément du jardin, mais bien que beaucoup de variétés anciennes soient bonnes en groupes, la demande se porte sur les nouveautés – nouvelles combinaisons de couleurs ou couleurs nouvelles, avec accroissement de la hauteur de la plante et du calibre des fleurs. Si une variété a de l’individualité, et est plaisante, cela semble être une bonne raison pour son introduction, même si une pousse vigoureuse et un comportement sans problèmes sont aussi à bien considérer. Un haut niveau de qualités est nécessaire pour un obtenteur, s’il veut que ses introductions conservent leur valeur. » Ces propos, qui ont encore toute leur acuité, ont été tenus dans les années 1920 par Grace Sturtevant, la première grande dame des iris.
Elle était née en 1860 à Boston, dans une bonne famille de descendants des premiers colons de l’Amérique. Son père fut le premier directeur de la « New York Experimental Station » pour les recherches en botanique et ses travaux ont eu une influence prépondérante sur les progrès de l’agriculture américaine. Mais elle eut une adolescence difficile puisque la mort prématurée de sa mère fit de la jeune fille la maîtresse de maison d’une famille de quatre enfants, jusqu’à ce que son père se remarie. Elle, l’aînée des enfants Sturtevant, suivit des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Boston, ce qui lui permit de faire le dessin de nombreuses plantes étudiées par son père.
Elle avait beaucoup d’affinités avec son jeune demi-frère Robert Swann Sturtevant. Elle lui communiqua le virus des iris et, ensemble, ils firent l’acquisition d’une pépinière qui devint rapidement l’endroit à visiter au moment de la saison des iris. Car Grace se mit à pratiquer l’hybridation et enregistra ses premiers semis en 1912. Très vite ses obtentions furent remarquées et primées et elle acquit une réelle notoriété dans un monde encore bien petit.
Elle s’intéressa en particulier à la couleur des iris et fit des recherches scientifiques sur ce sujet. Pour elle la couleur était l’élément primordial dans l’attrait exercé sur le spectateur devant un massif d’iris, d’où ses remarques notées au début de cette chronique. A noter que le côté commercial du métier d’hybrideur n’était pas la moindre de ses soucis. Elle fut d’ailleurs la première personne à commercialiser ses propres cultivars.
Elle a enregistré un grand nombre de nouvelles variétés, mais, avec le temps et l’approfondissement de sa connaissance des iris, elle se montra éminemment sévère avec elle-même, n’hésitant pas à retirer du marché certaines plantes déjà commercialisées, au motif qu’elle les trouvait pleines de défauts et indignes de la perfection vers laquelle elle avait choisi de tendre. Si l’on cherche un exemple de cette obsession de la perfection, il se trouve dans ‘Shekinah’ (1918), qui fut sûrement le plus bel iris jaune de son époque, avec des sépales vraiment jaune d’or et des pétales beaucoup plus clairs. Pour arriver à ses fins, par une voie encore inexplorée, elle utilisa le pollen de ‘Aurea’ (Jacques, 1830) sur un iris pallida, le plus pâle qu’elle ait trouvé. Le but atteint, elle a persisté avec ‘Gold Imperial’ (1924) et ‘Primrose’ (1925). Et n’oublions pas que ‘Shekinah’ est le parent féminin de ‘Pluie d’Or’ (F. Cayeux, 1928) qui fut à son tour le meilleur jaune de son temps ; tout comme de ‘Amber’ (Dykes, 1924).
Grace Sturtevant est également à l’origine des iris rose orchidée, avec ‘Dream’ (1918) puis ‘Wild Rose’ (1921), tandis que ‘Rose Madder’ (1920) est dans le pedigree de variétés célèbres comme ‘Dauntless’ (Connell, 1929 - DM 29), ‘Coralie’ (Ayres, 1931 – DM 33) et ‘Rosy Wings’ (Gage, 1938 – DM 39).
Par ailleurs, ‘Sindjkha’ (1918) en deux tons de mauve, ‘Mother of Pearl’ (1921) en bleu glacier ou ‘Taj Mahal’ (1921) en blanc pur, furent considérés longtemps comme des fleurs parfaites.
En parallèle avec les grands iris, elle travailla sur les Intermédiaires (IB) et les iris nains (SDB) ce qui n’était pas courant dans les années 20/30.
Jusqu’à son décès, en 1945, elle sera restée attachée au monde des iris qu’elle aura exploré sous tous ses aspects, avec toujours la même conviction et la même exigence. Sous ses apparences de grande bourgeoise, Grace Sturtevant a rassemblé les qualités – et les défauts – de ce qui a fait le succès et la fortune du peuple américain : intelligence, travail, audace, aptitude à entreprendre et à prendre des risques, sens des affaires… Clarence Mahan, dans la conclusion du chapitre qu’il lui a consacré dans son livre « Classic Irises and the Men and Women who Created Them », résume parfaitement la personnalité de cette femme hors du commun : « Elle a utilisé sa connaissance de la science et de l’art pour créer une beauté extraordinaire. Elle a travaillé dans un domaine considéré alors comme l’un de ceux réservés aux hommes et dans lequel les femmes ont réussi, depuis, à s’imposer. Grace Sturtevant a montré la voie. »
Sources : Anne Lowe, in ROOTS Vol. 15 Issue 2, Fall 2002 ; Clarence Mahan in Classic Irises and the Men and Women who Created Them.
Illustrations :
‘Shekina’
‘Gold Imperial’
‘Mother of Pearl’
‘Sindjkha’
Elle était née en 1860 à Boston, dans une bonne famille de descendants des premiers colons de l’Amérique. Son père fut le premier directeur de la « New York Experimental Station » pour les recherches en botanique et ses travaux ont eu une influence prépondérante sur les progrès de l’agriculture américaine. Mais elle eut une adolescence difficile puisque la mort prématurée de sa mère fit de la jeune fille la maîtresse de maison d’une famille de quatre enfants, jusqu’à ce que son père se remarie. Elle, l’aînée des enfants Sturtevant, suivit des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Boston, ce qui lui permit de faire le dessin de nombreuses plantes étudiées par son père.
Elle avait beaucoup d’affinités avec son jeune demi-frère Robert Swann Sturtevant. Elle lui communiqua le virus des iris et, ensemble, ils firent l’acquisition d’une pépinière qui devint rapidement l’endroit à visiter au moment de la saison des iris. Car Grace se mit à pratiquer l’hybridation et enregistra ses premiers semis en 1912. Très vite ses obtentions furent remarquées et primées et elle acquit une réelle notoriété dans un monde encore bien petit.
Elle s’intéressa en particulier à la couleur des iris et fit des recherches scientifiques sur ce sujet. Pour elle la couleur était l’élément primordial dans l’attrait exercé sur le spectateur devant un massif d’iris, d’où ses remarques notées au début de cette chronique. A noter que le côté commercial du métier d’hybrideur n’était pas la moindre de ses soucis. Elle fut d’ailleurs la première personne à commercialiser ses propres cultivars.
Elle a enregistré un grand nombre de nouvelles variétés, mais, avec le temps et l’approfondissement de sa connaissance des iris, elle se montra éminemment sévère avec elle-même, n’hésitant pas à retirer du marché certaines plantes déjà commercialisées, au motif qu’elle les trouvait pleines de défauts et indignes de la perfection vers laquelle elle avait choisi de tendre. Si l’on cherche un exemple de cette obsession de la perfection, il se trouve dans ‘Shekinah’ (1918), qui fut sûrement le plus bel iris jaune de son époque, avec des sépales vraiment jaune d’or et des pétales beaucoup plus clairs. Pour arriver à ses fins, par une voie encore inexplorée, elle utilisa le pollen de ‘Aurea’ (Jacques, 1830) sur un iris pallida, le plus pâle qu’elle ait trouvé. Le but atteint, elle a persisté avec ‘Gold Imperial’ (1924) et ‘Primrose’ (1925). Et n’oublions pas que ‘Shekinah’ est le parent féminin de ‘Pluie d’Or’ (F. Cayeux, 1928) qui fut à son tour le meilleur jaune de son temps ; tout comme de ‘Amber’ (Dykes, 1924).
Grace Sturtevant est également à l’origine des iris rose orchidée, avec ‘Dream’ (1918) puis ‘Wild Rose’ (1921), tandis que ‘Rose Madder’ (1920) est dans le pedigree de variétés célèbres comme ‘Dauntless’ (Connell, 1929 - DM 29), ‘Coralie’ (Ayres, 1931 – DM 33) et ‘Rosy Wings’ (Gage, 1938 – DM 39).
Par ailleurs, ‘Sindjkha’ (1918) en deux tons de mauve, ‘Mother of Pearl’ (1921) en bleu glacier ou ‘Taj Mahal’ (1921) en blanc pur, furent considérés longtemps comme des fleurs parfaites.
En parallèle avec les grands iris, elle travailla sur les Intermédiaires (IB) et les iris nains (SDB) ce qui n’était pas courant dans les années 20/30.
Jusqu’à son décès, en 1945, elle sera restée attachée au monde des iris qu’elle aura exploré sous tous ses aspects, avec toujours la même conviction et la même exigence. Sous ses apparences de grande bourgeoise, Grace Sturtevant a rassemblé les qualités – et les défauts – de ce qui a fait le succès et la fortune du peuple américain : intelligence, travail, audace, aptitude à entreprendre et à prendre des risques, sens des affaires… Clarence Mahan, dans la conclusion du chapitre qu’il lui a consacré dans son livre « Classic Irises and the Men and Women who Created Them », résume parfaitement la personnalité de cette femme hors du commun : « Elle a utilisé sa connaissance de la science et de l’art pour créer une beauté extraordinaire. Elle a travaillé dans un domaine considéré alors comme l’un de ceux réservés aux hommes et dans lequel les femmes ont réussi, depuis, à s’imposer. Grace Sturtevant a montré la voie. »
Sources : Anne Lowe, in ROOTS Vol. 15 Issue 2, Fall 2002 ; Clarence Mahan in Classic Irises and the Men and Women who Created Them.
Illustrations :
‘Shekina’
‘Gold Imperial’
‘Mother of Pearl’
‘Sindjkha’
1.2.13
LES DILETTANTES
X. Daniel Tauzin
Les variétés que Daniel Tauzin a envoyées pour le concours FRANCIRIS 2007 ont attiré l’attention des visiteurs et des juges. Elles n’ont certes pas triomphé des ténors qui concouraient, mais elles auraient pu être enregistrées et méritent bien le petit coup de chapeau qui leur est rendu aujourd’hui.

- ‘Ciel d’été’ (NR circa 2005)
· ‘Eclat d’Iceberg’ (NR circa 2005)
· ‘Eventail’ (NR circa 2005)
· ‘Sous-Bois’ (NR circa 2005)
Les variétés que Daniel Tauzin a envoyées pour le concours FRANCIRIS 2007 ont attiré l’attention des visiteurs et des juges. Elles n’ont certes pas triomphé des ténors qui concouraient, mais elles auraient pu être enregistrées et méritent bien le petit coup de chapeau qui leur est rendu aujourd’hui.
- ‘Ciel d’été’ (NR circa 2005)
· ‘Eclat d’Iceberg’ (NR circa 2005)
· ‘Eventail’ (NR circa 2005)
· ‘Sous-Bois’ (NR circa 2005)
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