RÉCRÉATION (réponses)
EN SCÈNE
Le nom qui n’a pas été attribué est :
WESTERN
RÉCRÉATION
EN HABIT
Les six noms qui suivent font référence à l’habillement. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?
CLOAK OF DARKNESS
GYPSY SKIRT
ROBE D’ETE
SATIN GOWN
TUXEDO
WEDDING SUIT
20.10.06
13.10.06


LE FLEUVE BLEU
Il n’y a pas de coloris ou de modèle de fleurs d’iris que la famille Schreiner n’ait exploré. Une telle universalité ne peut se concevoir que de la part d’une véritable entreprise, elle n’est évidemment pas à la portée des amateurs, ni même des professionnels « artisans ».
Depuis sa création la Maison Schreiner s’est intéressée aux iris bleus. Elle possédait sa propre lignée déjà bien développée (voir BLUE SAPPHIRE 53 – DM 58), quand elle y a ajouté, dans les années 50 ce qui était reconnu comme le nec plus ultra, c’est à dire les deux frères de semis PIERRE MENARD et CAHOKIA, ainsi que le petit-fils de ce dernier, GALILEE. Quand une famille riche s’allie avec une famille pleine de promesse, la perfection est en route.
Dès lors, la production d’iris bleus de marque « Schreiner » peut être comparée à un fleuve. Petite rivière au début, elle a reçu d’année en année des apports multiples qui en font, après plus de soixante ans, un grand fleuve bleu paisible et majestueux.
L’un des tout premiers éléments de ce flot a été HARBOR BLUE (54), un joli bleu avec très peu de violet, qui remonte à un couple de bleus majeur, HELEN MCGREGOR et GREAT LAKES (par l’intermédiaire de l’indigo pâle JANE PHILIPS).
On peut ensuite sauter à un autre beau bleu, SALEM (57), descendant du précédent, associé à un autre bleu célèbre, BLUE RHYTHM (Whiting 45 – DM 50). SPARKLING WATERS est apparu en 59, c’est la première – ou l’une des premières – variété issue de l’association de la lignée primitive des Schreiner avec le fameux CAHOKIA (Faught 46). C’est un bleu très pâle à barbes blanches. La même année survient BLUE BARON, un bleu de lin, issu de HARBOR BLUE et de JANE PHILIPS.
En 61, c’est au tour de SYLVAN STREAM d’être proposé aux amateurs. Cette variété est un véritable cocktail de tout ce qui se fait de mieux à l’époque en matière d’iris bleu : (Pierre Menard x (Blue Rhythm x Chivalry)) X Harbor Blue. TYROLEAN BLUE (63) rappelle qu’il existe d’autres voies pour obtenir du bleu. Avec CRYSTAL BLUE (64), d’une origine très voisine, on est devant une première fleur bleue d’aspect moderne, avec d’amples ondulations et des pétales en dôme. Pour PARISIAN BLUE, apparu la même année, se trouvent réunis SYLVAN STREAM et le bleu marine de Georgia Hinckle MELISSA (54), issu de CAHOKIA ; autrement dit, toutes les munitions disponibles ont été utilisées !
BLUE CHIFFON (66) est un peu marginalisé : il provient de SALEM et d’ELEANOR’S PRIDE (Watkins 52 – DM 61). 67 est l’année de deux variétés d’origines foncièrement différentes : WILD RIVER, bleu roi, de CHIVALRY et HARBOR BLUE, et ROYAL TOUCH, bleu nuit, de PIERRE MENARD. BIG LEAGUE (69) qui a une forme très moderne et un coloris bleu moyen un peu violacé est de la lignée de SALEM ; REGALAIRE (69), plus foncé, plus bleu, mais moins ondulé, est quant à lui de la lignée d’HARBOR BLUE.
Un nouvel échelon dans l’amélioration des bleus est franchi avec l’arrivée de SAPPHIRE HILLS (71). Il descend de GALILEE, SALEM et PARISIAN BLUE. ADMIRAL BLUE date de 1972. Cet iris bleu drapeau est de la famille Pierre Menard. Il a aussi du sang de plicata, grâce à sa « mère », ROCOCO. SEA BRIGHT, de 72 également, est une émanation de BRAVE VIKING ; c’est un très joli bleu tendre veiné de plus foncé. Le cru de 73 est celui de SAILOR’S DANCE ; Ce beau bleu moyen à barbes blanches ne révèle pas son origine, la maison Schreiner reste discrète quand elle n’est pas sûre du pedigree. L’année 74 sera beaucoup plus riche, grâce à BLUE REFLECTION et NAVY STRUT. Le premier, clair, tient beaucoup de son ancêtre BABBLING BROOK, le second, bleu marine pourpré, d’origine plus anecdotique, est une pierre angulaire de l’hybridation et un géniteur très recherché. 1977 sera une nouvelle grande année pour les bleus de Schreiner. Prenez ROYAL REGENCY, en bleu sombre teinté d’indigo, de la famille d’Eleanor’s Pride, et VICTORIA FALLS, en bleu pur et barbes blanches, et vous aurez ce qui s’est fait de mieux dans le genre vers la fin des années 70. COLUMBIA BLUE (78), puis ST LOUIS BLUES (79), l’un clair et l’autre plus soutenu, achèveront l’inventaire de la décennie.
Pendant les années 80, le rythme de deux variétés bleues par an sera maintenu. Il y a COSMIC DANCE – indigo – et LAND O’ LAKES – bleu drapeau – en 82, MIDNIGHT HOUR et TIDE’S IN en 83, avec le très tardif LAST HURRAH, puis le bleu nuit STORMY NIGHT et l’admirable bleu vif PLEDGE ALLEGIANCE en 84. Une série de grandes réussites marquera les quatre années suivantes avec, en bleu clair, ALTRUIST (87) ; en bleu moyen SEA OF JOY (85), BREAKERS (86), MEMPHIS BLUES (87) et PEACEFUL WATERS (88) ; en bleu sombre, ou bleu nuit, le fameux DUSKY CHALLENGER (86), sans compter l’inclassable HONKY TONK BLUES (88).
Le flot du fleuve bleu s’élargit. On passe au rythme de trois ou quatre par an à partir de 89. Malgré cela cette dernière année est moins intéressante, malgré l’apparition de belles fleurs comme le bleu ciel SCANDIA DELIGHT et le très frisé bleu tendre VICTORIAN LACE. 90 est l’une des plus riches années avec pas moins de 6 bleus. Il y en a pour tous les goûts : du bleu ciel avec CARIBBEAN DREAM et RAPTURE IN BLUE (voir photo), du bleu pur avec BLENHEIM ROYAL, de l’indigo avec EVENING MAGIC et du bleu nuit avec NIGHT RULER. C’est à peu près le même choix en 91 : OREGON SKIES pour la teinte claire, RIVERBOAT BLUE pour le bleu moyen un peu violacé, ROYAL INTRIGUE pour le bleu sombre et MIDNIGHT DANCER pour le bleu nuit. 92 marque une pose avec seulement le bleu pur YAQUINA BLUE. Mais il y a aussi dans des tons voisins le violet INDIGO PRINCESS et le noir HELLO DARKNESS. On n’est pas dans la série B car HELLO DARKNESS sera Médaille de Dykes en 99 et YAQUINA BLUE en 2001 !
A partir de 93, sans pour autant perdre de leurs qualités, les iris bleus de Schreiner semblent un peu marquer le pas dans l’originalité. Si le choix est toujours aussi large, aucun nom ne se hisse au firmament, sauf peut-être dans les bleus clairs comme METOLIUS BLUE (2000) ou ABOVE THE CLOUDS (2001). On constate que les bons bleus sont nombreux mais qu’il n’y a plus de ce que les Américains appellent des « winners », de ces plantes que les juges remarquent et que le public s’arrache. D’ailleurs les Schreiner n’apparaissent plus dans les palmarès de prestige en dehors de l’amoena WORLD PREMIER (98) qui garde ses chances pour une récompense. Pour attirer l’attention d’un public un peu blasé, il faut de l’innovation, et c’est une qualité que la maison Schreiner semble avoir perdue de vue. Le fleuve bleu est devenu une sorte d’Amazone du monde des iris, si vaste et si uniforme qu’on ne distingue plus rien de remarquable.
RÉCRÉATION (réponses)
LES STARS
Le nom qui n’a pas été attribué est :
RITA HAYWORTH
RÉCRÉATION
EN SCÈNE
Les six noms qui suivent ont trait au monde du spectacle. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?
PINK STARLET
ROLE MODEL
SCENARIO
STARLETTE ROSE
STARRING ROLE
WESTERN
7.10.06
RECTIFICATIF
Marie Claude Hors-Cayla, lectrice attentive de ce blog, m’a fait la remarque ci-dessous, à propos de l’article publié la semaine dernière : IL N’Y A PAS QUE LA COULEUR, paragraphe « deux et deux font quatre » :
« Les iris sauvages ont deux génomes haploïdes ou deux lots chromosomiques ; un lot chromosomique chez l'iris sauvage est, je crois de 12 ; donc ces iris ont 12 paires de chromosomes, soit 24 chromosomes au total. Les triploïdes stériles auront 36 chromosomes et les tétraploïdes 48 ; chaque information génétique sera chez eux répétée 4 fois. D'où la difficulté de la génétique des iris... »
Qu’elle soit ici remerciée de cette mise au point.
Marie Claude Hors-Cayla, lectrice attentive de ce blog, m’a fait la remarque ci-dessous, à propos de l’article publié la semaine dernière : IL N’Y A PAS QUE LA COULEUR, paragraphe « deux et deux font quatre » :
« Les iris sauvages ont deux génomes haploïdes ou deux lots chromosomiques ; un lot chromosomique chez l'iris sauvage est, je crois de 12 ; donc ces iris ont 12 paires de chromosomes, soit 24 chromosomes au total. Les triploïdes stériles auront 36 chromosomes et les tétraploïdes 48 ; chaque information génétique sera chez eux répétée 4 fois. D'où la difficulté de la génétique des iris... »
Qu’elle soit ici remerciée de cette mise au point.

LES JUMEAUX D’EVA FAUGHT
Au printemps 46, dans l’Illinois, Eva Faught a eu des jumeaux. Le bleu clair, elle l’a baptisé CAHOKIA, le bleu foncé PIERRE MENARD. Oui, parce que, plutôt que de jumeaux, on devrait parler de frères de semis.
Pour parvenir à ce résultat, Madame Faught a eu l’heureuse idée de croiser des variétés aussi importantes que le blanc PURISSIMA (27), et les célèbres bleus SANTA BARBARA et SANTA CLARA (31). Tous membres de la lignée californienne Mohr-Mitchell. Les deux frères ont eu une descendance immense, et l’on peut dire qu’ils constituent la base essentielle de l’hybridation des iris bleus ou blancs.
Mieux que tout autre récit, il y a dans « The World of Irises », sous la plume de Melba Hamblen et Keith Keppel, une analyse parfaite de la descendance de ces deux majors. Il suffit d’en donner une traduction :
« Georgia Hinkle a travaillé sur la lignée de CAHOKIA pendant 29 ans, obtenant de nombreux iris de classe, et parmi ceux-ci, MELISSA (54), SYMPHONY (56), DEMETRIA (56), BRAVE VIKING (62) et REGINA MARIA (51) qui sera le parent mâle de MUSIC MAKER (63), une variété populaire obtenue par Don Waters.
De son côté Orville Fay utilisa le pollen de CAHOKIA pour produire BLUEBIRD BLUE (52) et BUTTERFLY BLUE (52) ; de ces deux variétés est issu GALILEE (Fay 55) apprécié pour la pureté de son coloris et la qualité de ses rejetons.
L’influence de CAHOKIA s’est fait sentir bien ailleurs. Kenneth Smith a combiné sa propre ligne de bleus avec celle de Robert Graves, ce qui a donné SOUTH PACIFIC (52), considéré à l’époque comme le bleu le plus pur et mis en vente en 54 au prix de 50 $. Beaucoup d’amateurs, considérant qu’elle était hors de prix, ont boycotté cette variété. Mais ceux qui l’ont acquise et utilisée ont été bien récompensés. Deux de ses plus fameux descendants à la deuxième génération sont PACIFIC PANORAMA (N. Sexton 60) et SHIPSHAPE (Babson 69), tous deux vainqueurs de la Médaille de Dykes. La maison Schreiner a constitué un important groupe de bons iris bleus dans son programme d’hybridation, et CAHOKIA y a été ajouté, tout comme son frère PIERRE MENARD ainsi que GALILEE. Le bleu pur SAPPHIRE HILLS descend de GALILEE et de PIERRE MENARD (…)
Portant plus loin l’héritage de CAHOKIA, GALILEE et SYMPHONY sont les parents de BABBLING BROOK (Keppel 69), vainqueur de la DM en 72, qui est le parent de BLUE REFLECTION (Schreiner 74), FULL TIDE (O. Brown 72), SEA OF GALILEE (N. Sexton 74), WATERSCAPE (Keppel 71) et autres bleus modernes. Le bleu très bleu WENATCHEE SKIES (L. Noyd 63) vient de SOUTH PACIFIC, et cet autre bleu, WINDCHIMES (Soults 70), est un enfant de WENATCHEE SKIES.
(…) Il est intéressant de noter que TIDELANDS (Buttrick 61), qui descend des bleus de Clifford Benson, est aussi un enfant de GALILEE, et que le pollen de ce dernier, apporté sur WINTER OLYMPICS, a donné naissance un trio de bons bleus chez Opal Brown : SEASIDE (67), SKYVIEW (67) et SOUND OF MUSIC (64). »
« The World of Irises » date de 1978. Depuis, peu à peu, la croisements sont devenus plus complexes, et il serait aujourd’hui impossible de rédiger avec la même simplicité la saga des iris. Il y a quelques mois ont été publiées ici deux chroniques sur les grands iris bleus qui démontrent à quel point les différentes racines sont aujourd’hui intimement mèlées dans un tissu génétique assez inextricable. On est bien loin de la simplicité des origines des jumeaux de Madame Faught.
Pourtant ceux-ci restent des éléments essentiels de l’histoire de l’hybridation. Ne leur doit-on pas au moins sept vainqueurs de la DM ? On aurait pu s’attendre à ce que des variétés aussi intéressantes reçoivent la reconnaissance du monde des iris sous forme d’un distinction particulière, mais ce ne fut pas le cas. Ce n’est pas la première fois que la Dykes Medal ignore les iris qui deviendront des pierres angulaires, SNOW FLURRY a été oublié de la même façon. PIERRE MENARD et CAHOKIA n’ont pas dépassé le stade de l’Award of Merit… Leur récompense est ailleurs, dans le fleuve de leurs descendants et la place inestimable qu’ils ont prise dans le monde des iris.

DYKES MEDAL
Cela peut intéresser certains de trouver la liste des variétés ayant obtenu la Dykes Medal, depuis la création de cette distinction. Les TB (Grands Barbus) l’ont toujours emporté, à l’exception de deux fois : en 1945, avec l’AB (Arilbred) ELMOHR, et en 1981, où c’est le BB (Iris de Bordure) BROWN LASSO qui a triomphé.
Depuis 1990 la Médaille est attribuée chaque année, car le règlement a été modifié. Auparavant, il y a des « manques », qui correspondent aux années où aucune variété n’a pris le meilleur.
Voici une première série. La suite aux prochains numéros !
A : Les années30/40
1927 SAN FRANCISCO ( W. Mohr 27) plicata bleu, barbes bronze
1929 DAUNTLESS (Connell 29) bitone orchidée / grenat
1932 RAMESES (H. Sass 29) bicolor beige / amarante
1933 CORALIE (Ayres 32) unicolor orchidée
1935 SIERRA BLUE (Essig 32) unicolor bleu
1936 MARY GEDDES (Washington 31) bitone brun orangé / brique
1937 MISSOURI (Grinter 32) unicolor bleu, barbes bleues
1938 COPPER LUSTRE (Kirkland 34) unicolor cuivre
1939 ROSY WINGS (Gage 38) bitone orchidée / magenta
1940 WABASH (E. Williamson 36) amoena blanc / outremer
1941 THE RED DOUGLAS (J. Sass 40) bitone orchidée / acajou
1942 GREAT LAKES (Cousins 38) unicolor bleu vif
1943 PRAIRIE SUNSET (H. Sass 39) unicolor ocre rosé
1944 SPUN GOLD (Glutzbeck 40) unicolor jaune d’or
1945 ELMOHR (Loomis 42) blanc veiné et taché noir
1947 CHIVALRY (Wills 43) bleu pur uni
1948 OLA KALA (J. Sass 42) unicolor jaune vif
1949 HELEN MC GREGOR (Graves 43) blanc uni, barbes jaunes
29.9.06

IL N’Y A PAS QUE LA COULEUR
Ici, nous parlons souvent de la couleur des fleurs d’iris. Cependant l’attrait d’une fleur ne tient pas seulement à cela. Plusieurs autres traits concourent à l’élégance, la grâce, et, en un mot, la beauté d’un iris. Au cours du siècle dernier, et essentiellement dans la période entre les deux guerres, l’aspect des iris a profondément évolué, passant d’une forme molle et vieillotte à ce que nous connaissons aujourd’hui.
Deux et deux font quatre.
Ce que l’on nomme les vieux iris était des plantes d’environ 70 cm de haut, aux tiges grêles, souvent incapables de tenir en hauteur des fleurs petites et caractérisées par des pétales étroits et des sépales pendants. La première étape du changement a consisté à faire acquérir aux tiges une taille majestueuse et une vigueur telle qu’en presque toutes circonstances, les fleurs soient portées haut et fièrement. Cette étape est celle qu’on a baptisé la révolution tétraploïde, celle qui a consisté à faire passer dans les petits iris traditionnels du début du XXeme siècle la force des iris originaires d’Asie Mineure qu’on trouvait dans certains jardins d’Angleterre ou de France, plus grands et plus robustes que les précédents. Sans qu’on le sache à l’époque, les petits iris étaient diploïdes : ils avaient deux paires de chromosomes, ce qui limite forcément les possibilités de développement. Les grands avaient quatre paires, ce qui était la raison de leur taille plus imposante. Mais ces gros iris n’offraient qu’un choix réduit de couleurs (divers tons de violet et de lavande), alors que les anciens, hybridés depuis longtemps, avaient acquis un éventail de coloris remarquable et varié. De plus ils avaient conservé de leur origine moyen-orientale une fragilité aux rudesses du climat de l’Europe du Nord ou des Etats-Unis. Pour allier les avantages des deux plantes, les hybrideurs tentèrent de croiser les unes avec les autres. Les débuts furent laborieux, car les nouveaux cultivars, plus grands, certes, ne donnaient que des plantes pratiquement stériles, sans autres avantages que leur taille. On n’en savait rien, à l’époque, mais ces hybrides stériles, croisements entre diploïdes et tétraploïdes, étaient des triploïdes, incapables de se reproduire. Il arrive cependant que des croisements de parents diploïdes et tétraploïdes donnent naissance à de vrais tétraploïdes, pour peu que se produise la rencontre rarissime d’un parent tétraploïde avec le gamète - non réduit – d’une variété diploïde. Instinctivement, ce sont ceux-là que les hybrideurs ont sélectionné, et c’est grâce à leur travail acharné que les qualités des diploïdes ont pu être introduites dans des plantes à quatre chromosomes, plus grandes et plus belles. On n’apprendra qu’au cours des années 20 la raison scientifique de ces caractères, lorsque le comptage des chromosomes sera devenu possible. Mais la révolution avaient déjà eu lieu chez les iris : presque toutes les variétés nouvelles, dans les années 30, étaient tétraploïdes. Ce qui n’avait pas pour résultat que de donner des plantes plus grandes et plus fortes (près d’un mètre de hauteur), mais aussi cela ouvrait pratiquement à l’infini les variations possibles dans les coloris et associations de coloris.
SNOW FLURRY
Jusqu’à l’apparition de SNOW FLURRY, en 1939, les fleurs d’iris ne présentaient pas d’ondulations : pétales et sépales restaient plats, presque comme ayant été repassés. La Californienne Clara Rees a eu la bonne fortune, en croisant PURISSIMA (tétraploïde) et THAÏS (diploïde), d’obtenir un extraordinaire iris blanc à barbes jaune primevère, dont les fleurs s’ornaient de gracieuses ondulations. Bien qu’un peu pauvre en pollen, SNOW FLURRY a été infiniment utilisé en hybridation et a donné naissance a des variétés nouvelles magnifiques et dans à peu près toutes les couleurs. C’est à tel point que de nos jours il est pratiquement acquis que tous les hybrides ont du sang de SNOW FLURRY dans leurs vaisseaux. Certains hybrideurs développent maintenant des variétés sans ondulations, ou presque, mais c’est pour rechercher un effet particulier : on s’efforce de supprimer une caractéristique devenue universelle, ce qui peut paraître paradoxal, mais qui n’est pas forcément dénué d’intérêt. A la force de la tétraploïdie s’est ajoutée la grâce des ondulations.
CHANTILLY
Dès les années 30, de petites granulosités étaient apparues à l’extrémité des parties florales de certains semis. Les obtenteurs de l’époque considéraient cela comme des anomalies et rejetaient les plantes atteintes, mais certains y virent l’amorce de ce qui pouvait devenir un ornement supplémentaire, pour peu que ces granulosités évoluent en petites échancrures fines analogues à ce que l’on voit sur les œillets. Les frères Sass, puis Agnes Whiting, se lancèrent dans l’aventure, bientôt suivis du précurseur que fut David Hall. C’est lui qui enregistra en 1940 un iris mauve à cœur jaune, baptisé CHANTILLY. Ce CHANTILLY présentait, au bord de ses pétales de délicates dentelures. En dehors de cela CHANTILLY n’était pas une fleur vraiment jolie, mais le départ était donné pour une diffusion étendue de cette dentelle à laquelle il doit son nom. Tous les obtenteurs se sont lancés dans l’aventure, et en particulier Robert Schreiner, à qui l’on doit des variétés frisées qui vont de CRISPETTE (57) à LACED COTTON (80) et tous leurs descendants.
De l’ampleur.
Il n’était pas suffisant de produire des grosses fleurs, encore fallait-il que celles-ci soient solides, résistantes aux intempéries, et conservant leur jolie forme le plus longtemps possible. Peu à peu, par sélections successives, les hybrideurs ont travaillé à l’obtention de pétales plus larges, avec des côtes plus robustes, qui conservaient leur verticalité malgré la pluie et le temps. De même, la largeur des sépales à leur base a été recherchée pour faire disparaître le côté disgracieux de sépales s’effondrant en « oreilles de cocker ». La force leur étant venue, ils se sont épanouis en délivrant les pétales tout en conservant une position proche de l’horizontale, beaucoup plus esthétique. Une jolie fleur d’aujourd’hui possède des sépales qui s’évasent très vite, allant jusqu’à déborder sur la base des pétales pour constituer un ensemble bien rond, très élégant. Pour arriver à ces résultats il a fallu donner davantage de substance aux pièces florales pour que celles-ci deviennent capables de se maintenir pendant trois ou quatre jours avant de faner, et de faire front sans faiblir aux attaques de la pluie et du vent.
Le nombre d’or.
Le chic d’une fleur provient aussi des proportions entre d’une part les différentes pièces florales, d’autre part la taille des fleurs par rapport à la hauteur de la tige. Tout ceci n’a pas été obtenu en un jour, et n’est donc pas l’apanage d’une fleur apparaissant subitement comme parfaite, mais le fruit d’une longue évolution faisant appel au goût et à l’application des obtenteurs. Il est apparu que la proportion idéale d’une fleur était non pas l’exacte égalité entre les dimensions des pétales et des sépales, mais provenait de pétales un tout petit peu moins hauts que les sépales. En ce sens, WHOLE CLOTH (Cook 57 – DM 62) (voir photo) a longtemps été considéré comme la perfection. De nos jours, les fleurs d’iris dignes d’être enregistrés ont presque toutes ces proportions idéales. Il en est de même pour l’harmonie entre la taille des fleurs et l’élévation de la tige florale. Pour les grands iris, les mensurations idéales sont : hauteur 90 cm, fleurs de 15/15 cm, ou un peu plus. Mais que serait-ce qu’une fleur bien proportionnée, isolée au sommet de sa hampe, ou des corolles en grand nombre, tassées le long d’une tige sans assez d’espace pour s’épanouir avec aisance ? En ces domaines aussi l’activité des hybrideurs s’est manifestée pour obtenir des fleurs en nombre suffisant pour que la plante dure aussi longtemps que possible en restant belle. Les hampes ont pris une forme onduleuse, en S, pour permettre que les fleurs placées de part et d’autre se développent harmonieusement. Dans les guides pour les juges aux concours internationaux, l’accent est mis sur ces caractéristiques, et notamment le nombre de boutons (minimum 7 par tiges) et celui des branches (3 au moins).
De la fantaisie.
D’autres améliorations sont intervenues au long du vingtième siècle, pour apporter de nouveaux attraits à nos fleurs préférées. On pourrait parler des recherches pour fidéliser la seconde floraison des iris présentant l’aptitude à remonter, mais on quitterait là le domaine de la forme. Pour ne pas s’éloigner du sujet, abordons la question des éperons, froufrous et autres appendices pétaloïdes.
Il s’agit, encore une fois, d’un avatar constaté depuis longtemps dans les champs d’iris, mais rejeté car considéré comme une malformation. Il faut rendre grâce à Lloyd Austin pour l’énorme travail de recherche et de croisement entrepris afin d’exploiter ce qui n’était dans les années 50 qu’une anomalie, et d’apporter à ces nouveautés toutes les améliorations qui étaient possibles, de manière à ce que les éperons et autres fantaisies, confèrent aux fleurs une personnalité excitante mais aussi esthétique. C’est lui qui a inventé l’expression « Space Age » pour désigner ces nouveaux iris, leur attribuant du même coup une identité synonyme de modernité. Après lui, bien d’autres hybrideurs se sont lancés dans l’aventure, utilisant les cultivars de Lloyd Austin comme base de leur recherches. Manley Osborne, Henry Rowlan ont été parmi les premiers à reprendre un flambeau qui ne s’est plus éteint et est parvenu à s’imposer dans un monde qui fit longtemps de la résistance. Les iris à éperons ne font plus discussion maintenant. Ils ont reçu la consécration de la récompense suprême, la Médaille de Dykes, attribuée à trois reprises à des variétés obtenues par Monty Byers, autre visionnaire.
D’autres perspectives.
Viendra le jour où les éperons se transformeront en pétaloïdes donnant aux fleurs d’iris l’aspect « flore pleno », qui existe déjà dans bien d’autres espèces de fleurs. Les iris doubles approchent à grandes enjambées. Mais ils ne sont pas les seuls à pointer leur nez : les fleurs sans pétales, donc ayant un aspect absolument plat, existent déjà. Et celles dont les styles se développeraient en nouveaux pétales, comme chez certains iris du Japon, ne sont pas loin. On parle également de variétés croisées avec d’autres espèces pour obtenir, par exemple, des iris « spider », aux tépales longs et étroits, tout comme d’iris dont les bords laciniés deviendraient de véritables cils, comme chez certains chrysanthèmes… La forme des iris n’est pas figée. Elle a subi au cours des décennies passées de profonds changements, elle en connaîtra d’autres, et l’on peut faire confiance à l’imagination, au bon goût et au travail des hybrideurs, pour nous surprendre et nous enchanter.
23.9.06

AFTERNOON DELIGHT
Les grands hybrideurs ont souvent une variété fétiche, qu’ils utilisent à tour de bras pour leurs croisements. Longtemps Keith Keppel s’est servi d’APRIL MELODY (Gibson 67) avec lequel il a obtenu une vingtaine de cultivars. Pour Joë Ghio, ce serait plutôt CLAUDIA RENE (Gaulter 63), avec le même nombre de rejetons. Pour Richard Ernst, il s’agit d’AFTERNOON DELIGHT (Ernst 85), une de ses toutes premières obtentions, qu’il a croisé dans les deux sens avec plusieurs autres variétés dont, principalement, IRENE NELSON (Jones 75), RINGO (Shoop 79), EDNA’S WISH (Gibson 83) ou CRANBERRY ICE (Schreiner 76).
Il est curieux de constater que cet AFTERNOON DELIGHT n’a pas inspiré les autres hybrideurs en dehors de Tom Burseen qui en a fait, lui, un usage modéré. Mais Ernst y a vu un géniteur intéressant et il en a obtenu des variétés de premier ordre qui constituent son fond de catalogue.
AFTERNOON DELIGHT présente la particularité d’être ce que l’on peut imaginer qu’on va obtenir en croisant deux variétés : on y retrouve parfaitement les traits de la famille de chacun de ses parents. Il a pour pedigree (Countryman x Outreach) X (Mary Frances x Lombardy). On peut dire qu’il tient ses pétales du groupe (Countryman x Outreach), et ses sépales de la paire (Mary Frances x Lombardy). Sa description peut se résumer à : pétales miel entourés de mauve, sépales mauve entourés de miel, barbes jaunes (voir photo) ; un effet miroir qui n’est pas très fréquent. COUNTRYMAN comme OUTREACH sont des iris jaunes ; MARY FRANCES et LOMBARDY sont dans les tons mauves et violacés. On ne sait pas grand chose de la famille de COUNTRYMAN (Gaulter 75), sinon qu’on y trouve NOB HILL (Gaulter 63), MAY MELODY (Hamblen 65), RAINBOW GOLD (Plough 59), ROYAL GOLD (Hamblen 66) et WEST COAST (Knopf 68). Tous sont des iris jaunes. D’OUTREACH (Jeannette Nelson 71), les grands-parents sont RAINBOW GOLD, HOMECOMING (J. Nelson 60), CALL ME MADAM (J. Nelson 56) et HUDSON BAY (Plough 57). En dehors de RAINBOW GOLD, tous les autres sont dans les tons de rose orchidée, abricot, bruyère ou magenta. En mélangeant ces ingrédients, on peut imaginer que l’on va obtenir un ton jaune orangé nuancé de rose, pourquoi pas un jaune miel ? Et avec HUDSON BAY, on a apporté l’effet de cerne ou de liseré.
On ne présente plus MARY FRANCES (Gaulter 73 – DM 79), qui est une des variétés les plus populaires, d’un mauve doux particulièrement plaisant. LOMBARDY (Gaulter 76) n’a pas la même notoriété, mais pour ce qui est du coloris, on reste dans le mauve, lequel provient, d’un côté de MARIE PHILLIPS (Muhlestein 63) et GRACELINE (Buss 56), de l’autre de SAN LEANDRO (Gaulter 68) et RIPPLING WATERS (Fay 61 – DM 66). Voilà de quoi fabriquer des sépales mauves !
Avec une ascendance où l’on rencontre beaucoup de beau monde, il était à prévoir qu’AFTERNOON DELIGHT pourrait être un bon parent. Richard Ernst, qui a été très fier de son travail, en a profité. Entre 1990 et maintenant, je lui compte quarante-six enregistrements à base d’AFTERNOON DELIGHT ! Sans compter les descendants indirects comme le très remarqué bicolor inversé TAUGHT BY MASTERS (2002), qui est un produit de LIVING RIGHT (91), que l’on peut qualifier, lui, de néglecta inversé !
Croisé avec l’autre variété vedette de Rick Ernst, le rose saumon EDNA’S WISH (Gibson 83), AFTERNOON DELIGHT a donné des iris époustouflants qui devraient contribuer à assurer à leur obtenteur la reconnaissance des juges qui lui a quelque peu manqué jusqu’à maintenant. Il s’agit d’amoenas ou de bicolors inversés comme ICECREAM TREAT (96), DANDY CANDY (2001), BOLD EXPRESSION (2003), STRANGE SENSATION (2004), SWEET BALLERINA (2004) et FINISHING SCHOOL(2005).
En décidant d’utiliser pleinement AFTERNOON DELIGHT, Ernst n’a sûrement pas fait le mauvais choix. Il est arrivé aujourd’hui à une maîtrise des couleurs inversées qui mérite que nous lui tirions notre chapeau.
16.9.06

APPRENDRE À LIRE
D’habitude, ce que je publie ici s’adresse à des amateurs chevronnés, pour qui le langage des iris n’est pas quelque chose d’abscons. Pour une fois, je vais m’adresser à ceux qui commencent leur vie d’amateurs d’iris.
Pour commencer, je vais essayer d’expliquer comment on lit le pedigree d’une variété, en déchiffrant les codes et indications qui apparaissent dans les « check-lists » ou le livret annuel des enregistrements et introductions sur le marché.
Prenons, par exemple, la description de ARISTOCRACY (voir photo), une variété enregistrée en 2005 par le célèbre Keith Keppel. Voici ce qu’on peut lire :
ARISTOCRACY : (Keith Keppel, R. 2005). Sdg. 99-82B. TB, 37” (94 cm), L. S. wood violet (M&P 42-K-10); style arms slightly lighter (43-I-9); F. royal purple (43-KL-11), hazy bluer area (41-F-9 to 41-E-8) near beard; beards light blue (41-D-9) tipped light yellow; ruffled, lightly laced. Rosette Wine X 97-52D: (Fashionably Late x Nora Eileen).
Commençons par donner la traduction française de ce charabia :
ARISTOCRACY : (Keith Keppel, R. 2005). Semis 98-82B. Grand Iris, 37 pouces (94 cm), Tardif. Pétales violet palissandre (M&P 42-K-10) ; styles légèrement plus clairs (43-I-9) ; Sépales pourpre royal (43-KL-11), zone plus nettement bleu grisé (41-F-9 à 41-E-8) près de la barbe ; barbes bleu clair (41-D-9) pointées jaune clair ; ondulé, légèrement frisé. Rosette Wine X 97-52D: (Fashionably Late x Nora Eileen).
C’est déjà plus clair, mais il y a encore des explications à donner.
(Keith Keppel R. 2005). Cela signifie que l’iris en question a été obtenu par K. Keppel et qu’il l’a enregistré en 2005.
Semis 98-82B : C’est le numéro de semis, propre à l’obtenteur, qui a été attribué par lui à la nouvelle variété, avant qu’elle ne soit enregistrée.
Grand Iris, 37’’ : cela situe la plante dans sa catégorie (Grand Iris), et donne la hauteur moyenne de la tige florale, en pouces et en centimètres.
Tardif : renseigne sur la période de floraison ; cela peut être VE (Très Hâtif), E (Hâtif), EM (Hâtif Moyen), M (mi-saison), ML (Mi-tardif), L (Tardif) et VL (Très Tardif). Pourrait être ajoutée une indication supplémentaire, RE suivie d’une date), pour préciser si la variété a été constatée comme remontante.
Pétales bois de rose (M&P42-K10) : renseigne sur le coloris des pétales et se réfère à une charte de couleurs, le Maerz and Paul Dictionary of Color, utilisée par l’obtenteur ; il en existe d’autres, comme la RHS, charte de la Royal Horticultural Society, également fréquemment utilisée. A noter que la référence à une charte de couleurs n’est pas obligatoire, ce que je considère comme dommage, car c’est un point de repère incontestable.
Les autres couleurs découvertes sur la fleur sont repérées de la même façon.
Suit le pedigree proprement dit de la plante : le premier nom désigne la plante mère (en anglais « pod parent »), sui un X qui veut dire que cette plante a été croisée avec la suivante (« pollen parent »). Dans le cas présent la plante père est un semis numéroté 97-52D, jamais enregistré, dont les membres sont indiqués dans la parenthèse suivante.
Rosette Wine X 97-52D: (Fashionably Late x Nora Eileen) signifie donc que ARISTOCRACY est le produit de Rosette Wine, multiplié par un semis de Fashionably Late par Nora Eileen. Ce pedigree est relativement simple, mais il arrive fréquemment que l’on se trouve devant un véritable puzzle, pour peu que plusieurs semis non dénommés soient intervenus dans la genèse de l’iris décrit.
Pourrait être fournis, ensuite, le nom du producteur qui a mis la variété sur le marché, et l’année de cette opération.
Il arrive que l’obtenteur ne soit pas très bavard sur les origines de la variété, ou qu’il se contente de fournir des numéros de semis, ce qui ne renseigne guère l’amateur curieux !
La lecture d’un enregistrement n’est donc pas quelque chose de sorcier. Il est nécessaire cependant de pratiquer un peu l’anglais, et, lorsqu’on ne comprend pas les abréviations, de se référer à la première page de la brochure, pour y trouver les précisions souhaitées.
Alors, amis débutants, amusez-vous à déchiffrer le R&I d’une année quelconque, et rapidement vous serez incollables dans cette science !
8.9.06

DU TRAVAIL D'AMATEURS
II n'y a pas que les professionnels qui soient en mesure de présenter des hybridations réussies. De nombreux amateurs se sont lancés dans ce travail : ils sont même de plus en plus nombreux dans notre pays. Et ces dernières années ils l’ont fait avec assez de succès. Déjà, dans les années 70, André BRUN de Malesherbes (45) a fait son entrée au catalogue Cayeux avec un joli iris pourpre, LUCINOU (78). Aujourd'hui, il y a plusieurs dizaines d’amateurs qui pratiquent l'hybridation. Cette activité reste confidentielle puisque l'on ne sait pratiquement rien des obtentions de ces amateurs, que l’on découvre de temps en temps sur Internet, lorsqu’ils se manifestent dans un courrier. Ils se montrent en général d’une modestie extrême, considérant que leurs obtentions n’arrivent pas à la cheville de celles des pros. C'est tout à leur honneur, mais peut-être dommage; cependant il faut dire qu'aucune compétition intérieure française n'est là pour inciter les obtenteurs amateurs à comparer leurs travaux : un concours comme Franciris est plus une compétition internationale de grande volée qu’une manifestation d’émulation pour amateurs !
Pourtant, ces dernières années, j’ai eu l’occasion de voir et d’apprécier des variétés françaises de qualité. L’un des premiers à obtenir de beaux iris a été Igor Fédoroff, qui a souvent envoyé de ses cultivars à Orléans, et qui y a obtenu un certain succès ded la part des visiteurs. Prenez, par exemple, AYGADE, MIRASOULEOU ou SABLES D'ARGENT (97), le seul qui ait été enregistré. Bernard Laporte, a longtemps sous-estimé son travail. Il a fallu le beau classement de son iris IRIADE (2004) au concours du même nom en 2003, pour qu’il se décide à enregistrer plusieurs de ses cultivars. Il s’est pour cela associé à Virginie Fur qui a pris à son compte certains croisements de B. Laporte, comme l’intéressant MAMY FRAMBOISE (2004) (voir photo). Bernard Lecaplain, a pu été distingué en 94 á Orléans avec NIAGARA et BERLINGOT mais il s’est depuis détourné des iris pour se consacrer aux hémérocalles. Gérard Madoré a réussi à se frayer un chemin dans la forêt des iris professionnels et à placer son GWENNADEN (2001) à Franciris 2005. Michèle Bersillon, une autre passionnée, réalise dans son tout petit jardin des croisements de valeurs comme ses superbes amoenas inversés, comme CŒUR D’HIVER (2000), que l’on devrait voir un jour au catalogue Cayeux, si mes informations sont exactes. Jean-Jacques François a, quant à lui, obtenu qu’un autre distributeur s’intéresse à ses œuvres. On les trouve maintenant au catalogue Bourdillon. C’est la même chose pour Jean Peyrard, qui est distribué par Iris au Trescols, et qui se distingue par un ample choix de variétés de toutes catégories.
Quant á Jean SEGUI, qui est un amateur très averti, ses obtentions sont nombreuses et réussies. Citons surtout DOCTOR GOLD (83), SUR DEUX NOTES (81), TRAPEL (82), VIA DOMITIA (93) qui font partie de ses plus belles réalisations et qui sont en vente chez Iris de Thau.
Quand j’apprend qu’un amateur hybride dans son coin, pour s’amuser, bien sûr, je m’en réjouis vivement, car c’est la garantie de la vivacité de l’hybridation française. Je souhaite à chacun de ces passionnés de trouver un jour un producteur qui s’intéresse à leurs œuvres. Car ce n’est qu’une juste récompense que de lire son nom dans un catalogue. Un écrivain écrit pour son plaisir, mais rien ne peut être pour lui plus gratifiant que de trouver un éditeur !
Ce texte est la reprise, développée et enrichie, d’un article publié dans le n° 122 (automne 96) de la revue Iris & Bulbeuses.
31.8.06

VINGT ANS DE BONHEUR
De 1978 à 1996, cela ne fait que 18 ans, mais c’est évidemment pendant vingt ans et plus que la famille Anfosso nous a gâtés de ses superbes obtentions d’iris de toutes sortes. 102 variétés au total : une majorité de grands iris, mais aussi plusieurs iris de bordure, plusieurs iris nains standards, des spurias, quelques arils, mais surtout, peut-être, des iris de Louisiane, dont il n’y a pas d’autres exemples en France. Pourquoi, depuis dix ans, l’ensemble de la famille a-t-elle brusquement cessé de s’intéresser à l’hybridation des iris ? C’est une question que tous les amateurs se posent avec plein de regrets. Car chaque année, ils attendaient avec impatience la nouvelle récolte. Et chaque fois c’était pour constater le chic et la grâce des iris Anfosso. L’un des plus ardents admirateurs de ce que nos provençaux produisaient, était Keith Keppel, celui dont le goût et le flair ne font aucun doute. Il fut le premier sans doute à importer les iris Anfosso aux Etats-Unis et à en faire activement la promotion par son catalogue. Par la suite d’autres ont suivi son exemple et encore aujourd’hui, dix ans après la cessation de toute nouvelle obtention, on trouve des iris Anfosso dans la plupart des grandes collections américaines, ce qui est un gage de qualité et de succès, dans un pays où la nouveauté est toujours recherchée en priorité.
Dès l’apparition de LORENZACCIO DE MEDICIS (P.C. Anfosso 78), les connaisseurs ont vu que quelque chose d’important allait se produire. Les obtentions suivantes, plus sophistiquées et peut-être trop originales, n’ont pas connu une brillante carrière commerciale. Pourtant CHILOE (M. Anfosso 79), blanc au cœur rose, MALDOROR (P. Anfosso 80), bleu marine uni, ou SONATE D’O (P. Anfosso 80), brun façon PAGAN, avaient-ils tout pour plaire. En revanche SANSEVERINA (P.C. Anfosso 81), jaune tilleul centré de blanc bleuté, ou BATEAU IVRE (P.C. Anfosso 82), étrange gris rosé à large flamme bleue, étaient-ils plus destinés à des amateurs avides de coloris qui sortent du commun. EVASION (P. C. Anfosso 80), délicat néglecta bleu mauve, à la texture un peu fragile, BELLE EMBELLIE (P. Anfosso 81), sorte d’amoena jaune pâle inversé, et NUIT BLANCHE (P. Anfosso 80), blanc pur, doucement ondulé, ont eu plus de succès. Mais d’ores et déjà on savait que les iris Anfosso ne seraient jamais indifférents.
Serait-ce en raison des circonstances qui ont entouré son apparition, où parce que c’était un iris classique mais bien sous tous rapports, toujours est-il que CALAMITÉ (P. Anfosso 82) est resté longtemps au catalogue. C’est aussi le premier iris très foncé d’une série qui comportera plusieurs belles réussites.
Le plus achevé des iris Anfosso des premières années est sans aucun doute ECHO DE FRANCE (84). Ce nom lui a été donné en hommage au travail sur les bicolores effectué en Australie par Barry Blyth. Il a été dès son apparition largement utilisé en hybridation, chez nous par Bernard Lecaplain, en Grande Bretagne par C.E.C. Bartlett et aux Etats-Unis (Fred Kerr, George Sutton…). Il figure toujours dans plusieurs catalogues américains, ce qui en dit long sur son succès auprès des amateurs.
Un autre cultivar de valeur, proposé en 84 également, est OPIUM (P. C. Anfosso). Cet iris très classique de forme, dans ses habits roses et mauves, a de la classe et de l’originalité. Il descend de l’étrange BATEAU IVRE et a particulièrement séduit Lawrence Ransom, qui en a obtenu plusieurs de ses plus intéressantes variétés, notamment les frères de semis CON FUOCO (94) et ULTIMATUM (94).
CARMEN X (P. Anfosso 85) est un orange assez soutenu, très bien formé, ondulé et frisé, ce qui est rare en ce coloris. C’est aussi un des plus vendus en Amérique. Des iris proposés en 86, il y en a trois qui m’ont particulièrement intéressé : ECUME (M. Anfosso), BAR DE NUIT (P. Anfosso) et MARGINAL (P. Anfosso). Le premier est une fleur très féminine, où se mêlent le blanc et le rose ; le second est un « noir de chez noir » puisqu’il provient du croisement Calamité X Superstition ; le dernier, en bleu tendre cerné de jaune tilleul est véritablement séduisant, et je me demande pourquoi il n’a pas eu plus de succès.
La plus étonnante nouveauté de l’année 88 a été celle d’un iris de Louisiane, TEQUILA (P. Anfosso). A ma connaissance, c’est la première fois qu’un obtenteur français propose un iris de Louisiane. Il faut dire que ces plantes-là ne sont pas franchement adaptées à notre sol et à notre climat : elles exigent un terrain meuble, fortement enrichi en humus, et des étés chauds et humides, ce qui correspond à un climat tropical, ou presque ! TEQUILA, mauve avec un signal doré, est la première variété d’une courte série qui comprend aussi BERENICE (Besse 88), CASSIOPEE (L. Anfosso 88), BARBARE (P. Anfosso 89), BOURGOGNE (E. Besse 89), COSI FAN TUTTE (L. Anfosso 91) et MISTRAL ROUGE (L. Anfosso 92). Il m’apparaît que les plus réussis sont les « louisianas » de Laure Anfosso, notamment CASSIOPEE (voir photo), avec ses grands sépales pourpre profond ornés d’un gros signal d’or, et ses pétales rose orchidée, larges et ondulés.
Sans que nous en soyons conscients, nous avons déjà dépassé la moitié des années d’activité d’hybrideurs de la famille Anfosso ! Mais ce sont les années les plus riches qui vont maintenant arriver. 1989 sera, sous le signe de la Révolution Française, l’année de variétés excellentes, comme CITOYEN (P. C. Anfosso) et REVOLUTION (P. Anfosso). Le premier est un « blend » étrange et attachant, où l’or des pétales le dispute aux couleurs variées des sépales ; le second est presque un iris bleu-blanc-rouge ; c’est plus un néglecta qu’un amoena, mais l’ensemble, vivement contrasté, annonce la série tricolore de Richard Cayeux. 1990 marquera le sommet de l’art des Anfosso. FONDATION VAN GOGH (M. Anfosso) sera le clou de l’année, avec un succès qui dure encore ; LASER et MATAMORE (P. Anfosso) seront le résultat d’une tentative d’obtention d’iris rouges au moyen d’une irradiation des graines. 1991 sera l’année Mozart où, à côté du Louisiana de Laure COSI FAN TUTTE, en deux tons de violet pourpré, sont apparus le TB rose à éperons bleus FLUTE ENCHANTEE (Laure Anfosso) et le variegata rutilant MARCHE TURQUE (P. C. Anfosso) qui ne sera certainement pas égalé par l’ANDALOU de la Maison Cayeux (95), dans les mêmes couleurs mais avec une fleur moins bien coiffée et des sépales à la base trop étroite. A partir de ce moment les nouveautés vont aller en s’amenuisant. SAMARCANDE (P. C. Anfosso 92), frère de semis de MARCHE TURQUE, est le portrait craché de son ancêtre SHAMAN ; LUMIERE D’AUTOMNE (E. Besse 92) est une variété merveilleusement frisée et ondulée, en un ton de tabac doré plutôt rare. Les deux « sib » noirs NUIT DE CHINE (P. Anfosso 93) et NUIT FAUVE (P. Anfosso 94) marquent-ils l’extinction de la flamme des Anfosso ? On serait tenté de le penser, car les variétés postérieures n’atteindront pas la même perfection, et d’ailleurs leurs obtenteurs ne se donneront même pas la peine de les enregistrer.
La belle aventure s’achève. Les amateurs en restent malheureux et frustrés, car une belle histoire, on voudrait qu’elle n’ait pas de fin, et celle-ci a été trop brève pour qu’on n’ait aucun regret.
PETITS CONSEILS ENTRE AMIS
L’Été des iris
Pendant l’été, les iris se reposent, puis reconstituent leurs réserves en vue de la floraison de l’année suivante. A l’automne, après une première pousse qui amorce ce que sera la saison suivante, ils cessent toute activité jusqu’au printemps.
Pendant la période de dormance (depuis la fin de la floraison jusqu’à la mi-juillet environ), il n’y a rien à faire, si ce n’est, en cas de besoin, enlever les feuilles complètement desséchées.
Pendant la période suivante, qui est aussi celle où l’on peut les diviser et les transplanter (grosso modo du 15 juillet au 15 septembre), il faut leur apporter un peu d’engrais complet, versé en surface de la plate-bande et enterré par un léger grattage suivi d’un arrosage permettant de hâter la dissolution de la poudre ou des granulés.
(à suivre)
Une série de réflexions qui pourront intéresser les débutants.
L’Été des iris
Pendant l’été, les iris se reposent, puis reconstituent leurs réserves en vue de la floraison de l’année suivante. A l’automne, après une première pousse qui amorce ce que sera la saison suivante, ils cessent toute activité jusqu’au printemps.
Pendant la période de dormance (depuis la fin de la floraison jusqu’à la mi-juillet environ), il n’y a rien à faire, si ce n’est, en cas de besoin, enlever les feuilles complètement desséchées.
Pendant la période suivante, qui est aussi celle où l’on peut les diviser et les transplanter (grosso modo du 15 juillet au 15 septembre), il faut leur apporter un peu d’engrais complet, versé en surface de la plate-bande et enterré par un léger grattage suivi d’un arrosage permettant de hâter la dissolution de la poudre ou des granulés.
(à suivre)
FLORENCE
Cette année, le Concours de Florence a récompensé :
1) RECONDITA ARMONIA (Bertuzzi 06) variegata aux pétales jaune primevère sur sépales parme liserés du jaune des pétales, barbes jaunes.
2) HIGH CLASS (P. Black 02) neglecta ciel/pourpre
3) MYTHOLOGY (T. Johnson 02) unicolore indigo, barbes brunes.
Cette année, le Concours de Florence a récompensé :
1) RECONDITA ARMONIA (Bertuzzi 06) variegata aux pétales jaune primevère sur sépales parme liserés du jaune des pétales, barbes jaunes.
2) HIGH CLASS (P. Black 02) neglecta ciel/pourpre
3) MYTHOLOGY (T. Johnson 02) unicolore indigo, barbes brunes.
RÉCRÉATION
Finies, les vacances, on reprend les bonnes habitudes !
CHACUN SA TRIBU
Les six noms qui suivent font référence à une tribu indienne d’Amérique. Mais l’un d’entre eux n’a pas (encore) été attribué à une variété d’iris. Lequel ?
CHICKASAW SUE
CHIPPEWA MAIDEN
MOHAWK BRAVE
NAVAJO JEWEL
OSAGE BUFF
ZUNI BLANKET
26.8.06

POURQUOI AIMONS-NOUS LES IRIS ?
Quand on lui demandait les raisons de son amitié pour La Boëtie, Montaigne répondait « parce que c’était moi, parce que c’était lui. » Mais si l’on en reste à cette évidence, on n’avancera pas beaucoup dans le sujet d’aujourd’hui. Car s’il est bien vrai que quelque chose d’inexplicable régit nos sentiments, il existe aussi des raisons tangibles de nos choix. Pourquoi les amateurs d’iris aiment-ils cette fleur-là ? Pourquoi bien souvent cet attachement devient exclusif, ou tout au moins dominant ? Voilà des questions auxquelles on peut essayer d’apporter des réponses.
La madeleine de Proust
Quant on interroge un mordu des iris, il explique en général qu’il a été accroché, d’une façon qui ressemble à un coup de foudre amoureux. Quelque fois cette attirance est apparue très tôt dans la vie de l’amateur : il a ressenti un choc, un jour, dans des circonstances variables, mais qui gravitent le plus souvent autour d’une rencontre. Auprès de chez ma grand’mère, à Chinon, dans la falaise qui domine la ville, il y avait (il y a toujours) des touffes de petits iris germanicas, violet foncé, qui s’épanouissaient très tôt en saison, vers la mi-février. J’ai été fasciné par cette fleur superbe, qui accompagnait mes pas vers celle que j’aimais tendrement et que je me dépêchais d’aller rejoindre. Quand j’approchais des iris, c’était l’avertissement que j’arrivais où je voulais aller et c’était le signe avant-coureur du bonheur qui m’attendait. Dans mon jardin d’aujourd’hui, j’ai des iris germanicas qui viennent de ces touffes hâtives du coteau de Chinon, et auxquels je tiens plus qu’à toutes mes variétés modernes et vivement colorées. Aux alentours de la Pentecôte, le jardin de mon autre grand’mère, en Limousin, embaumait du délicieux parfum des grands iris pallidas bleu tendre, aux tiges un peu molles, qui traînaient souvent au sol. Ces fleurs là ont conservé pour moi un sens très particulier et, comme aux précédents, je tiens profondément aux rhizomes de ces iris, que j’ai précieusement rapportés quand il a fallu abandonner la maison limousine…
J’ai lu et étudié les biographies d’un grand nombre d’iridophiles, surtout lorsqu’ils s’étaient taillé une place majeure dans le petit monde des iris en tant qu’hybrideurs de mérite. Dans de très nombreux cas c’est un choc du même genre qui a déclenché la passion. Quelque fois c’est un intérêt plus spécifique, comme une attirance pour la création de variétés nouvelles, qui en est à la base. Mais il s’agit toujours de quelque chose d’irraisonné, tout à fait proche de l’opinion de Montaigne dont je parlais au début ; quelque chose d’inexplicable, de mystérieux, mais néanmoins rattaché par un lien particulier à la personnalité de l’amateur.
Le choc des couleurs
A côté de ces chocs émotionnels, il y a d’autres causes à la passion que les iris génèrent. Ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, à déclencher ces réactions : les orchidées, les hémérocalles, les pivoines, les lis, les roses surtout, font l’objet de passions identiques. Il est curieux de constater que ce sont en général des plantes pérennes, encombrantes, majestueuses ; on se passionne moins pour les crocus ou les pensées. Ces aspects de permanence et de taille importante font certainement partie des raisons de l’attirance pour les iris, mais ce ne sont pas les seuls : il y a la forme ternaire de la fleur, le fait qu’elle soit portée par une tige élevée qui la met bien en évidence, le fait qu’elle soit d’assez grande taille elle-même, même chez les iris nains, enfin il y a les couleurs. Je ne connais personne qui soit insensible à la vision d’une iriseraie au pic de sa floraison, ni même à la splendeur d’un catalogue illustré. Ces couleurs exceptionnelles, variées, infiniment déclinées en dessins ou mélanges harmonieux, n’ont pas leurs pareil. Comparez un champ d’iris, chez Cayeux par exemple, et un champ de roses dans une pépinière : une certaine uniformité marque le second, tandis que c’est la variété qui domine dans le premier. Le fait qu’il ne manque que le vrai rouge dans la palette des iris explique évidemment cette différence.
Le mystère de l’hybridation
Presque tous ceux qui cultivent les iris sont un jour tentés par l’hybridation, quand ce n’est pas cet aspect des choses qui a entraîné la culture. Rien de plus facile, en effet, que de créer ses propres variétés. Et l’on n’a pas à patienter trop longtemps avant de jouir de ce que l’on a créé : deux ou trois ans suffisent. On se pique vite au jeu. On n’est pas obligé d’agir méthodiquement, comme font les professionnels, on peut tout simplement laisser libre cours à l’inspiration du moment, au désir de voir ce que pourra donner telle ou telle variété croisée avec telle autre. Le résultat ne sera pas forcément génial, mais le plaisir de créer et l’excitation de voir apparaître la première fleur d’un semis compensent largement la petite déception du résultat. De toute façon, ses iris, on les aime, comme on aime ses enfants dont on ne voit pas l’ingratitude de certains traits ou l’imperfection de certaines silhouettes. Ainsi de ce ‘Tilleul-Menthe’ (voir photo) que je garde, mais qui ne sera jamais enregistré. Ce qui compte, c’est bien autre chose, quelque chose qui vient du cœur. A preuve, il faut une sacrée dose de courage (ou d’indifférence !) pour arracher un semis par trop imparfait. La sélection n’est pas naturelle à qui se prend pour le père !
En guise de conclusion
La passion des iris est née en France, au milieu du XIXeme siècle. Elle a gagné le monde anglo-saxon où elle a prospéré formidablement. Elle est revenue en Europe continentale, a envahi le monde slave, qui est maintenant le plus prospère. Elle s’est aussi installée chez les latins : l’Italie compte un grand nombre de passionnés ; elle atteint les slaves du sud et fait son apparition en Espagne là où le climat permet son expansion, comme la Catalogne ou le Pays Basque. Au Japon, en Australie, en Nouvelle Zélande, elle prend la forme des iris Ensatas ou celle des iris de Louisiane, mais elle a les mêmes fondements. Partout où il est possible d’en faire pousser, les iris s’installent. Cette universalité démontre qu’aimer les iris peut atteindre tous les humains, parce que tous sont sensibles aux phénomènes que je viens de décrire.
18.8.06

LES BONS GÉNITEURS
Il y a quelques semaines, un sujet a parcouru le petit monde des amateurs d’iris : celui des bons géniteurs. Tout est parti d’un constat, certains obtenteurs, dans leurs catalogues, vantent les mérites d’une variété nouvelle en disant qu’elle est fertile, le plus souvent « both way », c’est à dire dans les deux sens. Qu’une variété soit fertile, cela n’a rien d’original, car la plupart le sont. Ce qui, à mon avis, mériterait d’être signalé, chaque fois que le cas se présente, c’est que telle variété est stérile, ou qu’elle n’est fertile que dans un sens, pollen ou ovaire. Pour le reste, dire qu’une fleur est fertile ne veut pas dire qu’il s’agisse d’un bon géniteur. Mais c’est quoi, un bon géniteur ?
J’ai voulu savoir ce qu’en disait la bible des iridophiles, « The World of Irises ». Mais ce sujet n’y est pas abordé. J’ai donc consulté l’autre bible des amateurs, le livre de Richard Cayeux « L’Iris, une Fleur Royale ». Un paragraphe répond en partie à ma question, page 174, en précisant que le bon géniteur est celui qui convient le mieux au but que l’hybrideur entend atteindre, et que, pour un croisement déterminé il faut « essayer de trouver des parents ayant le plus possible les caractères recherchés, non seulement en eux mais aussi dans leurs antécédents. » Ce qui conduit à effectuer des recherches généalogiques qui « sont très intéressantes en elles-mêmes et riches d’enseignements car elles permettent souvent de découvrir que certaines plantes sont meilleurs parents que d’autres. » En d’autres termes, il n’y a pas de bons géniteurs systématiques, mais des iris qui, en fonction de leurs origines et de ce que l’on souhaite en obtenir, sont meilleurs, ou mieux placés que d’autres. Le rêve du bon géniteur tous azimuts s’éteint, mais s’ouvre le champ de la recherche et du travail généalogique.
Cela dit, il existe cependant des variétés qui, au fil des ans, se sont révélées de remarquables géniteurs, reconnus comme tels par toute la communauté iridophile. Sur ce sujet, la consultation de « The World of Irises » est édifiante. Qui veut hybrider autrement qu’à l’aveuglette doit impérativement avoir lu les chapitres consacrés à l’histoire de l’hybridation. Mais « The World of Irises » est un ouvrage maintenant ancien (1978) et il ne peut pas parler des grandes variétés récentes, celles qui sont à l’origine des iris qui peuplent aujourd’hui les catalogues et les jardins des amateurs.
Pour bien faire il faudrait ajouter une suite à chacun des chapitres de « The World of Irises ». Cette chronique n’a pas ce but ni cette prétention. A ceux que le sujet intéresse, je donnerai seulement quelques pistes issues de mes propres recherches et études statistiques. A commencer par un extrait d’une chronique parue en 2004 et qui s’intitule « Familles Nombreuses ». J’y relève les trente variétés les plus utilisées en hybridation :
1. SKY HOOKS (Osborne 80) – voir photo - (plus de 140 variétés enregistrées en descendent directement)
2. RIPPLING WATERS (Fay 61 – DM 66) (Cité près de 100 fois)
3. PONDEROSA (Ghio 70)
4. PINK SLEIGH (Rudolph 70)
5. NEW MOON (Sexton 68 – DM 73)
6. VANITY (Hager 75 – DM 82)
7. STEPPING OUT (Schreiner 64 – DM 68)
8. QUEEN IN CALICO (Gibson 80)
9. EDITH WOLFORD (Hager 86 – DM 93)
10. TITAN’S GLORY (Schreiner 81 – DM 88)
11. SILVERADO (Schreiner 87 – DM 94)
12. HONKY TONK BLUES (Schreiner 88 – DM 95)
13. NAVY STRUT (Schreiner 74)
14. RINGO (Shoop 79)
15. PINK TAFFETA (Rudolph 38 – DM 75)
16. CONDOTTIERE (Cayeux 78)
17. GIGOLO (Keppel 84)
18. AFTERNOON DELIGHT (Ernst 85)
19. SONG OF NORWAY (Luihn 79 – DM 86)
20. MYSTIQUE (Ghio 75 – DM 80)
21. ALLEGIANCE (Cook 57 – DM 64)
22. WHOLE CLOTH (Cook 57 – DM 62)
23. CLAUDIA RENE (Gaulter 63)
24. CHRISTMAS TIME (Schreiner 65)
25. ENTOURAGE (Ghio 77 – FO 80)
26. MELODRAMA (Cook 56)
27. WINTERSCAPE (McWhirter 84)
28. EDNA’S WISH (Gibson 83)
29. VICTORIA FALLS (Schreiner 77 – DM 84)
30. LACED COTTON (Schreiner 80)…
C’est bien intéressant, mais les jeunes tentés par l’hybridation me rétorqueront qu’il s’agit de variétés plutôt anciennes, qu’ils auraient souvent du mal à trouver dans le commerce. Soit. Cherchons alors parmi les variétés plus récentes, sachant que le choix est chaque année plus vaste, ce qui ne facilite pas le travail. Il apparaît cependant que trois ou quatre variétés ont actuellement le vent en poupe :
ROMANTIC MOOD (Ghio 88)
FOGBOUND (Keppel 98)
CHAMPAGNE ELEGANCE (Niswonger 87)
ROMANTIC EVENING (Ghio 96)
Cependant les variétés actuellement enregistrées correspondent à des semis d’il y a au moins cinq ans, voire plus. Il n’est donc pas étonnant qu’on rencontre beaucoup d’enfants de DUSKY CHALLENGER (Schreiner 86 – DM 92), SOAP OPERA (Ghio 82), MESMERIZER (Byers 91 – DM 2002), et de l’inusable EDITH WOLFORD qui, malgré les années, continue d’avoir la faveur des obtenteurs.
Ces iris intéressent un grand nombre de personnes, mais ils n’ont pas tous les pouvoirs et je répète que celui qui veut hybrider, après s’être fixé sur le ou les domaines qu’il entend explorer, devra beaucoup travailler sur la génétique des iris, en général, et les renseignements généalogiques que l’on trouve dans les « Registrations and Introductions » et les « Iris Check-lists ».
11.8.06

UN AUSTRALIEN, MEILLEUR ESPOIR
Je ne possède pas les résultats de la Walther Cup depuis son institution, mais je suis à peu près convaincu que c’est la première fois qu’un iris non américain est classé à la première place de cette compétition ; en tout cas rien de semblable ne s’est produit depuis 1975. La Walther Cup, qui est accordée à la variété nouvelle qui a reçu, une année donnée, le plus grand nombre de votes pour une H. M. (Honorable Mention, premier degré de la course aux honneurs), est la plus éclectique des récompenses américaines. Elle n’honore pas forcément un grand iris et, dans les années récemment passées, elle est allée aussi bien à un iris de table, FROSTED VELVET, en 91, qu’à un iris de Sibérie, SHAKER’S PRAYER, en 92, des iris intermédiaires, PROTOCOL en 98, STARWOMAN en 2001 et DELIRIUM en 2003, et un iris nain standard, CAT’S EYE en 2004. Cette année elle a été attribuée à une variété australienne de grand iris, DECADENCE, obtenue par Barry Blyth en 2004 et introduite aux USA par Keppel.
DECADENCE (voir photo) est le porte-drapeau d’un nouveau type d’iris, qui allie des ondulations froufroutantes comme un jupon de french-cancan et un liseré clair sur des sépales sombres. Ces caractères sont apparus avec LOUISA’S SONG (Blyth 99), et se retrouve chez ses descendants. Blyth qui exploite sans hésiter tous les semis intéressants qu’il découvre, a fait trois croisements très prometteurs avec ce LOUISA’S SONG, et enregistré une série de variétés bordées de clair et abondamment ondulées. Avec le croisement LOUISA’S SONG X AVONA sib, il a obtenu AFFLUTER (2001), néglecta mauve, STOP FLIRTING (02), étrange gris, et SWEETLY SUNG (03), rose infus de mauve. Le mariage LOUISA’S SONG X SHADOWS sib a donné naissance à BABYLON QUEEN (01), bleu tendre, le moins typique de tous, et LULLABY LIGHT (02), néglecta mauve à barbes rouges. Le croisement inverse est à l’origine de ROMANTIC GENTLEMAN (02), néglecta magenta. Le croisement le plus prolifique a été TEMPLE OF TIME X LOUISA’S SONG. Blyth en a extrait six nouveaux iris, tous super ondulés :
- EASY LIVING (02), néglecta indigo, très proche de son « père » ;
- RACING HEART (01), néglecta bleu ;
- LOVE ACTUALLY (01), néglecta brique ;
- LOOKING BEAUTIFUL (02), bicolor abricot et magenta ;
- HELLO IT’S ME (02), abricot et bourgogne, et enfin
- DECADENCE (04), notre vedette du jour, ambre et grenat. Et ce qui ajoute son intérêt, c’est le ruché de dentelle couleur chamois qui ornemente le bord des sépales.
Le coloris de DECADENCE est à rapprocher de celui de MASTERY (2000) et des sa descendance et, notamment, de INDULGENCE (2002), qui a participé au concours Franciris 2005 et de son frère de semis RULING LORD (2002). Le type ‘MASTERY’ se signale par des teintes plus vives, avec des pétales jaune vif et des sépales grenat largement bordés de chamois ou de jaune, mais avec beaucoup moins d’ondulations.
DECADENCE a séduit les juges américains. Il avait des arguments pour cela et sa récompense est logique. Mais ce qui est le plus important c’est qu’il s’avère qu’il n’est plus obligatoire d’être d’origine américaine pour être distingué outre-atlantique. Il suffit, mais c’est déjà beaucoup, d’avoir d’indéniables qualités, et d’être bien introduit et distribué par un producteur renommé. Là, on n’est plus dans le domaine horticole, mais dans celui du business…
4.8.06

VOUS AIMEZ LE SERPENT ?
Parmi les lauréats 2006 des récompenses américaines figure, au titre des iris de bordure, la variété ANACONDA LOVE. Les initiés auront compris qu’il s’agit d’une obtention de Brad Kasperek, le spécialiste actuel des iris « broken color », …et des noms malheureusement ridicules.
ANACONDA LOVE a été obtenu en 1998. C’est un petit iris de 60 cm, qui doit tenir cette caractéristique de son parent BABOON BOTTOM (Kasperek 93 – KM 02) et de son ancêtre, frère de semis de PECADILLO (KEPPEL 83). Parmi les « broken color » on trouve des jolies choses et pas mal de vilaines (ou de choses de mauvais goût). Cette fois c’est le premier qualificatif qu’il faut employer. ANACONDA LOVE présente d’élégants pétales roses piqués de mauve et des sépales violet améthyste barbouillés de blanc, avec une jolie barbe orange clair (voir photo).
Ce qui est remarquable dans le pedigree d’ANACONDA LOVE c’est la présence de MARIA TORMENA (Ensminger 86). Remarquable, soit, mais pas étonnant car cette dernière variété a joué un rôle essentiel dans le développement des « broken color ». On la trouve dans les deux maîtresses branches de l’arbre généalogique. D’abord du côté de BABOON BOTTOM, qui est le résultat du croisement de MARIA TORMENA et de DATE BAIT (Duane Meek 85) ; derrière celui-ci il y a RANCHO ROSE (Gibson 74), qui est un autre pilier de la famille d’ANACONDA LOVE. MARIA TORMENA est blanc barbouillé de rose vineux, BABOON BOTTOM est rose crémeux barbouillé de blanc : ce sont eux qui caractérisent la branche maternelle. La branche paternelle semblerait devoir donner naissance à des fleurs dans les tons de jaune et brun, mais TANZANIAN TANGERINE (Kasperek 94) est un plicata rose orangé, très joli. Cette couleur provient évidemment des éléments génétiques de MARIA TORMENA et de RANCHO ROSE qui sont l’un et l’autre présents derrière TIGER HONEY (Kasperek 93) et JITTERBUG (Keppel 87), parents de TANZANIAN TANGERINE. Il semble qu’il faille attribuer la couleur assez sombre des sépales d’ANACONDA LOVE, non seulement à RANCHO ROSE, mais surtout aux nombreux plicatas pourprés qui figurent dans sa branche paternelle : CHINQUAPIN, ROUNDUP, CAYENNE CAPERS …
En résumé, ANACONDA LOVE, vif et gai, joliment ondulé, est un bon exemple de ce que peut donner la catégorie des iris de bordure, lorsque les fleurs ne sont ni trop grosses ni trop lourdes. La Knowlton Medal n’est pas usurpée.

L’IRIS D’ALGER
Iris d’Alger est l’un des noms vernaculaires de ce que les botanistes appellent Iris unguicularis Poir (voir photo). Ce « Poir » désignant celui qui a fait le premier la description de l’espèce est qui s’appelait Poiret. Dans le n° 111 (Hiver 93) d’Iris et Bulbeuses, le docteur Ségui a fait à son tour une description précise et bien rédigée de cet iris que connaissent bien les amateurs de fleurs hivernales. Voici ce qu’il a écrit : «Fleurs violettes, quelquefois assez pâles, quelquefois violet foncé. Il en existe aussi des blanches. Le pétale est de couleur unie, s’assombrissant et rougissant à sa base. Le sépale forme une petite gouttière rougeâtre sur l’épaule qui s’efface en s’élargissant en une tache jaune et bleue, plus ou moins piquetée de jaune et terminée par une pointe jaune. Pas de barbes. Les sépales des fleurs blanches sont seulement décorés d’un dessin en pointe de sagaie jaune vif qui prolonge la “gouttière”. La fleur paraît à l’extrémité d’une “tige” d’une vingtaine de cm. Mais ce que vous voyez n’est pas une vraie tige. C’est le tube floral. L’ovaire est situé à même le sol, complètement caché par les feuilles de telle sorte qu’il faut plus tard chercher la capsule au profond de la touffe si l’on veut récupérer les graines. Pendant toute l’année il garde un feuillage vert abondant, à feuilles longues (jusqu’à 50 cm et même 80 s’il est trop arrosé) et fines (de quelques mm à 2 cm) qui lui donne l’aspect d’une herbe banale ». Il se met à fleurir vers le 15 novembre et la floraison se prolonge tout l’hiver, avec un parfum doux et bien agréable en cette partie de l’année. L’ennui, c’est que l’iris d’Alger n’est pas rustique, ou pas tout à fait, et qu’il faut soit le protéger du gel, soit, dans les meilleurs cas, le faire pousser au pied d’un mur abrité et tourné vers le sud. Le Docteur Ségui termine son exposé en donnant les conseils suivants : « La culture est facile sur un sol calcaire, bien drainé. Il n’a besoin de rien en été, surtout pas d’eau ; on peut même raccourcir le feuillage pour “cuire” le rhizome. Mais les racines n’aiment pas être dérangées et la reprise peut s’avérer difficile ».
La simplicité et l’agrément de cet iris devraient lui assurer une présence dans la plupart des jardins. S’il ne figure pas encore dans le vôtre, il faut vite vous le procurer.
PETITES NOUVELLES DU MONDE DES IRIS
COMMERCE USA-FRANCE
Sens France > USA
Il est possible d’effectuer des envois d’iris vers les USA. Pour l’instant il n’y a pas de restrictions dans la délivrance des certificats phytosanitaires.
Sens USA > France
Quelques petites infos glanées ici et là par notre obtentrice franco-américaine Michèle Bersillon : il apparaît que les iris ont été re-classifiés ; ils ne sont plus dans la catégorie de "bulbes dormants" mais dans celle de "herbacées vivaces", ce qui implique des traitements encore plus poussés et contraignants avant l'envoi sans parler de toutes les paperasses qui vont avec. Tout cela a un coût, bien sûr et ça sera encore plus cher de commander des plantes aux Etats-Unis désormais. Il semble que ce qui a déclenché l'embargo était un envoi de plantes (de je ne sais quelle catégorie) en provenance des Etats-Unis infestée des "mouches blanches" d'une espèce vraiment méchante. Pas de précisions supplémentaires.
Reste à redouter le comportement des douaniers. Comment vont-ils interpréter la nouvelle réglementation ? Il ne faudra pas s’étonner si les prochains colis d’iris en provenance des Etats-Unis subissent des retards et des tracasseries. Les importateurs vont devoir sûrement s’armer de patience, quant aux producteurs américains, ils vont avoir du mal à fournir en temps et heure les documents que leur Administration va leur demander…
LES CAPRICES DU DANUBE
Quand, cet hiver, la météo nous parlait d’une crue centenaire du Danube, et la télé nous montrait les quais de Budapest renforcés à coup de sacs de sable, on ne se doutait pas que cet événement allait avoir des conséquences catastrophiques pour une partie de l’ « irisdom ». En effet le Danube passe à Bratislava, en Slovaquie. Cette année il a inondé les terres où Ladislaw Muska cultive ses iris et a noyé, déterré, emporté une bonne partie des plantes. Muska parle d’un « iris tsunami » tant les dégâts sont important : il a perdu un grand nombre des variétés en culture et d’autres sont détruites jusqu’à 80%. De nombreuses années de travail anéanties…
COMMERCE USA-FRANCE
Sens France > USA
Il est possible d’effectuer des envois d’iris vers les USA. Pour l’instant il n’y a pas de restrictions dans la délivrance des certificats phytosanitaires.
Sens USA > France
Quelques petites infos glanées ici et là par notre obtentrice franco-américaine Michèle Bersillon : il apparaît que les iris ont été re-classifiés ; ils ne sont plus dans la catégorie de "bulbes dormants" mais dans celle de "herbacées vivaces", ce qui implique des traitements encore plus poussés et contraignants avant l'envoi sans parler de toutes les paperasses qui vont avec. Tout cela a un coût, bien sûr et ça sera encore plus cher de commander des plantes aux Etats-Unis désormais. Il semble que ce qui a déclenché l'embargo était un envoi de plantes (de je ne sais quelle catégorie) en provenance des Etats-Unis infestée des "mouches blanches" d'une espèce vraiment méchante. Pas de précisions supplémentaires.
Reste à redouter le comportement des douaniers. Comment vont-ils interpréter la nouvelle réglementation ? Il ne faudra pas s’étonner si les prochains colis d’iris en provenance des Etats-Unis subissent des retards et des tracasseries. Les importateurs vont devoir sûrement s’armer de patience, quant aux producteurs américains, ils vont avoir du mal à fournir en temps et heure les documents que leur Administration va leur demander…
LES CAPRICES DU DANUBE
Quand, cet hiver, la météo nous parlait d’une crue centenaire du Danube, et la télé nous montrait les quais de Budapest renforcés à coup de sacs de sable, on ne se doutait pas que cet événement allait avoir des conséquences catastrophiques pour une partie de l’ « irisdom ». En effet le Danube passe à Bratislava, en Slovaquie. Cette année il a inondé les terres où Ladislaw Muska cultive ses iris et a noyé, déterré, emporté une bonne partie des plantes. Muska parle d’un « iris tsunami » tant les dégâts sont important : il a perdu un grand nombre des variétés en culture et d’autres sont détruites jusqu’à 80%. De nombreuses années de travail anéanties…
RÉCRÉATION
Petit jeu d’été
Le thème des saisons est une source infinie d’inspiration lorsque les obtenteurs d’iris doivent choisir un nom pour leurs variétés.
Pouvez- vous dire quel est celui qui a donné les noms suivants :
LULLABY OF SPRING (89)
PEKING SUMMER (84)
AUTUMN RIESLING (2006)
EDGE OF WINTER (83)
Petit jeu d’été
Le thème des saisons est une source infinie d’inspiration lorsque les obtenteurs d’iris doivent choisir un nom pour leurs variétés.
Pouvez- vous dire quel est celui qui a donné les noms suivants :
LULLABY OF SPRING (89)
PEKING SUMMER (84)
AUTUMN RIESLING (2006)
EDGE OF WINTER (83)
31.7.06
21.7.06

TROISIEME TRIOMPHE
Pour la troisième fois de sa longue carrière, Keith Keppel a été honoré cette année d’une nouvelle Médaille de Dykes, attribuée à SEA POWER (99). Pendant très longtemps, cet incomparable obtenteur a couru après le succès, ses variétés étant supplantées le plus souvent par celles de la firme Schreiner qui, au cours des deux dernières décennies, a trusté les récompenses. Les iris Schreiner, sélectionnés par l’ancêtre Robert Schreiner, représentaient aux yeux des juges américains ce qui pouvait se faire de mieux. Et les récompenses obtenues étaient méritées car à tous points de vue les variétés honorées présentaient des caractéristiques exceptionnelles. Mais depuis la disparition de Bob, Schreiner ne se renouvelle plus guère, et si ses iris restent beaux et solides, ils manquent un peu d’originalité et ont du mal à lutter contre les produits d’autres obtenteurs, plus imaginatifs. Keith Keppel n’a pas recherché le succès à tout prix. Il a continué imperturbablement un travail méticuleux, rigoureux et difficile. Il a excellé dans les plicatas, qu’il a porté à un sommet, mais ce modèle est très prisé et peut-être rencontré un peu trop souvent. Il a poursuivi la quête de l’iris sombre à barbes rouges et est parvenu à des résultats remarquables, puis il s’est attaqué aux amoenas inversés, avec un indéniable succès. Depuis bien longtemps tous, ou presque, ses iris reçoivent au moins un AM, et depuis le tournant du siècle, ils tutoient la récompense suprême. En 2002 puis en 2003 FANCY WOMAN (95) a été à deux doigts de triompher, en 2004 CROWNED HEADS (97) a été couronné et c’est aujourd’hui le tour de SEA POWER. Depuis 2001, FANCY WOMAN, LOCAL COLOR (96), CROWNED HEADS et SEA POWER ont été déclarés meilleure variété de grand iris de l’année (Wister Medal), compétition dans laquelle SPIRIT WORLD (94), FOGBOUND (98) et HAPPENSTANCE (2000) se sont également bien placé. De plus MIDNIGHT OIL (98) et HAPPENSTANCE ont été déclarés « meilleur espoir » (Walther Cup). Le sommet atteint cette année par SEA POWER (voir photo) récompense une variété exceptionnelle, un iris bleu vif, uni (la couleur favorite des amateurs d’iris), bien frisé et présentant des ondulations profondes et régulières. C’est une plante de haute taille et une fleur délicieusement parfumée. Que demander de plus ? SEA POWER a tout pour lui.
A la suite de BABBLING BROOK (69 – DM 72), sa première Médaille de Dykes, Keppel sélectionnait surtout des iris avec des fleurs gracieuses mais plutôt petites ; maintenant il retient des fleurs amples, très ondulées, d’un charme fou. Il place à côté de coloris traditionnels, des associations originales, voire franchement nouvelles, des modèles encore inconnus. Dans la première catégorie se placent OPEN SEA (2002), immense bleu pur, DAY GLOW (97), abricot à barbes rouges, IN LOVE AGAIN (2004), entièrement rose, VENETIAN GLASS (2003), blanc à peine rosé ou SUNBLAZE (2004), d’un jaune très riche. FOREIGN LEGION (2001), TRADE SECRET (2003), MYSTERIOUS WAYS, SECRET RITES ou BAMBOO SHADOW (2005), associant le jaune ambré, le mauve et le gris, voire un peu de vert absinthe, entrent dans la définition des mélanges extrêmes, dans la lignée de THORNBIRD (Byers 89 – DM 97). RIO (2001), abricot et bruyère, constitue une autre association nouvelle. Quant à QUANDARY (2001), il amorce un nouveau modèle, présentant sur les sépales des griffures mauves particulières. C’est un modèle préparé en collaboration avec Joë Ghio, que ce dernier semble bien décidé à encore améliorer.
Que SEA POWER ait apporté une troisième Médaille de Dykes chez Keith Keppel n’est pas une surprise, c’est enfin la reconnaissance universelle d’un talent que tout le monde reconnaît à celui qui a été surnommé Mr. Plicata, mais qui se signale aussi dans tous les autres domaines.
D’AUTRES LAURÉATS
Sans autres commentaires, voici la liste des autres principales récompenses attribuées la l’AIS en 2006.
Knowlton Medal (BB): Anaconda Love (Kasperek) (1)
Sass Medal (IB): Midsummer Night's Dream (Baumunk)
Williamson-White Medal (MTB): Baubles and Beads (Miller)
Cook-Douglas Medal (SDB): Ruby Eruption (Chapman)
Caparne-Welch Medal (MDB): African Wine (Kasperek)
White Medal (AR & AB): Omar's Stitchery (Boswell)
Mohr Medal (AB): Walker Ross (Ross)
Founders of SIGNA Medal (Spec): John Wood (Wood)
Mitchell Medal (CA): Cozumel (Ghio)
DeBaillon Medal (LA): Peaches in Wine (Prior)
Morgan-Wood Medal (SIB): Riverdance (Schafer/Sacks)
Nies Medal (SPU): Adriatic Blue (Niswonger)
(1) Je consacrerai une prochaine chronique à la Knowlton Medal, ANACONDA LOVE.
Sans autres commentaires, voici la liste des autres principales récompenses attribuées la l’AIS en 2006.
Knowlton Medal (BB): Anaconda Love (Kasperek) (1)
Sass Medal (IB): Midsummer Night's Dream (Baumunk)
Williamson-White Medal (MTB): Baubles and Beads (Miller)
Cook-Douglas Medal (SDB): Ruby Eruption (Chapman)
Caparne-Welch Medal (MDB): African Wine (Kasperek)
White Medal (AR & AB): Omar's Stitchery (Boswell)
Mohr Medal (AB): Walker Ross (Ross)
Founders of SIGNA Medal (Spec): John Wood (Wood)
Mitchell Medal (CA): Cozumel (Ghio)
DeBaillon Medal (LA): Peaches in Wine (Prior)
Morgan-Wood Medal (SIB): Riverdance (Schafer/Sacks)
Nies Medal (SPU): Adriatic Blue (Niswonger)
(1) Je consacrerai une prochaine chronique à la Knowlton Medal, ANACONDA LOVE.
14.7.06

DE LA SUITE DANS LES IDÉES
Tous ceux qui savent de quoi ils parlent disent que, à propos du travail de l’hybrideur, qu’il faut avoir des la suite dans les idées. C’est à dire choisir un domaine de recherche, et s’y tenir. Ce domaine peut-être général (les iris à éperons, les variegata-plicatas, les « broken-colors »…) ou ponctuel (les barbes noires, les iris bruns…) mais l’important c’est de se disperser le moins possible. Tous les grands hybrideurs ont procédé de cette façon et ils continuent d’appliquer ce principe. Je prendrai pour exemple trois de nos contemporains qui font preuve d’une évidente et payante obstination.
Commençons par Richard Ernst. Cela fait vingt ans environ qu’il travaille sur un croisement mythique, Edna’s Wish X Wild Jasmine, à partir duquel il a créé, aussi bien par endogamie que par exogamie, une vaste famille qui, aujourd’hui, comporte six variantes et, au moins, 26 variétés enregistrées. Il en est arrivé à utiliser maintenant les enfants et même les petits enfants de son géniteur de base, mais il continue toujours dans un domaine qui lui a donné des iris à la fois variés et extraordinaires, avec, tout particulièrement, deux modèles nouveaux qui ont pour modèle de base RING AROUND ROSIE (2000), pour le premier, et TIME WILL TELL (99) pour le second. Cette lignée a fait l’objet, ici, dans Irisenligne, d’une chronique parue il y a un an. A l’heure actuelle la série du modèle RING AROUND ROSIE comprend au moins quatre variétés très originales, Le modèle de base a des pétales blancs finement ourlés de jaune primevère, et des sépales à fond blanc, légèrement poudré de grenat, bordés de jaune primevère ; barbes jaune vif. WHISPERING SPIRIT (2001), en est la version la plus colorée, CARNIVAL RIDE (2002), la plus réussie (voir photo), et LOOKY LOO (2005), une déclinaison un peu différente. La série du modèle TIME WILL TELL est tout autre mais tout aussi intéressante. Les pétales, tourmentés, sont indigo vif, tout ourlés de pourpre ; c’est ce pourpre qu’on retrouve sur les sépales, mais il s’émiette en se rapprochant du cœur de la fleur, laissant apparaître le fond blanc luminata aux alentours des barbes, jaunes. SCHIZO est visiblement le cousin de TIME WILL TELL : même indigo pour les pétales, même pourpre pour les sépales, même dessin luminata sous les barbes du même jaune, la différence n’est pas en sa faveur puisqu’il perd presque totalement le liseré pourpre des pétales qui fait l’attrait du précédent. Manifestement Richard Ernst a été séduit par la formule de TIME WILL TELL à tel point qu’il a cherché à la reproduire en y apportant quelques retouches mineures. Cela a donné CHILD OF ROYALTY (2001), SMOKIN (2001) puis BALL OF CONFUSION (2004). Le premier est la déclinaison claire de la formule, le second en est la version sombre, le troisième une version allégée, plus blanche.
Si quelqu’un peut être qualifié d’obstiné, c’est bien Keith Keppel. Au cours de sa carrière déjà longue il a exploré plusieurs domaines, mais il a tiré de chacun tout ce qu’il était possible d’en tirer. Son travail sur les iris plicatas est exemplaire et exhaustif. Il se passionne maintenant pour les « dark tops » et a fait faire à ce modèle un véritable bond en avant. Les premiers essais ont commencé au début des années 90 et deux variétés déjà bien typées sont apparues en 94 (SPRING SHOWER) puis en 96 (WISHFUL THINKING). Mais le premier coup de maître est arrivé en 97. Il s’agit de CROWNED HEADS, qui a aussitôt commencé une course aux honneurs qui lui a valu la Médaille de Dykes en 2004. Il faut dire que Keppel, pour obtenir CROWNED HEADS a utilisé IN REVERSE (Gatty 93), une étape majeure dans la recherche des amoenas inversés ; une partie du chemin était déjà faite. L’étape suivante a été FOGBOUND (98), un peu différent car doté d’une barbe rose issue de la lignée de George Shoop. CROWNED HEADS et FOGBOUND ont amorcé la série des « dark tops » encore en cours de développement. Unis l’un à l’autre ils ont donné naissance à ALPENVIEW (2002). CROWNED HEADS associé à un frère de semis de FOGBOUND, SUSPICION (99) aux couleurs spectrales, a engendré WINTRY SKY (2002), peut-être le « dark top » le plus contrasté d’aujourd’hui. La même année est apparu un premier descendant de FOGBOUND, CRYSTAL GAZER, qui est une pure merveille de grâce et d’originalité. FRIENDLY FIRE a été enregistré en 2003 : il descend de FOGBOUND et de SPRING SHOWER ; il tient de son père une teinte un peu rosée et des barbes vivement colorées, mais il est moins contrasté. De 2003 également date RIPPLE EFFECT, qui ne descend pas de FOGBOUND mais de son frère SUSPICION et tient de ce dernier des barbes jaunes. Il faut attendre ensuite 2005 pour voir la série se poursuivre avec ROYAL STERLING, produit de VIENNA WALTZ et de FOGBOUND, dans des tons plus mauves, puis de DANCE RECITAL, enfant que l’on pourrait qualifier d’incestueux, issu de la fécondation de SUSPICION par son « frère » FOGBOUND, mais qui est une incontestable réussite, tant par le bleu de ses pétales que par le blanc des sépales et le jaune orangé des barbes. Il est probable que Keith Keppel n’en restera pas là et qu’il a encore parmi ses semis quelques éléments qui sauront nous charmer ou nous surprendre : il a de la suite dans les idées et du talent à revendre !
Quant à Richard Cayeux, il s’est polarisé sur les iris dits tricolores (pétales blancs, sépales bleus, barbes rouges). Commencée en 91 avec VIVE LA FRANCE et BAL MASQUÉ, sa série se poursuit encore en 2006 avec REUSSITE. Cependant, contrairement à la démarche des obtenteurs précédents, Richard Cayeux s’est plus attaché au résultat qu’à la manière d’y parvenir. Sa série bleu-blanc-rouge comprend à l’heure actuelle huit variétés issues de cinq croisements différents, mais où se rencontrent cependant des éléments communs, ce qui permet de dire qu’à défaut d’être frères, ces iris sont au moins cousins. Le croisement le plus prolifique est (Condottiere x Delphi) X (Alizés x (Condottiere x Lunar Rainbow sib). Il a donné naissance à quatre frères : VIVE LA FRANCE (91), BAL MASQUÉ (91), REBECCA PERRET (92) et MARBRE BLEU (93). Le premier présente des pétales blancs, des sépales blancs bordés d’un dégradé de bleu un peu ardoisé avec de fortes veines brunes aux épaules, et des barbes importantes de couleur vermillon. Le second a aussi des pétales blancs, mais les sépales sont indigos, centrés de blanc, et les barbes restent mandarine. REBECCA PERRET est le plus clair de la série, c’est aussi celui qui ressemble le plus à ALIZÉS. Les pétales de MARBRE BLEU sont un peu bleutés, les sépales sont indigos et comportent des veines et marbrures blancs, plus intenses sous les barbes orange vif. En 1994 est apparu PARISIEN qui, à mon avis, répond le mieux à la définition d’iris tricolore : pétales blancs, sépales bleus à peine plus clairs sous les barbes, volumineuses et franchement vermillon. Il est un descendant de REBECCA PERRET. RUBAN BLEU est enregistré en 97. C’est un cousin très proche des quatre frères déjà cités. C’est aussi le plus richement contrasté de la famille, notamment à cause des fortes veines brunes qui envahissent les épaules et lui donnent du caractère. La production marque ensuite une pause, et les observateurs ont pensé que l’obtenteur était passé à autre chose. Mais cette année deux nouveautés viennent s’inscrire dans la liste. REUSSITE, dont le nom signifie peut-être que Richard Cayeux estime avoir atteint l’accomplissement de son travail, descend de REBECCA PERRET par le blanc LA MEIJE ; il serait tout blanc lui aussi sans le très net bord bleu vif des sépales. Quant aux barbes, elles peuvent être considérées comme rouges. Enfin CERCLE BLEU, qui, du panel de géniteurs des précédents n’a retenu qu’ALIZÉS, présente des sépales largement bordés de bleu sombre et ornées de superbes barbes rouges. Va-t-on s’arrêter là ? C’est probable, mais pas garanti. Quand on a de la suite dans les idées et le désir de la perfection, on n’est jamais complètement satisfait…
La liste des obtenteurs contemporains qui ont entrepris et mené à bien une longue série de variétés d’une même lignée ou d’un même modèle, pourrait s’allonger (Niswonger, Zurbrigg, Kasperek ou Ensminger…) mais les trois exemples donnés sont emblématiques de ce comportement studieux et rigoureux.
TRACASSERIES
J’ai appris hier, de Bruce Filardi, Rédacteur du Bulletin de l’AIS et obtenteur d’iris, que l’Union Européenne s’opposerait à l’introduction sur le territoire de l’Union de tous végétaux en provenance des Etats Unis. Panique chez les producteurs américains, pour qui l’Europe est le deuxième marché, et qui s’apprêtent à faire leurs envois ! Si quelqu’un des lecteurs de ce blog a des informations sur ce sujet, qu’il veuille bien me les donner.
Il est probable que l’Administration américaine va prendre des mesures de rétorsion et interdire l’importation de végétaux européens !
J’ai appris hier, de Bruce Filardi, Rédacteur du Bulletin de l’AIS et obtenteur d’iris, que l’Union Européenne s’opposerait à l’introduction sur le territoire de l’Union de tous végétaux en provenance des Etats Unis. Panique chez les producteurs américains, pour qui l’Europe est le deuxième marché, et qui s’apprêtent à faire leurs envois ! Si quelqu’un des lecteurs de ce blog a des informations sur ce sujet, qu’il veuille bien me les donner.
Il est probable que l’Administration américaine va prendre des mesures de rétorsion et interdire l’importation de végétaux européens !
7.7.06

L’IRIS QUI A PERDU SON NOM
Dans le n° 341 du Bulletin de la Société Américaine des Iris (AIS), son ancien président, Clarence Mahan, qui vient d’écrire un livre intitulé « Les Iris et ceux qui les ont créés », s’intéresse à une anecdote qui retiendra l’attention de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des iris. J’en ai établi la traduction.
La pépinière Louis Van Houtte a introduit SANS SOUCI en Belgique en 1854. Peu après qu’il ait été importé aux Etats-Unis, SANS SOUCI a été confondu avec un autre iris, baptisé HONORABILE, qui avait été introduit à Paris en 1840 par Jean-Nicolas Lémon. SANS SOUCI est encore cultivé partout en Amérique du Nord et même il remporte des récompenses dans les concours d’iris, mais il est le plus souvent identifié comme HONORABILE.
Si l’iris que vous cultivez comme étant HONORABILE a des pétales jaunes et des « sépales élégamment veinés de brun-rouge » il est probable que vous fassiez pousser, en fait, SANS SOUCI. Le vrai HONORABILE a des sépales entièrement rouge violacé qui paraissent « d’un riche brun acajou ». Comment sais-je cela ? Laissez-moi vous raconter.
D’abord, l’édition de 1916 du « Manuel de l’Iris » du Révérend C. S. Harrison, comporte une liste de noms et de descriptions de cultivars préparée par l’un des premiers producteurs et marchands d’iris d’Amérique, Mrs Jennet Dean, de Moneta, Californie. Cette liste contient à la fois HONORABILE et SANS SOUCI. HONORABILE, identifié sous son synonyme « Honorabilis » dans la liste de Mrs Dean, est décrit comme un iris avec des pétales jaunes et des sépales « d’un riche brun acajou ». La description que Mrs. Dean donne de SANS SOUCI est celle d’un iris aux pétales jaunes et aux sépales « élégamment veinés de brun-rouge ». Après la description de SANS SOUCI, Mrs. Dean note : « Le vrai SANS SOUCI, pas HONORABILIS. »
Ensuite, il y a une évidence fournie par Séraphin Mottet. Séraphin Mottet n’était pas un simple pépiniériste, amateur d’iris. Il était considéré l’une des deux ou trois autorités les plus compétentes en matière d’iris dans le monde. Il cultivait à la fois HONORABILE et SANS SOUCI pour la Maison Vilmorin-Andrieux et Cie. Dans l’article titré « Classification des Variétés d’Iris de Jardins » dans « Les Iris Cultivés », publié en 1923, Mottet a proposé un nouveau système de classification des iris de jardin basé sur la couleur.
Le système de Mottet a huit classes de couleur avec des sous-classes. La classe VII s’adresse aux iris variegatas. Les deux premières sous-classes de la classe VII sont pour les iris à pétales jaune pâle. L’une des deux concerne les iris à pétales jaune pâle et sépales nettement veinés, et en exemple, Mottet parle de GRACCHUS. L’autre sous-classe décrit les iris à pétales jaune pâle et sépales entièrement colorés. Mottet cite LORELEI comme appartenant à cette sous-classe.
La troisième sous-classe de la classe VII de Mottet est destinée aux iris à pétales jaune foncé et à sépales nettement veinés. Mottet attribue SANS SOUCI à cette sous-classe. Il place HONORABILE dans la quatrième sous-classe, qui est pour les iris à pétales jaune foncé et sépales totalement colorés. Donc, selon Mottet, ce qui distingue SANS SOUCI de HONORABILE ce sont les veines sur les sépales du premier et la coloration complète des sépales du second. Si les sépales sont veinés, il s’agit de SANS SOUCI.
Confucius a enseigné que chaque chose devait avoir un nom, et devait toujours être appelée par ce nom. Si nous ne faisons pas référence à une chose sous son véritable nom, la confusion s’installe, le mauvais prend la place du bon et la connaissance nous échappe. Aussi, par pitié, si vous avez SANS SOUCI dans votre jardin et que vous l’appelez HONORABILE, allez tout de suite changer l’étiquette. Nous sommes tous attachés à connaître la vérité, mais nous n’avons certainement aucun besoin du désordre.
HASARD ET NÉCÉSSITÉ
Celui qui entreprend d’effectuer une hybridation est, en quelque sorte, un apprenti sorcier. Quand il aura transféré le pollen sur les stigmates de la fleur mère, il aura enclenché un phénomène dont il ne maîtrisera plus rien. La nature entamera un processus rigoureux et inexorable dont l’hybrideur n’aura plus qu’à attendre le résultat. Il est un peu dans la situation du tireur qui, un fois qu’il a appuyé sur la détente, ne sait pas exactement si la cible sera atteinte, à quel endroit elle le sera et quelle sera la conséquence de son tir. L’hybrideur comme le tireur ont, bien entendu, un projet, une intention. Mais il y a loin entre ce projet et sa réalisation.
Il y a dans tout cela une part de hasard qui affecte à peu près tous les stades de l’opération.
Hasard il y a dans la décision de l’hybrideur de choisir tel ou tel thème de recherche : il avait tous les choix possibles, il en a retenu un, pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Certains diront peut-être que le choix résulte d’une profonde réflexion et que, dans ce cas, parler de hasard est un peu excessif, néanmoins, parce qu’on appelle hasard ce qui comprend tellement de paramètres qu’on est incapable de les dénombrer et de les maîtriser, et que dans la décision d’une personne il y a une infinité de raisons que la personne elle-même ne maîtrise pas totalement.
Hasard il y a dans le choix des parents. Cela peut paraître discutable car l’hybrideur choisit ses géniteurs avec beaucoup de minutie, mais le hasard intervient néanmoins : telle plante à laquelle il avait pensé n’a pas bien poussé, ou n’est pas fleurie au bon moment. Il va donc modifier son projet, choisir une autre variété que celle envisagée en premier lieu, ou bien il va différer son hybridation, mais dans ce cas il va ajouter un nouvel hasard au précédent : par exemple les conditions météorologiques ne seront plus tout à fait les mêmes au moment où il réalisera son croisement et la réussite de celui-ci sera peut-être remise en cause…
Hasard il y a dans les conditions de la végétation du semis. Les capsules arriveront-elles à maturité ? Les graines seront-elles saines, germeront-elles ? Toutes les graines ne germeront pas, c’est certain, les plantules issues des graines ne donneront pas toutes un iris adulte et c’est bien le hasard qui fera que telle ou telle plante parviendra à la première floraison.
Un hasard encore plus insondable agira dans le mélange des gènes des deux iris parents. Le choix des parents influe, bien entendu, sur les résultats, mais l’hybrideur ne maîtrise pas tout ce qui entre dans les associations de gènes. Depuis qu’on pratique sérieusement l’hybridation, il y a plus d’une vingtaine de générations qui se sont succédées et bien malin serait celui qui pourrait dire le nom de toutes les variétés qui ont été mêlées. Sans parler des espèces initiales qui ont été brassées, croisées et recroisées d’une façon aujourd’hui inextricable.
Le hasard interviendra encore au stade suivant, quand l’hybrideur devra faire un choix parmi ses jeunes semis pour ne conserver que ceux qu’il considérera comme le ou les meilleurs.
En fait, la nécessité ne va être présente que dans le processus qui va conduire les grains de pollen vers l’ovaire de la fleur, puis dans l’union des cellules, leur multiplication, leur différentiation, jusqu’à l’apparition de la nouvelle plante. Mais même dans ce processus où la nécessité est prépondérante, le hasard se réserve une part : quel grain de pollen, par exemple, parmi tous ceux que l’hybrideur aura déposé sur le stigmate, parviendra à féconder la plante réceptrice ?
L’apprenti sorcier ne sait pas comment faire cesser le sortilège qu’il a déclenché. L’hybrideur, lui, n’entend pas faire cesser le phénomène qu’il a mis en œuvre, mais pas plus que le maladroit, il n’aura dans la main les conséquences de son geste.
Et pourtant !
Pourtant, cette accumulation de hasards aboutira a quelque chose qui aura été voulu et qui correspondra en tout ou partie au projet initial. L’hybrideur aura obtenu quelque chose qui ne sera pas forcément l’exact reflet de ce à quoi il avait rêvé, mais qui correspondra grosso modo à ce qu’il espérait. En cela on peut dire que le hasard fait bien les choses !
Celui qui entreprend d’effectuer une hybridation est, en quelque sorte, un apprenti sorcier. Quand il aura transféré le pollen sur les stigmates de la fleur mère, il aura enclenché un phénomène dont il ne maîtrisera plus rien. La nature entamera un processus rigoureux et inexorable dont l’hybrideur n’aura plus qu’à attendre le résultat. Il est un peu dans la situation du tireur qui, un fois qu’il a appuyé sur la détente, ne sait pas exactement si la cible sera atteinte, à quel endroit elle le sera et quelle sera la conséquence de son tir. L’hybrideur comme le tireur ont, bien entendu, un projet, une intention. Mais il y a loin entre ce projet et sa réalisation.
Il y a dans tout cela une part de hasard qui affecte à peu près tous les stades de l’opération.
Hasard il y a dans la décision de l’hybrideur de choisir tel ou tel thème de recherche : il avait tous les choix possibles, il en a retenu un, pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Certains diront peut-être que le choix résulte d’une profonde réflexion et que, dans ce cas, parler de hasard est un peu excessif, néanmoins, parce qu’on appelle hasard ce qui comprend tellement de paramètres qu’on est incapable de les dénombrer et de les maîtriser, et que dans la décision d’une personne il y a une infinité de raisons que la personne elle-même ne maîtrise pas totalement.
Hasard il y a dans le choix des parents. Cela peut paraître discutable car l’hybrideur choisit ses géniteurs avec beaucoup de minutie, mais le hasard intervient néanmoins : telle plante à laquelle il avait pensé n’a pas bien poussé, ou n’est pas fleurie au bon moment. Il va donc modifier son projet, choisir une autre variété que celle envisagée en premier lieu, ou bien il va différer son hybridation, mais dans ce cas il va ajouter un nouvel hasard au précédent : par exemple les conditions météorologiques ne seront plus tout à fait les mêmes au moment où il réalisera son croisement et la réussite de celui-ci sera peut-être remise en cause…
Hasard il y a dans les conditions de la végétation du semis. Les capsules arriveront-elles à maturité ? Les graines seront-elles saines, germeront-elles ? Toutes les graines ne germeront pas, c’est certain, les plantules issues des graines ne donneront pas toutes un iris adulte et c’est bien le hasard qui fera que telle ou telle plante parviendra à la première floraison.
Un hasard encore plus insondable agira dans le mélange des gènes des deux iris parents. Le choix des parents influe, bien entendu, sur les résultats, mais l’hybrideur ne maîtrise pas tout ce qui entre dans les associations de gènes. Depuis qu’on pratique sérieusement l’hybridation, il y a plus d’une vingtaine de générations qui se sont succédées et bien malin serait celui qui pourrait dire le nom de toutes les variétés qui ont été mêlées. Sans parler des espèces initiales qui ont été brassées, croisées et recroisées d’une façon aujourd’hui inextricable.
Le hasard interviendra encore au stade suivant, quand l’hybrideur devra faire un choix parmi ses jeunes semis pour ne conserver que ceux qu’il considérera comme le ou les meilleurs.
En fait, la nécessité ne va être présente que dans le processus qui va conduire les grains de pollen vers l’ovaire de la fleur, puis dans l’union des cellules, leur multiplication, leur différentiation, jusqu’à l’apparition de la nouvelle plante. Mais même dans ce processus où la nécessité est prépondérante, le hasard se réserve une part : quel grain de pollen, par exemple, parmi tous ceux que l’hybrideur aura déposé sur le stigmate, parviendra à féconder la plante réceptrice ?
L’apprenti sorcier ne sait pas comment faire cesser le sortilège qu’il a déclenché. L’hybrideur, lui, n’entend pas faire cesser le phénomène qu’il a mis en œuvre, mais pas plus que le maladroit, il n’aura dans la main les conséquences de son geste.
Et pourtant !
Pourtant, cette accumulation de hasards aboutira a quelque chose qui aura été voulu et qui correspondra en tout ou partie au projet initial. L’hybrideur aura obtenu quelque chose qui ne sera pas forcément l’exact reflet de ce à quoi il avait rêvé, mais qui correspondra grosso modo à ce qu’il espérait. En cela on peut dire que le hasard fait bien les choses !
DANS LA MOUSSELINE
Mousseline de soie se dit en anglais « chiffon ». C’est la seule qui trouve grâce aux yeux des hybrideurs. « Muslin », qui désigne la mousseline de coton, n’est pas assez noble pour les intéresser !
Connaissez-vous :
ANGEL CHIFFON ( Rudolph 75)
BLUE CHIFFON (Schreiner 66)
CHIFFON RUFFLES (Ernst 91)
FLORAL CHIFFON (Gatty 90)
HONEY CHIFFON (Schreiner 71)
ORANGE CHIFFON (Smith E. 69)
PEARL CHIFFON (Varner 72)
YELLOW CHIFFON (Rudolph 65)
Il y en a pour tous les goûts.
Mais la mousseline semble un peu démodée aujourd’hui, du moins chez les obtenteurs d’iris.
Mousseline de soie se dit en anglais « chiffon ». C’est la seule qui trouve grâce aux yeux des hybrideurs. « Muslin », qui désigne la mousseline de coton, n’est pas assez noble pour les intéresser !
Connaissez-vous :
ANGEL CHIFFON ( Rudolph 75)
BLUE CHIFFON (Schreiner 66)
CHIFFON RUFFLES (Ernst 91)
FLORAL CHIFFON (Gatty 90)
HONEY CHIFFON (Schreiner 71)
ORANGE CHIFFON (Smith E. 69)
PEARL CHIFFON (Varner 72)
YELLOW CHIFFON (Rudolph 65)
Il y en a pour tous les goûts.
Mais la mousseline semble un peu démodée aujourd’hui, du moins chez les obtenteurs d’iris.
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