31.8.02

NEW MOON

Neva Sexton fait partie de ces rares semi-professionnels de l’hybridation qui ont eu la chance de voir plusieurs de leurs produits remporter la récompense suprême. Ce fut, pour elle, deux fois le cas. D’abord avec PACIFIC PANORAMA (60) en 1965, puis avec NEW MOON (68) en 1973.

Ce NEW MOON fait partie des iris dont la descendance est innombrable. Il a aussi la particularité d’être le seul iris jaune des temps modernes à avoir été couronné ! Il est décrit, très simplement, comme « unicolore jaune citron, barbes jaunes ». Cela ne reflète pas tout à fait ce qu’est réellement cette fleur. Jaune citron, certes, mais aussi avec une forme parfaite, un peu ronde, de belles ondulations et de petites frisettes au bord des pièces florales. Bref une fleur splendide, qui n’a pas volé sa médaille. Du côté de ses antécédents on trouve tout d’abord deux produits purement Sexton, MOON RIVER (Sexton 62) et NEW FRONTIER (Sexton 60). Le premier est un jaune d’or très pur, le second un rose chair à barbes corail. MOON RIVER est le fils de MIXED EMOTIONS, un original blanc perle touché de chartreuse, et de LIMELIGHT (Hall 52), célèbre jaune infus de chartreuse, à barbes oranges, une émanation de la lignée de roses qui a fait la réputation de David Hall, et qui remonte aux années 20. C’est en effet de la lignée des roses flamant à barbes mandarine que sont issus les meilleurs jaunes des années 50, et leur apparition fut à la fois une surprise et un bonheur car jamais les jaunes n’avaient eu jusque là cette brillance et ces bords dentelés, que l’on retrouve dans NEW MOON.

Cependant ce n’est pas du côté de ses ancêtres que NEW MOON est intéressant, mais plutôt du côté de ses descendants. De très nombreux hybrideurs ont, dès son apparition, utilisé NEW MOON pour leurs nouveaux iris. Ils ont obtenus avec lui essentiellement des jaunes – ce qui est normal -, mais aussi des bruns, des oranges et même quelques roses. Parmi ces derniers on remarque des variétés très célèbres comme BEAUTY CROWN (Hamner 77), et plusieurs variétés de Joë Ghio, qui fut sans doute le plus grand utilisateur de NEW MOON. Ainsi en est-il de ENTOURAGE (Ghio 77), rare iris dans les tons de vieux rose, DESIGNER GOWN (Ghio 85), rose doré, ou INDISCREET, plicata rose magenta. Les meilleurs oranges issus de NEW MOON sont peut-être MONTEVIDEO (Ghio 87), JOLT (Weiler 88) et FIRE BREATHER (Schreiner 92), un tardif orange sombre, très intéressant. Les descendants dans les tons de brun sont nombreux et souvent très célèbres. C’est le cas de SPICED HONEY (Hamner 76), de COFFEE HOUSE (Ghio 77), de HONEY MOCHA (Luihn 80), INDIAN TERRITORY (Ghio 80), VENEER (Ghio 81) et surtout de COPPER CLASSIC (Roderick 79) dont le coloris orange brûlé a fait l’évènement des années 80.

Les descendants jaunes restent les plus nombreux, et certains font partie du top de leur coloris. Dans l’ordre chronologique je citerai :
- SOLANO (Luihn 74)
- KENTUCKY DERBY (H. Mohr 76) ;
- MONEY (Roe 77) ;
- MOONSTRUCK (Schreiner 79) ;
- FINANCIER (Ghio 80) ;
- FLAMING VICTORY (Weiler 83) ;
- COTE D’OR (Schreiner 90) ;
- FIRST INTERSTATE (Schreiner 92).

Le panorama ne serait pas complet sans que l’on parle des cas particuliers que sont WHITE LIGHTNING (Gatty 74), magnifique blanc à barbes oranges, BARBARY COAST (McWirther 78), dans les tons cannelle, avec une pointe de mauve, BATTLE STAR (Osborne 79) bicolore cannelle et fuchsia à éperons mauves, ainsi que le variegata-plicata HOT STREAK (Ghio 88).

Si l’on se penchait sur les descendants à la seconde génération, on trouverait une quantité d’iris. Pour n’en citer que quelques-uns uns, on peut parler de :
De BATTLE STAR = GLADYS AUSTIN (Osborne 85), CHINESE NEW YEAR (Ghio 97) ;
De BEAUTY CROWN = AH CA IRA (Anfosso 89), BUC PAPILLON (François 2000) ;
De COFFEE HOUSE = SAN JOSÉ (Ghio 78), SPECULATOR (Ghio 82), GOLDKIST (Black P. 93) ;
De COPPER CLASSIC = ORANGE SLICES (Niswonger 87), CALIPH (Ghio 87) ;
D’ENTOURAGE = DUDE RANCH (Black P. 2000, FO 2002), SABLES D’ARGENT (Fédoroff 97), GYPSY ROMANCE (Schreiner 94) ;
De HONEY MOCHA = JUAN VALDEZ (Maryott 93) ;
De FINANCIER = RANCHO GRANDE (Ghio 88) ;
De FLAMING VICTORY = THROB (Weiler 91) ;
De KENTUCKY DERBY = JURIS PRUDENCE (Ernst 86) ;
De MONTEVIDEO = DAWNING (Ghio 95) ;
De SOLANO = TEMPLE GOLD (Luihn 77), VAN GOGH (Williamson 85) ;
De INDIAN TERRITORY = LADY FRIEND (Ghio 81), MALAGUENA (Ghio 85) ;
De VENEER = CALIPH (Ghio 87), GOLD COUNTRY (Ghio 87) ;
De WHITE LIGHTNING = AZTEC SUN (Dyer 82), BENGAL TIGER (Maryott 81), DREAM AFFAIR (Gatty 78), LEMON PUNCH (Gatty 79).
Enfin citons SPICED TIGER (Kasperek 96) qui fait partie des « broken color » de la dernière génération et qui est issu de HOT STREAK.

Il serait fastidieux de continuer ainsi de génération en génération. Mais pour conclure, il est permis d’affirmer que NEW MOON fait bien partie des plus grands iris de tous les temps.

24.8.02

GARDEN-PARTY AU PETIT VITRY

Dimanche dernier, en son domaine du Petit Vitry, Ferdinand Cayeux, le fameux pépiniériste, dont la renommée en matière d’iris dépasse depuis bien longtemps nos frontières, donnait une garden-party à l’occasion du baptême de son dernier petit-fils, JEAN CAYEUX. Celui-ci faisait l’admiration des nombreux invités qui se penchaient vers lui, alors qu’il était tenu dans les bras de sa marraine MADAME MAURICE LASSAILLY. Le tableau formé par la dame, vêtue d’une délicieuse robe bleue et violette, rehaussée au col d’une pointe d’orangé, et le nouveau-né, dans une longue robe de tulle couleur tabac clair, attirait nécessairement l’attention. Le DÉPUTÉ NOMBLOT, qui honorait de sa présence cette fête de famille, promenait sa noble stature parmi les invités.

Dans l’assistance on remarquait particulièrement les élégantes dames qui virevoltaient gracieusement parmi les fleurs. Celles de la famille, tout d’abord, et en premier lieu MADAME HENRI CAYEUX, somptueusement vêtue de violet et de cramoisi. Près d’elle ANNE MARIE CAYEUX, en robe mauve, veillait à ce que les rafraîchissements et les friandises ne manquassent à personne. D’Angleterre étaient venues pour la circonstance, par le Flèche d’Or, ALICE HARDING, dont on admirait la tenue jaune à col rouge, et LADY FOSTER, en deux tons de bleu du plus séduisant effet. A peine descendue du train transatlantique en provenance de Cherbourg où l’avait débarquée le Queen Mary, la belle américaine HELEN COLLINGWOOD, faisait tournoyer sa jupe de soie lavande. Quant aux françaises, elles n’avaient rien à envier en matière d’élégance à leurs voisines étrangères. MADAME LOUIS AUREAU exhibait une tenue blanche gansée de pourpre clair. La vénérable MADAME LOUESSE, assise auprès du bassin où se prélassaient des carassins dorés, étalait sur ses genoux les plis de sa robe de plumetis prune. ANDRÉE AUTISSIER, en bleu clair, se penchait vers elle pour lui murmurer quelqu’agréable observation, qui amusait visiblement la vieille dame. Trouvaient-elles trop clair l’ensemble blanc bleuté de MADEMOISELLE SCHWARTZ ? Ou trop foncé le velours pourpre de GERMAINE PERTUIS ? Peut-être avaient-elles en tête le SOUVENIR DE LAETITIA MICHAUD, toujours habillée de violet…

Quoi qu’il en soit, ce fut une longue et belle journée, tout à la gloire d’une famille qui fait la grandeur de la France, et d’un superbe bébé à qui l’on peut prédire une renommée internationale et une descendance innombrable.

NOTA : la présente chronique, totalement imaginaire, mais que l’on aurait pu lire dans un journal parisien des années 30, fait allusion à de célèbres variétés d’iris de cette époque, dont les noms sont imprimés en MAJUSCULES.
QUIZZ (RÉPONSES)

Question n° 1
SUNSET SKY
Question n° 2
NEVADA
Question n° 3
DEBBY RAIRDON
Question n° 4
SNOW FLURRY
Question n° 5
40/71
Question n° 6
EDWARD WINSOR
Question n° 7
SPECIAL MOZART
Question n° 8
ACOMA
Question n° 9
Paul COOK (SABLE NIGHT 54 – WHOLE CLOTH 62 – ALLEGIANCE – 64)
Question n° 10
TRESCOLS
Question n° 11
BEFORE THE STORM
Question n° 12
CŒUR D’HIVER
Question n° 13
SWAZI PRINCESS
Question n° 14
CODICIL
Question n° 15
LAUREL PARK
Question n° 16
MARIA TORMENA
Question n° 17
Clifford BENSON
Question n° 18
APPRICOT GLORY
Question n° 19
Amoena jaune
Question n° 20
Francis

20.8.02

JOHN C. WISTER MEMORIAL MEDAL

Jusqu’en 1992 les grands iris (TB en américain) ne disposaient pas d’une récompense particulière pour honorer le meilleur TB de l’année. Toutes les autres catégories étaient pourvues, mais pour les TB on considérait que la Dykes Medal était leur récompense suprême. Cependant, en 1981 c’est l’iris de bordure (BB) BROWN LASSO (Buckles 75) qui avait été couronné. Par ailleurs le système d’attribution de la DM avait fait qu’en 1987 et en 1989 la médaille n’avait pas été attribuée. Une réforme s’imposait. Elle a été votée à la réunion d’automne 1991 du bureau de l’AIS et est entrée en vigueur pour les compétitions de 1993. Une nouvelle médaille a donc été créée, pour les TB, et elle a été baptisée ‘John C. Wister Memorial Medal’ (Médaille Commémorative de John C. Wister), en l’honneur de John C. Wister, qui fut le premier Président de l’AIS, de 1920 à 1934, honoré et respecté, et qui était décédé en 1983.

Depuis 1993 les grands iris ont donc leur médaille. Elle a tout de suite pris le rang d’antichambre de la DM, puisqu’elle a été attribuée sept fois en dix ans à une variété qui, l’année suivante, allait être hissée au sommet. Le tableau ci-dessous fait le point sur l’attribution de cette récompense, il indique aussi les variétés qui l’ont loupée de peu :

93 SILVERADO CHAMPAGNE ELEGANCE ORANGE SLICES
94 HONKY TONK BLUES CHAMPAGNE ELEGANCE ORANGE SLICES
95 BEFORE THE STORM THORNBIRD CHAMPAGNE ELEG.
96 THORNBIRD CONJURATION SUPREME SULTAN
97 ACOMA CITY LIGHTS AMERICA'S CUP
98 HELLO DARKNESS CONJURATION YAQUINA BLUE
99 STAIRWAY TO HEAV. BOOGIE WOOGIE RHONDA FLEMING
00 MESMERIZER CELEBRATION SONG CLARENCE
01 FANCY WOMAN POND LILY SPIRIT WORLD
02 LOCAL COLOR JURASSIC PARK GYPSY ROMANCE

SILVERADO est peut-être le meilleur iris jamais produit par l’usine Schreiner. Je serais tenté de lui délivrer le titre d’ « Iris du Siècle », tant je trouve qu’il a toutes les qualités que l’on recherche, beauté de la fleur, abondance des boutons, solidité des tiges, robustesse de la plante, prolificité de la pousse.

HONKY TONK BLUES est remarquable par l’originalité de son coloris, lui aussi pousse bien.
BEFORE THE STORM était sans doute l’iris le plus noir de son époque. Il a le défaut d’être assez médiocre pousseur. THORNBIRD représente une petite révolution dans le monde des iris, c’est un iris « space age », original au point de paraître déplaisant à certains ; il a hissé la nouveauté des iris à éperons au plus haut rang de la hiérarchie. ACOMA est plus traditionnel, c’est peut-être ce qui lui a valu de passer à côté du destin auquel sa position de 97 lui montrait la voie. HELLO DARKNESS réunit les qualités bien connues des iris des Schreiner dans une couleur dont il représente presque l’achèvement (y-a-t-il plus noir que noir ?). STAIRWAY TO HEAVEN propose quelque chose de tout différent, un ensemble de couleurs déjà plusieurs fois couronné, dans une plante saine et résistante. MESMERIZER, comme je l’ai dit plusieurs fois, est non pas un aboutissement dans la perfection, mais le début de quelque chose de nouveau : une porte sur l’avenir. FANCY WOMAN en est une autre. Le dessin, la répartition des couleurs atteint un sommet dans un genre d’apparition récente. LOCAL COLOR fait partie des iris sombres très appréciés de nos jours. Il ne joue pas l’uniformité parfaite, mais apporte la touche de fantaisie qui se remarque : sombre il est, mais gai il reste.

CHAMPAGNE ELEGANCE et ORANGE SLICES font partie des « losers », ceux dont on se demande pourquoi ils ne réussissent pas tout à fait. L’un et l’autre sont clairs et élégants, le premier un peu mièvre, le second pas assez original sans doute. CONJURATION a bénéficié de l’engouement pour les « space age » provoqué par des variétés aussi populaires que SKY HOOKS ou BATTLE STAR. Ses éperons ne sont pas spécialement développés, mais l’ensemble de la plante, grande et saine, attire l’attention. SUPREME SULTAN est un variegata sans surprise, impeccable et généreux. Il lui a manqué peu de points pour emporter la DM en 97. CITY LIGHTS, AMERICA’S CUP sont peu connus chez nous ; ce sont des variétés très belle mais à qui il manque peut-être un peu de « peps » pour aller au-delà de la place qu’ils ont occupée. YAQUINA BLUE fait partie de la cohorte des fleurs parfaites produites chez Schreiner. C’est cette perfection qui fait sa force : souvent la tradition l’emporte sur la fantaisie. BOOGIE WOOGIE possède cette fantaisie, ce qui lui manque c’est une force commerciale qui l’impose, dommage. RHONDA FLEMMING me paraît être une variété de tout premier plan. Comme la précédente il lui a manqué une force de vente pour la hisser au pinacle. CELEBRATION SONG, lui, dispose de cette force. Comme il a aussi toutes les qualités, il y a fort à parier qu’il réussira à atteindre le sommet l’année prochaine ou en 2004. CLARENCE fait aussi partie des « losers ». Il a les mérites pour triompher, mais il a trouvé plus fort que lui. POND LILY est encore trop peu connu pour qu’on préjuge de son destin, mais c’est ce manque de notoriété qui pourrait lui être fatal. SPIRIT WORLD fait partie de l’écurie Keppel en passe de décrocher bientôt une DM. Le tir groupé de son obtenteur, qui mérite bien une nouvelle consécration, est un concours de circonstance qui peu rapporter gros. JURASSIC PARK tient beaucoup de son parent EDITH WOLFORD. GYPSY ROMANCE joue de son côté sombre pour amener une nouvelle fois l’écurie Schreiner au premier plan. Si le foncé est toujours à la mode, il aura ses chances dans trois ou quatre ans.

Ainsi ces vingt-cinq variétés, dont, malheureusement plusieurs ne sont pas en vente en France, représentent ce que l’on peut considérer comme le nec plus ultra de leur catégorie. Pour le débutant, elles constituent ce qui se fait de mieux dans l’amorce d’une collection d’aujourd’hui.

15.8.02

QUIZZ

En cette période de vacances, il est normal de s’amuser un peu. Les vingt questions à choix multiple qui suivent, qui font toutes référence à des informations présentées dans les textes précédents, peuvent contribuer à distraire le lecteur, sans sortir du domaine des iris.

I – Pour quel iris Bernice Roe a-t-elle obtenu le Florin d’Or en 1974 ?
· IRISH SPRING
· MONEY
· SUNSET SKY

II – Dans quel Etat des U.S.A. demeurait Melba Hamblen ?
· NEVADA
· UTAH
· ARIZONA

III – Mrs Kuntz n’a enregistré qu’une seule variété, laquelle a obtenu la DM en 1971, Il s’agit de :
· DEBBY RAIRDON
· JOYCE TERRY
· WINIFRED ROSS

IV – Le célèbre iris blanc enregistré en 1939 par Mrs Rees s’appelle :
· SNOW GLORY
· SNOW FLURRY
· SNOW QUARRY

V – Les iris intermédiaires (IB) doivent avoir une hauteur comprise entre :
· 40 et 70 cm
· 40 et 71 cm
· 50 et 80 cm

VI – Comment s’appelait le premier iris rose obtenu en Europe ?
· CONSTANT WATTEZ
· GODFREY OWEN
· EDWARD WINSOR

VII – Dans « Des bleus au cœur », il a été question de trois iris européens. Les deux premiers sont CLAUDE LOUIS GAYRARD et ALDO RATTI. Quel est le troisième ?
· SPECIAL MOZART
· EVASION
· MARGINAL

VIII – Depuis la création de la Wister Medal, tous les iris primés jusqu’en 2000 ont ensuite obtenu la DM, sauf un :
· CHAMPAGNE ELEGANCE
· ACOMA
· SUPREME SULTAN

IX – Jusqu’à présent seulement quatre hybrideurs indépendants ont obtenu trois DM ; en voici trois : Orville Fay, Ben Hager, Monty Byers. Quel est le quatrième ?
· Paul Cook
· Neva Sexton
· Jacob Sass

X – La première intro de Lawrence Ransom est un iris nain standard (SDB). Il s’agit de :
· TRESCOLS
· ZARBI
· ROMAN NOIR

XI – Quatre descendants de NAVY STRUT ont obtenu la DM. En voici trois : TITAN’S GLORY, SILVERADO, HELLO DARKNESS. Quel est le quatrième ?
· BEFORE THE STORM
· PROUD TRADITION
· SUPERSTITION

XII – De ces descendants de NAVY STRUT, l’un n’est pas un iris foncé, il s’agit de :
· TRAPEL
· BAR DE NUIT
· CŒUR D’HIVER

XIII – De ces iris « noirs », un seul est un produit Schreiner :
· DUSKY DANCER
· STUDY IN BLACK
· SWAZI PRINCESS

XIV – Parmi ces iris bleus, quel est celui qui a des barbes sombres ?
· CODICIL
· FIVE STAR ADMIRAL
· ACTRESS

XV – De ces trois variétés laquelle n’est pas un iris nain (SDB) ?
· PUMPIN’ IRON
· OPEN SKY
· LAUREL PARK

XVI – Lequel de ces iris est un des parents directs de TIGER HONEY ?
· MARIA TORMENA
· HOT STREAK
· BRINDLED BEAUTY

XVII – L’un de ces obtenteurs est décédé en 2001 ?
· Clifford Benson
· Joë Gatty
· Monty Byers

XVIII – Lequel de ces iris est considéré comme le « père » des iris abricot ?
· CELESTIAL GLORY
· RETURNING GLORY
· APRICOT GLORY

XIX – L’iris intermédiaire (IB) PROTOCOL est un :
· Amoena bleu
· Amoena jaune
· Plicata mauve

XX – Le fondateur de la Maison Schreiner se prénommait :
· Fred
· Francis
· Felix

Bon courage ! Réponses, la semaine prochaine.

10.8.02

NAVY STRUT

Ce n’est pas la check-list des années 70 qui nous renseignera sur les origines de NAVY STRUT (Schreiner 74), car elle n’indique en face de ce nom qu’une alignée de numéros de semis, et seulement un nom en clair, STERLING SILVER. Ce dernier est un bitone indigo, enregistré par Steve Moldovan en 1961, descendant de BROTHER CHARLES, frère de semis de CELESTIAL SNOW, et donc issu directement de l’incontournable SNOW FLURRY. Mais pour NAVY STRUT, il n’y a que les registres de la famille Schreiner qui pourraient nous renseigner plus précisément ! Si nous ne savons pas grand chose de ses origines, nous connaissons en revanche l’immensité de sa descendance, et à ce titre il est honnête de qualifier cette variété de pilier de l’iridophilie. C’est ainsi d’ailleurs que le désigne Ray Schreiner, dans une interview de 1994 (bulletin spécial de l’AIS pour son 75eme anniversaire).

La description de NAVY STRUT est on ne peut plus concise : « unicolore bleu marine violacé, barbes assorties, ébouriffé. » On est loin de descriptions méticuleuses d’aujourd’hui ! Cet iris tout simple est à l’origine d’une quantité invraisemblable de variétés, dans tous les tons allant du blanc au noir en passant par le bleu et le violet. Presque tous les obtenteurs ont utilisé NAVY STRUT pour leurs recherches dans les bleus. Et il n’y a pas beaucoup d’iris qui peuvent se prévaloir, comme celui-ci, d’avoir engendré quatre vainqueurs de la Médaille de Dykes. Pour avoir une idée de sa descendance, il faut prendre génération après génération, sur trente ans.

La première génération

Les Schreiner ont utilisé leur produit sans modération. Ils ont ainsi obtenu :
- SUPERSTITION (77) violet sombre qui a frôlé la DM en 84 ;
- MASTER TOUCH (80) luxueux bleu-violet foncé ;
- TITAN’S GLORY (81) DM 88, violet archevêque uni ;
- ROYAL SATIN (83) uniformément pourpre ;
- STORMY NIGHT (84) frère de semis du précédent, entièrement indigo ;
- PROUD TRADITION (90) bitone ciel et indigo.
Mais il faut compter aussi avec :
- STELLAR NIGHTS (Aitken 85) bleu drapeau, blanc sous barbes ;
- ORBITER (Aitken 85) violet pourpré uni ;
- GYRO (Aitken 89) frère de semis du précédent, violet pur ;
- STAR WARS (Roderick 80) indigo à barbes plus claires ;
- ROYAL VIKING (Roderick 83), frère du précédent, un peu plus foncé ;
- NIGHT AFFAIR (Luihn 83) violet, barbes outremer ;
- BLUES SINGER (Gaulter 84) bleu drapeau à barbes claires ;
- CODICIL (Innerst 85) remarquable bleu moyen à barbes noires ;
- EVENING CANTICLE (Carr 89) bleu glacier, Florin d’Argent en 90 ;
- BETTY FRANCES (Mahan 89) blanc infus de mauve, barbes foncées ;
- TRAPEL (Ségui 82), le petit français de la série, entièrement indigo sombre.
Ajoutons encore :
- BEST BET (Schreiner 88) bitone bleu, qui vient à la fois de NS et de TITAN’S GLORY ;
- BLENHEIM ROYAL (Schreiner 90) bleu pervenche, de NS et MASTER TOUCH ;
- INDIGO PRINCESS (Schreiner 92) indigo uni, de N.S. et quelques autres bleus ;
- MEMPHIS BLUES (Schreiner 87) bleu, plus clair sous les barbes ;
- SILVERADO (Schreiner 87 DM 94), bleu argent , impeccable ;
- PLEDGE ALLEGIANCE (Schreiner 84) indigo, riche d’une foule de descendants…

La deuxième génération

Les plus riches en descendants sont TITAN’S GLORY ET PLEDGE ALLEGIANCE.
De TITAN’S GLORY :
- DARKSIDE (Schreiner 85) ; LARRY GAULTER (O. Brown 88) ; THUNDER MOUNTAIN ( Schreiner 89) ; HELLO DARKNESS (Schreiner 92 – DM 99) ; BLACK TIE AFFAIR (Schreiner 93) ; MADEIRA (Schreiner 93) ; DEVIL’S LAKE (Schreiner 99) ; SETTIMO CIELO (Romoli 99 FO 99)…
De PLEDGE ALLEGIANCE :
- ROYAL CRUSADER (Schreiner 85) ; SERENE SEA (Blyth 92) ; SIERRA GRANDE (Schreiner 92) ; JAZZ ME BLUE (Schreiner 93) ; CAPTAIN’S JOY (Schreiner 94) ; BLUE SUEDE SHOES (Schreiner 96) ; CAPITAL CITY JAZZ (Schreiner 97) ; MER DU SUD (Cayeux R. 97) ; MODRE PONDELI (Seidl 97) ; CŒUR D’HIVER (Bersillon 2000)…
De SILVERADO :
- PEACE AND HARMONY (Ghio 92) ; TEMPTONE (Grosvenor 93 – ADM 96) ; AZURE ANGEL (Grosvenor 94 – ISAM 96) ; FJORD (R. Nelson 96) ; UNCLE CHARLIE (Spoon 99) ; CUMULUS (Cayeux R. 2000)…
De SUPERSTITION :
- BACK IN BLACK (Schreiner 86) ; BAR DE NUIT (Anfosso 87) BEFORE THE STORM (Innerst 89 – DM 96) ; MANDY G (Beer 92)…
De STORMY NIGHT :
- PERFECT PITCH (Gatty 91) ; NORTHWEST PRIDE (Schreiner 93) ; OVERNIGHT SENSATION (Schreiner 95)…
De MEMPHIS BLUES :
- RIVERBOAT BLUES (Schreiner 91) ; CASCADE SPRING (Schreiner 94) ; OURAGAN (Cayeux R. 96) ; GRAND AMIRAL (Cayeux R. 2001)…
De MASTER TOUCH :
- DIABOLIQUE (Schreiner 97)…
De BEST BET :
- JURASSIC PARK (Lauer 95)…
De TRAPEL :
- MONSIEUR-MONSIEUR (Ségui 94)…

La troisième génération

Multiples variétés très recherchées, comme :
PAINT IT BLACK (Schreiner 94) ; MOUNTAIN MAJESTY (Ghio 95) ; GREAT GATSBY (McWirther 95) ; OLD BLACK MAGIC (Schreiner 96) ; THUNDER SPIRIT (Schreiner 96) ; SKYLARK’S SONG (Schreiner 96) ;COLOR ME BLUE (Schreiner 97) ; BLEU CRUSADER (Schreiner 98) ; DARK PASSION (Schreiner 98) ; COASTAL MIST (Schreiner 98) ; MIDNIGHT OIL (Keppel 98) ; SEA POWER (Keppel 98) ; BLUE HEELER COUNTRY (Grosvenor 99) ; GHOST TRAIN (Schreiner 2000)…

La liste est interminable, aussi bien parmi les obtenteurs américains que parmi les autres. Ainsi en est-t-il au Pays de Galles de Mrs Probert ; en Allemagne de MM. Moos et Görbitz, en Slovaquie de L. Muska, en Russie de MM. Gavrilin et Loktev…

NAVY STRUT n’a pas encore fini de peupler le monde des iris.

3.8.02

RUFFLED BALLET, LE MAL AIMÉ

De tous les iris ayant obtenu la Dykes Medal, celui qui a été le moins vendu doit être RUFFLED BALLET (Roderick 75), qui a été couronné en 1983. Je ne m’explique pas cette désaffection autrement que par une commercialisation moins bien assurée, de la part d’un obtenteur plus discret que les autres, moins organisé pour le business, qui fut un outsider dans cette compétition. Pourtant Elvan Roderick n’est pas du tout un inconnu. Il a même une réputation de sérieux et d’exigence qui ressort d’ailleurs du fait qu’en une longue carrière dans le monde des iris il n’a pas enregistré une grande quantité de variétés. C’est un amateur éclairé. N’a-t-il pas frôlé une deuxième fois la même médaille de Dykes avec COPPER CLASSIC en 85 ? Ce COPPER CLASSIC (79) est sans doute sa plus belle réussite, et la plus connue, car il a longtemps été unique dans son coloris, auquel on a attribué le nom de « pastèque grillée » à défaut de pouvoir le définir plus simplement. On connaît bien aussi quelques autres de ses réalisations comme ERLEEN RICHESON (79), rose corail, ou ALICE GOODMAN (88), bitone rose tendre.

Tout mal connu qu’il soit, RUFFLED BALLET est un très bel iris. La description qui en est donnée est toute simple : « Pétales blanc bleuté ; sépales bleu moyen ; très ondulé. » Pas un mot sur les barbes qui sont jaune clair, ni sur le fait que le bleu des sépales s’éclaircit sous les barbes, jusqu’à se rapprocher du bleu glacier des pétales. Il s’agit donc d’un bleu bitone, presque un amoena. Du côté femelle, il provient de FAVORITE TOPIC (Hazel Schmelzer 65), qui est un bleu lavande très clair, presque blanc, lui-même issu de CURL’D CLOUD x MISS INDIANA. Ce dernier (Cook 60) est remarquable par la clarté de ses couleurs. C’est un vrai amoena, aux pétales blancs et aux sépales très horizontaux, d’un ton de bleu aniline. Il descend du fameux amoena WHOLE CLOTH, l’un des piliers de l’iridophilie moderne. Du côté mâle, RUFFLED BALLET découle de la longue lignée de bleus développée par Georgia Hinckle pendant près de trente ans. Son « père » est TEMPO (Hinckle 67), unicolore bleu pâle à reflets verts. Ce TEMPO est le produit de deux bleus Hinckle, EVE (64) x DEAR BOB (62). EVE provient directement de deux grands bleus, que l’on trouve dans le pedigree d’une foule d’iris de cette couleur : SYMPHONY (1), et DEMETRIA, toujours des produits de G. Hinckle, qui eux-même ont pour parents CAHOKIA, l’iris à partir duquel ont fait procéder les iris bleus d’aujourd’hui. Quant à DEAR BOB, amoena très pâle, il descend… de CURL’D CLOUD que l’on a vu dans l’autre partie de la généalogie de RUFFLED BALLET ! Par bleus unicolores interposés, ce dernier est donc une évolution de la lignée d’amoenas issus de WHOLE CLOTH.

S’il n’a donc pas eu un succès commercial énorme, RUFFLED BALLET a cependant été assez largement utilisé comme géniteur. C’est surtout Ben Hager qui l’a croisé avec d’autres bleus, notamment deux de ses propres produits, SILVER FLOW (83) et TINTED CRYSTAL (88). La trilogie RUFFLED BALLET, TINTED CRYSTAL et SILVER FLOW a en particulier donné naissance à une autre trilogie de Hager remarquable : HIGH TECH (93), KATHLEEN KAY NELSON (93) et RITE OF SPRING (95). D’autres obtenteurs ont également utilisé RUFFLED BALLET. C’est le cas de Joë Ghio, pour BUBBLY MOOD (84), tout blanc, et de Paul Black pour OKLAHOMA CRUDE (89), un bleu pétrole bitone, unique en ce coloris.

RUFFLED BALLET est une variété qui n’a pas fait la carrière à laquelle elle aurait pu avoir droit, mais elle reste une valeur sûre parmi les grands iris de la fin du XXème siècle.

(1) BABBLING BROOK (Keppel 69, DM 72) est un descendant direct de SYMPHONY.
GRANDEUR ET DÉCADENCE

Il en est des iris comme des parfums : ils se démodent. On dit que 80% des parfums mis sur le marché une année donnée ont disparu dans les cinq ans. On n’en est pas là pour les iris, car il faut du temps pour les multiplier et les proposer à la vente, mais le phénomène se remarque malgré tout. A titre d’exemple j’ai choisi un catalogue qui n’a rien de révolutionnaire, Cooley 96.

Pour l’année 96 elle-même, il propose 16 variétés, dont six offertes en bonus pour l’achat de variétés coûteuses. Pour les années précédentes on trouve :
95 = 13
94 = 14
93 = 14
92 = 15
Un nombre stable donc et relativement peu élevé, qui s’explique par ce que j’ai dit à propos des temps de culture et de multiplication. Mais à partir de 91 les chiffres explosent :
91 = 24
90 = 19
89 = 18
88 = 26
87 = 27
86 = 26
85 = 22
84 = 22
83 = 23
C’est la période de pleine exploitation, qui se situe donc entre 5 et 12 ans après l’introduction. Aussitôt après les chiffres décroissent très vite :
82 = 15
81 = 17
80 = 17
79 = 15
Puis c’est la chute :
78 = 8
77 = 11
76 = 6
75 = 7
74 = 5
73 = 6
Les variétés plus anciennes se comptent sans peine : 17 au total, dont 1 de 59, l’inusable blanc HENRY SHAW (Benson 59), qui n’est cependant offert que parmi les « bonnes affaires ». D’ailleurs seul un autre inusable, BEAUX ARTS (Plough 69), figure dans le catalogue général. Tous les autres cultivars antérieurs à 73 ne se trouvent que dans les « bonnes affaires ».

Au plan du prix, les paliers sont à peu près les suivants :
Première année = 40 dollars
Deuxième année = 30 dollars
De 3 à 5 ans = 10 dollars
De 5 à 10 ans = 5 ou 6 dollars
Au-delà = 3 dollars. Et même les « bonnes affaires » se soldent à 29 dollars les 10, 53 dollars les 20 et 125 dollars les 50, soit 2.5 dollars pièce !

On peut déduire de cette statistique que la vie d’un iris ordinaire, c’est à dire d’une variété qui ne se distingue ni par son originalité ni par ses succès dans les compétitions (1) est au mieux d’une vingtaine d’année. La plupart disparaissent même avant dix ans…

Chez nous, il faut ajouter cinq ans en moyenne pour chacune de ces étapes, surtout lorsqu’il s’agit de variétés américaines ou australiennes. Cependant je crois constater que la durée de commercialisation est un peu plus longue dans les catalogues classiques (Cayeux, Bourdillon) que dans ceux qui se donnent une allure plus « in » (Anfosso, Ransom). Le catalogue d’Iris de Thau, quant à lui, se distingue par la longueur de sa palette, qui va de variétés largement historiques, à des iris tout récents, ce qui en fait tout l’intérêt pour les amateurs.

(1) L’obtention d’une Médaille de Dykes est la garantie d’une survie prolongée. Toutes les variétés primées entre 82 et 97 sont répertoriées à l’exception de RUFFLED BALLET (DM 83) et BEFORE THE STORM (DM 96).

27.7.02

LE MOZART DES IRIS

(Ce texte reprend et complète un article publié
dans le numéro 122 de la revue « Iris et Bulbeuses »)

On peut donner à Monty Byers, qui vient pour la troisième fois de remporter la Dykes Medal, grâce à son iris MESMERIZER, la qualificatif de Mozart des iris. Comme le compositeur autrichien, il a fait preuve d’un véritable génie, comme lui il est décédé prématurément.

Car aux Etats-Unis, dans le pays le plus développé de notre planète, on peut encore mourir, à moins de quarante ans, d’une bronchite mal soignée ! Ce fut le destin de Monty Byers, sans doute le plus doué des hybrideurs que le monde ait connu jusqu’à présent.

En effet, en moins de six ans d’activité intensive, Monty Byers s’est distingué en enregistrant une centaine de variétés de toutes catégories. Ses premières introductions remontent à 1986. Il s’agit entre autre de BE MINE, BLOWTORCH, HALLOWEEN PUMPKIN et HOWDY DO, variétés de grands iris bien connues maintenant dans notre pays où elles ont été commercialisées. Il a disparu en 1992, mais ses héritiers ont encore introduit quelques variétés dans les années suivantes. C’est comme si, pressentant la brièveté de son existence, il avait jeté toute son énergie dans une débauche de croisements de toutes sortes, avec une sûreté dans ses choix de géniteurs et un tel succès dans ses résultats qu’il lui était difficile de faire une sélection parmi les semis dont il constatait la réussite.

Pour commercialiser sa production, il créa sa propre entreprise, Moonshine Gardens, qu’il géra avec le même enthousiasme bouillonnant qu’il mettait à réaliser ses hybridations. Très vite les professionnels comme les amateurs se sont rendu compte qu’ils avaient affaire à quelqu’un d’exceptionnellement doué. Par exemple, la plupart de ses iris sont issus d’une première génération de croisements, rarement plus de deux. Ses iris étaient réussis du premier coup et il pouvait rapidement les mettre sur le marché.

On peut dire qu’il a révolutionné le monde des deux principales catégories d’iris auxquelles il s’est attaché : les iris à éperons et les iris remontants. Avant lui les premiers n’avaient pas encore obtenu la reconnaissance des spécialistes et du public. Depuis ils sont parvenus au sommet, THORNBIRD (89) a été couronné de la D. M. en 97, CONJURATION (89) l’a obtenue l’année suivante et MESMERIZER a été sacré cette année 2002. Les seconds, depuis longtemps recherchés par certains amateurs, n’étaient pas toujours très élégants et très fiables. Il a donné au monde des remontants qui remontent vraiment et qui sont jolis à regarder ( même s’il faut reconnaître qu’en ce domaine d’autres ont fait également, dans les mêmes moments, des progrès équivalents).

Les récompenses n’ont pas tardé à tomber. Dès 1990 il a décroché ses premières Honorable Mention pour EASTER LACE (88), BLOWTORCH (86), PAGAN PINK (88) et CANDYLAND (BB 88) et SMELL THE ROSES (SDB). Mais peu d’autres ont suivi, ce qui constitue un paradoxe. En dehors de ces trois champions que sont sans contestation THORNBIRD, CONJURATION et MESMERIZER, seuls l’intermédiaire LOW HO SILVER et le SDB HOT ont eu une carrière des honneurs notable. Parmi les grands je n’ai relevé que HIGH HO SILVER (89), ROCKSTAR (91) et WINTERLAND (90) qui aient été notés au palmarès. Mais pour les trois champions, c’est un sans faute : THORNBIRD, dès 1991, se faisait remarquer en remportant le Franklin Cook Cup ; en 95 il ratait de quelques points la Wister Medal qui lui était attribuée l’année suivante, le mettant en position ultra favorable pour la Dykes Medal qu’il décrocha en 1997. CONJURATION a eu un parcours encore plus somptueux : Florin d’Or en 93, Wister Medal ratée de peu en 96, deuxième de la D.M., derrière son compagnon d’écurie, en 97, et enfin D.M. en 1998. MESMERIZER, un peu moins bien dans les récompenses, a tout de même remporté la Wister Medal en 2000, fini deuxième de la D.M. en 2001 et été vainqueur de cette compétition en 2002 !

De nombreux producteurs ont senti que ces iris allaient avoir du succès et se sont empressés de se les procurer (non seulement pour la vente, mais aussi pour exploiter leurs capacités génétiques). Ce fut le cas en France pour Iris en Provence (Anfosso) et Iris au Trescols (Ransom). Grâce à ces deux entreprises les amateurs français ont eu accès au génie de Monty Byers. Le premier cité a proposé plus de quarante variétés, dont beaucoup de remontants, restés, malheureusement trop peu de temps au catalogue. Le second a importé une douzaine de grands iris (peut-être plus), et de nombreuses variétés de petite taille.

Certains hybrideurs de grand renom, comme Donald Nearpass, n’ont enregistré que quelques iris tout au cours de leur carrière, car ils ne considéraient pas avoir assez atteint la perfection. Byers, lui, n’a pas toujours eu ce scrupule, mais c’est le seul reproche qu’on puisse lui faire, car beaucoup des variétés qu’il a enregistrées sont extrêmement proches les unes des autres. C’est à l’amateur de se montrer sélectif, mais il y a gros à parier qu’il aura autant de mal que l’obtenteur lui-même n’en a eu !

Quoi qu’il en soit le monde des iris a bien fait de couronner par trois fois les variétés de Monty Byers. Celui-ci rejoint à ce niveau trois très grands noms de l’irisdom, Orville Fay, Paul Cook et Ben Hager. On ne peut que regretter qu’il nous ait quittés aussi vite.

22.7.02

PROTOCOL

L’iris intermédiaire qui a obtenu la Sass Medal pour 2002 s’appelle PROTOCOL. Sous ce nom sérieux, qui a des connotations à la fois solennelles et scientifiques, se cache un joli cultivar amoena jaune. PROTOCOL a été enregistré en 1994 et commercialisé en 1996 par Keith Keppel. Il présente des pétales bien blancs, imprégnés de jaune doré sur les côtes. Ce jaune est celui des sépales qui offrent en outre un léger liseré du blanc des pétales. Les barbes sont orange clair. La forme est ample, ondulée, surtout les pétales. Les sépales se tiennent bien.

Du côté du pedigree, PROTOCOL est, comme la plus souvent du fait de la rare fécondité des iris intermédiaires, le produit d’un grand iris et d’un nain standard. C’est du côté paternel que se situe le grand iris. En l’occurrence un célèbre amoena abricot, AMBER SNOW (Blyth 87), lui-même pur produit de la filière australienne, puisqu’il faut remonter à la quatrième génération pour retrouver un iris américain. AMBER SNOW descend de deux amoenas très connus : ALPINE JOURNEY (Blyth 83) pour la « mère », BEACHGIRL (Blyth 83) pour le « père ». Ces deux variétés sont d’ailleurs cousines. En effet ALPINE JOURNEY, qui est blanc/jaune, provient de TRANQUIL STAR (Blyth 78) d’une part, et d’un semis non dénommé que l’on trouve dans la même position dans la généalogie de BEACH GIRL, dont l’autre parent est CHAMPAGNE SNOW (Blyth 76). Ce semis non dénommé est le produit de LOVE CHANT (Blyth 79) - un frère de semis de CHAMPAGNE SNOW - et de FESTIVE SKIRT (Hutchings 73), un iris au parentage très compliqué qui a été plus souvent utilisé en hybridation que présent dans les jardins.
CHAMPAGNE SNOW est un iris ivoire à barbes or. TRANQUIL STAR est un bitone jaune à barbes blanches. Pour en rester à ce niveau de parenté, disons que les arrières grands-parents de PROTOCOL sont un self dans les tons de jaune et un amoena abricot ; ses grands-parents deux amoenas jaune et abricot, et son « père » un amoena abricot.

La « mère », donc le petit iris, se nomme OVER EASY (Lankow 89). Il s’agit d’un amoena blanc/jaune, lui-même issu de deux SDB blanc/jaune : FLIRTY MARY (Rawdon 77) et LOVESHINE (Ritchie 84). Le programme de Keith Keppel, quand il a fait ses mariages, était donc d’obtenir un intermédiaire blanc/jaune à partir de deux éléments présentant cet aspect.

Parmi les grands iris, BEACH GIRL, LOVE CHANT, TRANQUIL STAR, ALPINE JOURNEY et AMBER SNOW font partie du panel de variétés bicolores largement utilisé par Barry Blyth ces dernières années. Leurs descendants peuplent le catalogue Blyth ainsi que ceux de bien d’autres producteurs dans le monde. Pour ne citer que les amoenas jaunes, parlons de BREEZES (92), blanc/citron, LOVER’S LANE (92), blanc/champagne devenant abricot vers le bord des sépales, et surtout le fameux NEUTRON DANCE (87) qui provient de ALPINE JOURNEY x BEACH GIRL, et qui est donc un grand cousin de notre PROTOCOL avec lequel il a, du reste, une vive ressemblance.

La même année 96 Keppel a commercialisé également un autre intermédiaire blanc et jaune, issu lui aussi du petit OVER EASY. Il s’agit de LUNAR FROST qui présente beaucoup de traits communs avec PROTOCOL, en particulier dans la forme de la fleur. La différence tient à la part du jaune, qui est limitée à une large tache citron sur les sépales, et a la barbe franchement jaune. Cette disposition est caractéristique des iris nains. Elle est cette fois importée dans un intermédiaire intéressant, mais qui n’a pas eu, comme son demi-frère, l’honneur d’être distingué au plus haut niveau par les juges américains.

19.7.02

D. M. 2002

Dans un récent message j’annonçais que trois candidats étaient en course pour la Dykes Medal : CELEBRATION SONG, MESMERIZER, et BANGLES.

Finalement c’est MESMERIZER (Byers 91) qui l’a emporté. C’était la dernière chance pour cette variété. Ses suivants immédiats sont : CELEBRATION SONG et FANCY WOOMAN.

La récompense de MESMERIZER est amplement méritée, à mon avis. En effet il s’agit d’un iris qui apporte quelque chose de nouveau. La longueur et la largeur des appendices pétaloïdes bleutés qui terminent ses barbes font de cette fleur blanche le premier véritable iris double. MESMERIZER est le troisième iris à éperons à obtenir la Médaille de Dykes. Quel triomphe posthume pour Monty Byers, le génial hybrideur, dont ce sont des obtentions qui ont raflé ces trois médailles ! Après THORNBIRD (89) qui l’a eue en 97, ce fut CONJURATION (89) qui l’obtint en 98, et aujourd’hui MESMERIZER… Bien souvent les plantes révolutionnaires n’ont pas été couronnées (SNOW FLURRY…) parce que trop en avance sur leur temps ou concurrencées par des variétés plus confirmées. Cette fois l’inverse s’est produit, la nouveauté l’a emporté sur la tradition. Celle-ci est représentée par CELEBRATION SONG (Schreiner 93). Cette variété a tous les mérites que l’on peut trouver à une fleur d’iris classique : grâce, élégance, harmonie des couleurs et des formes. C’est une robe d’Yves St Laurent. MESMERIZER à côté peut être comparé à un vêtement de Jean Paul Gautier ou d’un autre créateur d’avant-garde. CELEBRATION SONG, déjà primé à Florence, n’a pas fini son parcours vers la consécration suprême. Peut-être l’aura-t-il l’année prochaine, et cela ne serait pas usurpé. Le dernier de la trilogie 2002 est FANCY WOOMAN (Keppel 95). C’est aussi une variété originale. Son coloris violet améthyste est enrichi de veines blanches sur les sépales, ce qui en fait un parangon de ce que l’on appelle les iris « luminatas », que l’on pourrait qualifier de plicatas inversés. Il a toutes ses chances pour une récompense suprême dans les années à venir, maintenant que les juges prennent aussi en considération d’autres critères que ceux de la perfection formelle.

La John Wister Medal, qui récompense le meilleur TB de l’année, est revenue à un autre produit Keppel, LOCAL COLOR (96), un bitone presque noir, éclairci sous les barbes qui sont d’un vermillon éclatant. C’est encore une variété excellente qui aura sa chance dans un avenir prochain et laisse à penser que Keith Keppel retrouvera la Dykes Medal qui le fuit depuis BABBLING BROOK en 72 !

La Walther Cup, destinée à mettre en évidence un « yearling » prometteur, est encore allée à un semis de Keith Keppel : HAPPENSTANCE (2000), un pur rose à barbes corail.

Quant aux autres médailles principales elles ont été pour le BB BABOON BOTTOM (Kasperek), l’IB PROTOCOL (Keppel), sur lequel je reviendrai dans une prochaine chronique, et le SDB LITTLE BLUE EYES (Weiler). Enfin donnons les deux premiers bénéficiaires d’un AM, l’amoena WORLD PREMIER (Schreiner 98), et le « noir » MIDNIGHT OIL (Keppel 98), deux sérieux candidats pour les compétitions à venir.

17.7.02

DE RUSSIE

Mon ami Sergeï Loktev vient de m’envoyer par e-mail les résultats du Septième Concours de Grands Iris de Moscou, organisé à l’occasion de la dernière convention des iridophiles russes.
Voici les six premiers :

1 - ALDO RATTI (Bianco 98)
2 – KEEP THE PLACE (Grosvenor 99)
3 – DOLCE ACQUA (Bianco NR)
4 – MIR DLIA DVOIKH (Loktev 99)
5 - PARFUM DE France (Ransom 2000)
6 – ISPOVED (Volfovitch-Moler 99)

C’est un choix très éclectique, et original par l’absence d’iris américains en tête du palmarès !

En revanches les américains sont là dans la liste des iris les plus populaires :

1 - SANTA (Shoop 98)
2 - HUCKLEBERRY FUDGE ( Gibson 97)
3 – HAUTE COUTURE (Gatty 96)
4 - ROSY BOWS (Bauer/Coble 00) – un iris de Sibérie
5 – CELEBRATION SONG (Schreiner 93)
6 – NOBLE CONTESSA (Blyth 98)

A noter que CELEBRATION SONG est bien placé pour obtenir, cette année, la Médaille de Dykes. Il est talonné par un ancien favori, MESMERIZER, et un outsider, le petit BANGLES !
LIGHT BEAM

LIGHT BEAM (L. Blyth 85) est une variété qui présente plusieurs originalités. Tout d’abord c’est l’un des rares cultivars enregistrés par Lesley Blyth, l’épouse du célèbre Barry Blyth. Ensuite c’est le premier iris plicata jaune de son type. D’ordinaire les plicatas jaunes sont du type JOYCE TERRY (c’est même un type galvaudé, dont on connaît des centaines d’exemplaires, souvent très proches les uns des autres) avec, donc, les pétales unicolores jaunes, et les sépales blancs avec un liseré du jaune des pétales, plus ou moins large. Les signes caractéristiques des plicatas, c’est à dire les pointillés de couleur sur fond clair, sont absents dans ce type de fleur au point que l’on peut se demander s’il s’agit bien de plicatas. Mais tel n’est pas le cas de LIGHT BEAM, qui se présente comme une réplique jaune du plicata classique, que l’on rencontre essentiellement en violet ou bleu (STEPPING OUT, GOING MY WAY). Les pétales sont d’un riche jaune doré, les sépales ont le fond blanc, avec une bordure du jaune des sépales, dont la densité de ton va en s’atténuant en revenant vers le centre : peu à peu le jaune se résume à un piquetis, puis disparaît, sauf sur les veines, sous les barbes, et suivant la ligne médiane, qui reste jaune. Les épaules sont un peu veinées de brun, quant à la barbe, elle est jaune légèrement orangé. A la couleur près, c’est la description qu’on pourrait faire d’un plicata de Jim Gibson, comme VIOLET RINGS (86), en violet améthyste, CHICKASAW SUE (83) en brun orangé ou TOTAL ELEGANCE (85) en rose pourpré.

L’état civil de LIGHT BEAM est très simple : BROADWAY X BEVERLYSILLS. Il tient donc son caractère plicata de sa « mère » BROADWAY, qui est un vrai « variegata-plicata ». C’est à dire qu’il allie les deux caractéristiques. BROADWAY a été largement utilisé en hybridation. Ses descendants sont le plus souvent des plicatas ou variegatas-plicatas, comme LIVING LEGACY (Gibson 93), ou THUNDER ECHO (Gibson 87), de même que ROMAN PALACE (Blyth 85) ou DISTANT ROADS (Keppel 91). Mais on trouve parmi eux une forme originale, l’iris jaune d’or comportant des sépales griffés de brun ou d’acajou. De cet acabit sont BARN DANCE (Byers 91), INFERNAL FIRE (Richardson G. 94), LIGHT SHOW (Keppel 91), LOUIS D’OR (Cayeux R. 95) ou RUÉE VERS L’OR (Ségui 92), toutes des variétés très réussies et sympathiques.

Quant à BEVERLY SILLS, dont l’utilisation est à peu près aussi abondante que celle de BROADWAY, il a essentiellement engendré des iris roses. Cependant LIGHT BEAM n’est pas son seul descendant dans les tons de jaune. Dans cette couleur, mais plutôt avec une teinte plus acide, j’ai trouvé, par exemple, ANTIGUA SOLEIL (Anfosso 90), MOON’S DELIGHT (Hager 85) ou PHENOMENON (Byers 89).

En tout cas, LIGHT BEAM reste un précurseur dans son coloris, même si d’autre purs plicatas jaunes commencent à apparaître. Pour cela, et parce qu’il est joli, robuste et hâtif, il a sa place dans toutes les collections d’iris.

6.7.02

IL ÉTAIT UNE FOIS DEUX IRIS…

D’après un texte publié sur le site web de la HIPS (Historic Iris Preservation Society)

L’iris ancien le plus populaire aux Etats Unis s’appelle WABASH (Williamson 36). Ce fut, à l’époque, une sorte de révolution dans le domaine des iris bicolores, ou, plus exactement, des amoenas. Wabash se présente avec des pétales blancs, à peine teintés d’indigo à la base, et des sépales indigo soutenu, liserés du blanc des pétales ; il comporte des stries brunes sous la barbe qui est jaune orangé. Les experts n’ont pas manqué de le remarquer dès son apparition et ils lui ont accordé la Dykes Medal en 1940. Le succès n’a pas été seulement au niveau des spécialistes. Un large public l’a adopté, d’où son apparition en tête des votes de popularité au cours des années 40 et 50. Il faut dire que cet iris avait de qui tenir. Ses parents sont deux autres amoenas, DOROTHY DIETZ (Williamson 29) et CANTABILE (Williamson 31), tous deux étapes importantes dans la recherche de l’amoena le plus pur. A cette époque, obtenir un amoena n’était pas chose aisée car non seulement les croisements à partir d’amoenas n’étaient pas très fertiles, mais encore les graines germaient mal et les jeunes plantes avaient du mal à se développer. C’est Jesse Wills, hybrideur de Nashville dans le Tennessee, qui a fait cette remarque. Il a convaincu d’autres hybrideurs, dont son voisin Geddes Douglas, de Brentwood (Tennessee) et le Docteur L. F. Randolph, d’Ithaca (New York), d’entreprendre une recherche sur le sujet. Un grand nombre d’hybrideurs, tant aux Etats Unis qu’ailleurs dans le monde, ont participé à cette expérience. Pour la Convention de l’AIS, à Nashville, en 1948, de très nombreux semis expérimentaux étaient en fleur. Le semis le plus remarqué était issu du croisement d’un semis de Paul Cook par le produit de WABASH et d’EXTRAVAGANZA. Il a été baptisé par Geddes Douglas BRIGHT HOUR.

BRIGHT HOUR a été enregistré en 1949. Il a été aussitôt commercialisé et a reçu un accueil formidable des amateurs d’amoenas comme du public en général. Par rapport à son « grand-père » WABASH, il présente l’intérêt de ne plus être strié sous les barbes, et le ton de violet des sépales est plus vif. Par ailleurs, comme il se doit, la fleur est mieux proportionnée, avec des sépales plus ronds et plus dressés. BRIGHT HOUR n’a cependant jamais obtenu la récompense suprême. Il y a des choix difficiles et quelquefois incompréhensibles.

Il arrive que BRIGHT HOUR et WABASH soient confondus car malgré tout ils sont assez proches l’un de l’autre, et, avec le temps, leurs différences ont pu être un peu perdues de vue. Une façon pratique de les distinguer est de regarder leur feuillage. Celui de WABASH est teinté de pourpre à la base, pas celui de BRIGHT HOUR.

L’un et l’autre constituent des jalons importants dans la longue histoire des iris.



CELEBRATION SONG

A propos d’ADVENTURESS (Hamblen 85) j’avais évoqué les iris bicolores aux pétales roses et aux sépales mauves. Dans cet article il était question de la recherche de couleurs nettement tranchées et de plus en plus vives. Mais une autre recherche existe, celle d’une harmonie de tons pastels, avec un enchainé-fondu pour passer d’une couleur à l’autre.

L’exemple parfait de ce coloris se trouve dans CELEBRATION SONG (Schreiner 93), qui est décrit très simplement comme : « pétales rose-abricot, sépales bleu-lavande, barbes mandarine ». Dès son apparition, cet iris a fait sensation et les récompenses n’ont pas tardé. Il a obtenu le Florin d’Or à Florence en 1996 puis, en 2000 il était en seconde position pure la Wister Medal (meilleur grand iris) et, en 2001, en troisième place au classement des candidats à la Dykes Medal, qu’il peut encore emporter.

D’autres variétés se présentent sous les mêmes couleurs, à tel point qu’on peut dire qu’à l’heure actuelle il y a en ce domaine un phénomène de mode. Ainsi CHASING RAINBOW (Hager 98) ou FRENCH CANCAN (Cayeux R. 2001). Mais avant ses variétés récentes le même modèle était apparu dès les années 70. On peut citer par exemple SOSTENIQUE (Blyth B. 75) et ses prédécesseurs ou suivants immédiat dans l’abondante production de Barry Blyth : LATIN TEMPO (73), VERBENA MOON (75), LOVE BANDIT (77), VENUS MAGIC (78) ou IN LOVE (79). Sans oublier GENIALITY (Brown O. 81) ou FASHION ARTISTE (Schreiner 84). D’autres, enfin, sont contemporains de CELEBRATION SONG, comme SVETLONOS (Muska 96) ou POEM OF ECSTASY (Hager 97).

Au plan de l’hybridation, y a-t-il un lien entre toutes ces variétés ? Eh bien oui ! Le contraire eut été étonnant. Par exemple LATIN TEMPO qui est issu de (Claudia René x Pipes of Pan)x Lightning Ridge, a eu pour descendants LOVE BANDIT, VERBENA MOON, SOSTENIQUE et VENUS MAGIC. Ces deux là ont donné naissance à un autre bicolore, CHILD of FORTUNE, de la même eau, qui est le géniteur mâle de FRENCH CANCAN. De même LILAC CHAMPAGNE (Hamblen 64) figure dans le pedigree de FASHION ARTISTE tout comme dans celui de VENUS MAGIC et SOSTENIQUE. Quant à TOUCHÉ (Hamblen 69), qui est à l’origine des rose/mauve contrastés, il est aussi à celle des rose/mauve pastels, puisqu’il se trouve dans les ancêtres de CHASING RAINBOW et de notre iris du jour, CELEBRATION SONG. Quant à l’ancêtre commun entre les trois vedettes d’aujourd’hui, il faut sans doute le chercher dans CHRISTMAS TIME (Schreiner 65), ultra célèbre blanc à barbes rouges, qui figure au générique de SWEET MUSETTE (Schreiner 86), que l’on retrouve aussi bien chez CELEBRATION SONG, que chez CHASING RAINBOW ou que FRENCH CANCAN (par l’intermédiaire de CONDOTTIERE dont sont issus REBECCA PERRET puis PARISIEN). Le monde des iris est bien petit ! …Et bien consanguin !

29.6.02

HATIFS ? TARDIFS ? REMONTANTS ?

En ce qui concerne leur période de floraison on a coutume de ranger les grands iris en sept groupes. Les Très Hâtifs, les Hâtifs, les Hâtifs Moyens, les Mi-Saison, les Moyens Tardifs, les Tardifs et les Très Tardifs.

Les iris Très Hâtifs fleurissent, ici, en Touraine, à partir de la mi-avril, en même temps que les derniers Nains Standards et les Intermédiaires ; les Hâtifs se lancent aux alentours du 25 avril, puis viennent les Hâtifs Moyens, dans les premiers jours de mai ; les iris de Mi-Saison, les plus nombreux, commencent à s’épanouir vers le 10 mai, suivis des Moyens Tardifs qui ouvrent leurs corolles autour du 15 mai ; la saison touche à sa fin quand les Tardifs se décident à fleurir : on est aux environs du 25 mai ; quant aux Très Tardifs, ils se font attendre jusqu’au 5 juin. Cela veut dire que l’on peut avoir des grands iris en fleur de la mi-avril à la mi-juin. Mais quel est l’intérêt de cet étalement ? En effet la plupart des TB (grands barbus) se situent dans les groupes HM, MS et MT. Autant dire qu’avant le début de mai, il n’y a pas grand chose d’éclos dans le jardin : une variété deci-delà, dans une mer de tiges prêtes à fleurir. Passé l’effet satisfaisant de voir apparaître les premières fleurs, le jardin d’iris n’est pas encore très intéressant. Il y a plus grave : autour de la St Georges (je crois que c’est le 23 avril) il n’est pas rare dans ma région qu’il y ait quelques jours de gel, souvent assez vif. Cette intempérie à pour effet de brûler irrémédiablement les boutons floraux fragiles au moment de s’ouvrir, de sorte que la floraison des Hâtifs ou Très Hâtifs est détruite ou très abîmée…

Passé le 25 mai, les fleurs deviennent moins nombreuses et le jardin apparaît peuplé de tiges où ne restent qu’une ou deux corolles. Le vent, la pluie ont un peu gâté la belle ordonnance des bordures, quelques panaches de feuilles commencent à sécher. C’est le moment que choisissent les iris Tardifs pour se montrer. Leur accorde-t-on autant d’attention qu’à leurs frères plus pressés ? N’a-t-on pas déjà un peu de lassitude ? Remarque-t-on leur apparition au milieu des autres qui sont encore présentables ? La chaleur est survenue, à ce moment, et les fleurs se fanent très rapidement. En quelques jours les iris des groupes moyens touchent à leur fin. Les tardifs sont encore là, mais dans un jardin plutôt dévasté, et ils sont un peu tristes, les malheureux. Les visiteurs sont repartis et ils s’épanouissent sans que personne ne se penche sur eux. Quant aux Très Tardifs, leur apparition n’a lieu que dans un champ de ruines où ils sont isolés comme les rescapés d’une bataille !

Quand j’ai commencé à cultiver les iris, j’ai cru bon de sélectionner des variétés de chaque groupe, en faisant un effort du côté des extrêmes, pour m’assurer une longue saison de fleurs. J’ai été déçu. Autant mon jardin était beau, flatteur, au moment de « peak bloom », autant je le trouvais triste avant et après. Maintenant je privilégie les variétés de mi- saison, de façon à avoir une explosion de fleurs sur une période relativement courte, mais d’une impressionnante splendeur. Vous me direz que je donne la préférence au spectacle. C’est vrai, mais un jardin n’est-il pas, justement, un spectacle ? J’ai réfléchi à une organisation différente de mes plantations, avec des bordures d’iris de début de saison et des bordures de fin de saison, mais cette mise en place n’est qu’à demi satisfaisante car il y a tout de même, selon les années et les cultivars quelques variantes dans l’époque de floraison, de sorte qu’il arrive que les plates-bandes spécialisées fassent pauvre figure.

Et les remontants, alors ? Chez moi, les premiers apparaissent ici et là aux alentours du 14 juillet, mais à la condition qu’ils aient été arrosés copieusement dès la fin de juin. Pour les voir, je dois donc verser des litres d’eau sur des quantités d’iris en dormance qui ne réclament pas ces soins. De toute façon la floraison est sporadique, capricieuse, souvent faiblarde. Certes j’ai des fleurs d’iris en septembre et même jusqu’à Noël, mais elles n’ont aucun intérêt au jardin et n’en présente que dans la maison, en bouquets. Et encore ! Mon épouse craint les taches orangées ou violacées que les fleurs qui fanent risquent de provoquer !

Bref, le lecteur constatera que sur les extensions de la saison des iris j’ai une opinion pour le moins nuancée. Il n’empêche que les hybrideurs, en mal de renouvellement, ont fait des expériences en ce domaine. Barry Blyth, en Australie, et Keith Keppel, en Amérique du Nord, ont mis l’accent sur les variétés hâtives, voire extrêmement hâtives. Les iris qu’ils ont enregistré dans ces groupes peuvent sans doute présenter de l’intérêt dans certaines régions peu sujettes au gel tardif, et dans ces régions ils sont peut-être recherchés. De son côté le grand Ben Hager, sur la fin de ses jours, a axé certaines de ses recherches sur les iris très ou extrêmement tardifs. Je ne sais pas si les variétés qui répondent à ces caractéristiques ont eu du succès. En tout cas cela ne peut être que dans les régions où l’été se prolonge suffisamment pour permettre aux plantes de se régénérer avant l’arrivée des frimas. Pour ma part je constate qu’une variété comme LAST HURRAH (Schreiner 83) a du mal à se multiplier sous le ciel de Touraine, les années où l’automne est frisquet. C’est comme les figues : celles d’automne n’arrivent pas tous les ans à maturité ! La recherche d’iris franchement et sûrement remontants a aussi mobilisé pas mal d’énergies, et des obtenteurs comme Lloyd Zurbrigg y ont même consacré toute leur vie, mais si, effectivement, les progrès sont patents, la remontance reste encore capricieuse et souvent décevante.

21.6.02

L’EVEIL

Le temps est passé où les enregistrements de variétés nouvelles françaises ne concernaient que les deux ténors Cayeux et Anfosso. Depuis quelques années les obtenteurs français ne se cachent plus, et même s’ils sont loin de leurs homologues américains, voire est-européens, ils n’hésitent plus à enregistrer leur production.

C’est en 1991 que le mouvement a pris corps avec la première introduction de Lawrence Ransom, le petit SDB TRESCOLS. En 1994 Jean Peyrard a enregistré OSTROGOTH. En 1996 c’est au tour de Christian Lanthelme de se lancer, et même si certains ont émis des doutes sur l’intérêt présenté par les iris qu’il a enregistré, il n’empêche que ces enregistrements ont démontré que les amateurs (ou semi-professionnels) étaient prêts à entrer dans le jeu. En 1997 c’est Igor Fédoroff qui a consenti à ce qu’une de ses variétés soit enregistrée, le joli SABLES D’ARGENT, dans les tons d’abricot et de bois de rose. C’est une petite révolution car Igor Fédoroff, comme bien des amateurs avant lui, considérait que ses obtentions étaient des affaires privées, réservées à sa propre jouissance, et, surtout, indignes de se mesurer, fut-ce sur le papier, aux produits des grands du monde des iris. Cet excès de modestie nous a sûrement privés de beaucoup de jolies choses. En ce qui concerne I. Fédoroff, je suis sûr que d’autres de ses iris des années 70 ou 80 méritaient d’être portés à la connaissance des amateurs. Je pense en particulier à AYGADE, une fleur bleue à peine lilacée, à barbes minium. A ce moment, Bernard Lecaplain, un amateur parisien, envoyait ses variétés au Critérium de l’iris d’Orléans où elles étaient régulièrement remarquées, mais n’a jamais consenti lui non plus à les enregistrer, ce que je regrette. FIDGI ou GENEVIEVE MAILLARD aurait eu leur place.

C’est en 1998 que le mouvement c’est accentué, avec les premiers enregistrements de Jean Jacques François qui ont nom JEAN LOUTZ, ANNA MARIE CHESNAIS et FRANÇOIS PLONKA. Cette année là Jean Peyrard propose un iris de Californie, VIVA MARIA, et Jean Ségui rattrape son retard en inscrivant treize variétés d’un coup, dont son célèbre DOCTOR GOLD, ainsi que LA BELLE AUDE qui est longtemps resté la meilleure vente de Iris de Thau, ou celles que je considère comme ses meilleures variétés, RUÉE VERS L’OR et VIA DOMITIA.

Mais c’est à croire que l’arrivée du 21eme siècle a fait perdre toutes leurs craintes aux hybrideurs amateurs français. L’année 2000 a été marquée par l’apparition de plusieurs nouveaux : Michelle Bersillon, avec trois iris, Georges Dalvard, avec deux, auxquels s’ajoutent six variétés de J. J. François, neuf iris de J. Peyrard et cinq de Lawrence Ransom ! Et 2001 a confirmé l’éveil des amateurs français, avec dix-huit nouveautés de G. Dalvard, Ch. Lanthelme, J.J. François, J. Peyrard, L. Ransom et encore deux « nouveaux », Gérard Madoré (qui ajoute l’originalité de donner à ses iris des noms en langue bretonne), et Nigel Service. Il n’y a plus de doute, le mouvement est bien lancé ! D’autant que dans les années à venir d’autres vont franchir le pas comme Bernard Laporte, Luc Bourdillon et quelques autres.

L’étape suivante devra être celle de la commercialisation. Car il est dommage que des variétés intéressantes, peut-être même exceptionnelles, restent à l’usage exclusif de leurs obtenteurs. L’offre de la Maison Bourdillon de mettre en culture et de commercialiser les meilleures variétés qui lui seront proposées est à ce point de vue un encouragement fort pour les amateurs. En effet un frein aux enregistrements se trouve évidemment dans la difficulté de vendre ce que l’on crée. C’est comme en littérature, le désir profond de tous ceux qui écrivent est d’être un jour publié. Le rêve des hybrideurs est sûrement de voir leurs iris présentés en couleur dans un catalogue, puis poussant à l’envi dans les jardins du monde entier.

17.6.02

NOIRS

Parmi les nombreux messages échangés sur le web à propos des iris (pratiquement exclusivement entre fans américains), il y en avait un, récemment, qui rappelait la liste des iris noirs figurant au catalogue Schreiner de 1979. Ils étaient sept :
· BLACK BART (Schmelzer 69)
· DUSKY DANCER (Luihn 67)
· SPIRIT RAIDER (Schreiner 79)
· STUDY IN BLACK (Plough 68)
· SUPERSTITION (Schreiner 77)
· SWAZI PRINCESS (Schreiner 78)
· TUXEDO (Schreiner 65).

Je me suis amusé à rechercher quelle était la liste des « noirs » dix ans plus tard, et cette recherche a donné le résultat suivant :
· BLACK DRAGON (Schreiner 82)
· BLACK FLAG (Stahly 84)
· BLACKOUT (Luihn 86)
· BOOGIE MAN (J. Meek 86)
· RAVEN’S ROOST (Plough 81)
· SUPERSTITION (Schreiner 77)
· SWAZI PRINCESS (Schreiner 78).

La maison Schreiner est réglée comme du papier à musique : il faut sept ou huit « noirs » par catalogue ! À part cela, on constate un net rajeunissement de l’offre, normale pour un catalogue américain, où les variétés ont un fort « turn-over ». Il y a cependant des valeurs sûres, qui défient le temps : SUPERSTITION et SWAZI PRINCESS. SPIRIT RAIDER, dont on n’a pas entendu parler en Europe, n’a pas eu une carrière mémorable : plus jeune que SUPERSTITION, il a disparu très vite.

Je n’ai pas le catalogue Cayeux de 79 et ne puis donc faire une comparaison avec ce que l’on proposait en France à la même époque. Mais en 89 l’offre de Cayeux était la suivante :
· DUSKY DANCER (Luihn 67)
· INTERPOL (Plough 73)
· NIGHT OWL (Schreiner 70)
· STUDY IN BLACK (Plough 68)
· SUPERSTITION (Schreiner 77)
· SWAZI PRINCESS (Schreiner 78)
· TUXEDO (Schreiner 65).

A deux variétés près, c’est la même offre que Schreiner dix ans plus tôt ! C’est une évidence qu’il faut environ dix ans pour que les variétés américaines soient offertes en France. Cela n’est pas surprenant quand on comprend que les producteurs de notre pays doivent faire leur choix dans les catalogues US, commander (au même prix que les particuliers !), tester, mettre en multiplication et inscrire à leur propre catalogue quand la quantité de rhizomes disponibles est suffisante pour satisfaire la moyenne des commandes prévisibles. Dans ces conditions, quelle était l’offre Cayeux de 1999 ? Sept « noirs » :

· BLACK TIE AFFAIR (Schreiner 93)
· BLACKOUT (Luihn 86)
· HELLO DARKNESS (Schreiner 92)
· INTERPOL (Plough 73)
· PAINT IT BLACK (Schreiner 94)
· SUPERSTITION (Schreiner 77)
· SWAZI PRINCESS (Schreiner 78).

C’est un rajeunissement équivalent à celui constaté chez Schreiner, avec, toujours une dizaine d’années d’écart, puisqu’il y a encore trois variétés présentes chez Schreiner en 89, à côté de trois réelles nouveautés. Une autre remarque vient à l’esprit : quand Schreiner propose huit variétés, Cayeux en offre sept. La proportion et l’équilibre du catalogue sont également respectés.

9.6.02

ÉPERONS ET APPENDICES

Ce n’est pas d’aujourd’hui que certains iris se présentent avec des appendices à l’extrémité des barbes. Les frères Sass en avaient découvert parmi leurs semis, dès les années 40, mais ils les avaient purement et simplement éliminés, les considérant comme des monstruosités sans aucun intérêt. Peut-être, d’ailleurs, ces premiers iris à éperons étaient-ils fort laids. En tout cas ils étaient rejetés. Ce n’est que dans les années 60 que quelques hybrideurs, désireux de se démarquer de leurs confrères, et peut-être véritablement inspirés, ont commencé à les sélectionner. Les plus connus sont Lloyd Austin, de Placerville (Californie) et Tom Craig, de Hubbard (Oregon). C’est Lloyd Austin qui a inventé le nom de « Space Age » qui continue de désigner ce type de fleurs. Ses variétés, tout comme celle de Tom Craig, proviennent en fait d’une même lignée développée à partir de plicatas en provenance des semis de Sydney Mitchell et en particulier d’une variété dénommée ADVANCE GUARD. Dans tous les cas il s’agit de plantes issues des plicatas de la fratrie Sass. Chez Austin, l’origine de la lignée se situe notamment chez une variété au nom particulièrement bien choisi : HORNED PAPA ! En découlent LEMON SPOON (60), SPOON OF GOLD (61) ou GOLDEN UNICORN (62), puis SPOONED LACE (63), SPOONED BLAZE (64) etc.…Par la suite, d’autres hybrideurs se sont engouffrés dans la voie nouvellement ouverte, avec pas mal de succès : Henry Rowlan est parti de HORNED FLARE (Austin 63), un enfant de HORNED PAPA, pour arriver à HULA MOON (78), un joli jaune infus de mauve avec de petits éperons violets, ou SPACE DAWN (82), parme, à barbes oranges et éperons violets. SPOON OF GOLD et LEMON SPOON ont produit LUCKY FLOUNCE (Austin 63) dont Rowlan a tiré SNOW FACE (82) blanc à barbes citron et éperons blancs. Un obtenteur aussi éminent que Ben Hager n’a pas dédaigné le concept de « space age ». On lui doit HORNY LORRI (78), rose orchidée à éperons plumeux jaunes, et surtout le blanc SNOW SPOON (82).

Cependant c’est sûrement Manley Osborne, à la même époque, qui a apporté la plus belle contribution au type « space age ». Il a largement utilisé SPOONED BLAZE pour lancer sa lignée. Avec CHINESE CORAL il a obtenu MOON MISTRESS (76), pêche, barbes oranges, éperons pêche ; avec NEW MOON il a créé le célèbre BATTLE STAR (79), lumineux bicolore cannelle et fuchsia, barbes or et éperons violets. BATTLE STAR et BROWN LASSO ont engendré GLADYS AUSTIN (85), et nous arrivons en France, où Michelle Bersillon vient d’enregistrer DERVICHE (2000) et LUNE ROUSSE (2000) qui sont des enfants de GLADYS AUSTIN ! Quant à MOON MISTRESS, c’est certainement le plus grand pourvoyeur de « space age » actuel, avec, notamment, ses plus fameux enfants, TWICE THRILLING (84) et SKY HOOKS (80).

TWICE THRILLING n’a pas fourni un gros contingent de descendants. ART SCHOOL ANGEL (Vizvarie 89), blanc marqué de bleu, est le plus connu, mais il vient aussi de SKY HOOKS ! Ce dernier, en revanche peut se targuer d’être l’un des géniteurs les plus recherchés de ces vingt dernières années. Pour n’en citer que quelques-uns uns, en voici une douzaine, parmi les plus connus et les plus récompensés :
· ALABASTER UNICORN (Sutton 96), tout blanc, longs appendices blancs ;
· CONJURATION (Byers 89 - DM 98), blanc largement liseré de mauve pourpré, éperons blancs ;
· GALACTIC WARRIOR (Hedgecock 99), superbe iris bourgogne, éperons assortis ;
· ILLULISAT (Muska 95), mon préféré, blanc glacier, barbes mandarine, éperons bleus ;
· MAGIC KINGDOM (Byers 89), bois de rose, barbes mandarine, éperons argent ;
· MESCALERO CHIEF (Hedgecock 93 – FA 95), brillant pourpre à barbes bleues ;
· MESMERIZER (Byers 91 – WM 2000), le plus beau, blanc pur, éperons pétaloïdes d’un blanc verdâtre ;
· OSTROGOTH (Peyrard 94), bitone lilas/améthyste, barbes oranges, petits éperons blancs ;
· SCENTED BUBBLES (Byers 88), bleu drapeau à éperons pétaloïdes bleus, délicieusement parfumé ;
· SPECIAL FEATURE (Osborne 89), magnifique indigo, pétaloïdes géants violets ;
· THORNBIRD (Byers 89 – DM 97), étrange mélange d’écru, chartreuse et brun, longs éperons brun violacé ;
· TRIPLE WHAMMY (Hager 90), or et blanc, éperons blancs, immense.

Aujourd’hui, on trouve des iris « à cornes » chez de très nombreux obtenteurs. Certains cependant sont, en quelque sorte spécialisés dans ce type. C’est le cas de George Sutton, de Porterville en Californie, et de Jim Hedgecock de Gower, Missouri. L’un et l’autre tendent vers l’obtention d’iris doubles, comme on parle de roses ou de pivoines doubles. Mais chez les autres fleurs, l’apparition de nouveaux éléments pétaloïdes s’accompagne de la disparition d’un autre élément, le plus souvent, les étamines. Dans le cas de l’iris, il n’y a pas remplacement d’un élément par un autre : les prolongements pétaloïdes des barbes ajoutent sans retrancher.

Tous ceux qui se sont lancés dans la recherche de nouveaux iris à éperons savent que l’opération est délicate. De nombreux semis présentent des malformations disgracieuses, et ceux qui portent des appendices importants ont également fréquemment des sépales qui se replient le long de la nervure médiane : sans doute les tensions générées par l’allongement des barbes provoquent-elles ce phénomène. Malgré tout, la recherche est enthousiasmante car on a l’impression d’être sur la voie d’un renouvellement en matière d’hybridation.

Les éperons ne sont pas les seuls appendices nouveaux qui soient apparus chez les iris. De temps en temps une autre anomalie apparaît, comme ces « trompettes » que l’on voit au cœur de AÏDA ROSE (Ségui 88). Au demeurant aucune de ces nouveautés n’a mérité jusqu’à présent d’être retenue comme un domaine de recherche.

Les iris à éperons sont donc devenus un « must » partout dans le monde. Les obtenteurs d’Europe de l’Est ont choisi d’explorer à fond cette voie, et bientôt de nouvelles variétés de ce type, obtenues par des hybrideurs français, vont apparaître sur le marché (j’ai apprécié ce printemps des semis originaux issus de CONJURATION ou de THORNBIRD). Reste seulement pour nous, français, un problème bien secondaire mais néanmoins agaçant : celui de la description des appendices. Les Américains ont à leur disposition un vocabulaire éloquent. Ils parlent de « horns », « spoons » « flounces »… Une traduction littérale de ces vocables est possible mais présente l’inconvénient d’aboutir à des mots aux connotations banales, si ce n’est vulgaires : personne n’aurait eu l’idée de baptiser une variété « Papa Cornu » (Horned Papa), ni « Cuillère Jaune » (Lemon Spoon)… Notre langue est sans doute merveilleuse, mais elle n’a pas prévu que les iris auraient un jour des éperons !

ÉPERONS ET APPENDICES

Ce n’est pas d’aujourd’hui que certains iris se présentent avec des appendices à l’extrémité des barbes. Les frères Sass en avaient découvert parmi leurs semis, dès les années 40, mais ils les avaient purement et simplement éliminés, les considérant comme des monstruosités sans aucun intérêt. Peut-être, d’ailleurs, ces premiers iris à éperons étaient-ils fort laids. En tout cas ils étaient rejetés. Ce n’est que dans les années 60 que quelques hybrideurs, désireux de se démarquer de leurs confrères, et peut-être véritablement inspirés, ont commencé à les sélectionner. Les plus connus sont Lloyd Austin, de Placerville (Californie) et Tom Craig, de Hubbard (Oregon). C’est Lloyd Austin qui a inventé le nom de « Space Age » qui continue de désigner ce type de fleurs. Ses variétés, tout comme celle de Tom Craig, proviennent en fait d’une même lignée développée à partir de plicatas en provenance des semis de Sydney Mitchell et en particulier d’une variété dénommée ADVANCE GUARD. Dans tous les cas il s’agit de plantes issues des plicatas de la fratrie Sass. Chez Austin, l’origine de la lignée se situe notamment chez une variété au nom particulièrement bien choisi : HORNED PAPA ! En découlent LEMON SPOON (60), SPOON OF GOLD (61) ou GOLDEN UNICORN (62), puis SPOONED LACE (63), SPOONED BLAZE (64) etc.…Par la suite, d’autres hybrideurs se sont engouffrés dans la voie nouvellement ouverte, avec pas mal de succès : Henry Rowlan est parti de HORNED FLARE (Austin 63), un enfant de HORNED PAPA, pour arriver à HULA MOON (78), un joli jaune infus de mauve avec de petits éperons violets, ou SPACE DAWN (82), parme, à barbes oranges et éperons violets. SPOON OF GOLD et LEMON SPOON ont produit LUCKY FLOUNCE (Austin 63) dont Rowlan a tiré SNOW FACE (82) blanc à barbes citron et éperons blancs. Un obtenteur aussi éminent que Ben Hager n’a pas dédaigné le concept de « space age ». On lui doit HORNY LORRI (78), rose orchidée à éperons plumeux jaunes, et surtout le blanc SNOW SPOON (82).

Cependant c’est sûrement Manley Osborne, à la même époque, qui a apporté la plus belle contribution au type « space age ». Il a largement utilisé SPOONED BLAZE pour lancer sa lignée. Avec CHINESE CORAL il a obtenu MOON MISTRESS (76), pêche, barbes oranges, éperons pêche ; avec NEW MOON il a créé le célèbre BATTLE STAR (79), lumineux bicolore cannelle et fuchsia, barbes or et éperons violets. BATTLE STAR et BROWN LASSO ont engendré GLADYS AUSTIN (85), et nous arrivons en France, où Michelle Bersillon vient d’enregistrer DERVICHE (2000) et LUNE ROUSSE (2000) qui sont des enfants de GLADYS AUSTIN ! Quant à MOON MISTRESS, c’est certainement le plus grand pourvoyeur de « space age » actuel, avec, notamment, ses plus fameux enfants, TWICE THRILLING (84) et SKY HOOKS (80).

TWICE THRILLING n’a pas fourni un gros contingent de descendants. ART SCHOOL ANGEL (Vizvarie 89), blanc marqué de bleu, est le plus connu, mais il vient aussi de SKY HOOKS ! Ce dernier, en revanche peut se targuer d’être l’un des géniteurs les plus recherchés de ces vingt dernières années. Pour n’en citer que quelques-uns uns, en voici une douzaine, parmi les plus connus et les plus récompensés :
· ALABASTER UNICORN (Sutton 96), tout blanc, longs appendices blancs ;
· CONJURATION (Byers 89 - DM 98), blanc largement liseré de mauve pourpré, éperons blancs ;
· GALACTIC WARRIOR (Hedgecock 99), superbe iris bourgogne, éperons assortis ;
· ILLULISAT (Muska 95), mon préféré, blanc glacier, barbes mandarine, éperons bleus ;
· MAGIC KINGDOM (Byers 89), bois de rose, barbes mandarine, éperons argent ;
· MESCALERO CHIEF (Hedgecock 93 – FA 95), brillant pourpre à barbes bleues ;
· MESMERIZER (Byers 91 – WM 2000), le plus beau, blanc pur, éperons pétaloïdes d’un blanc verdâtre ;
· OSTROGOTH (Peyrard 94), bitone lilas/améthyste, barbes oranges, petits éperons blancs ;
· SCENTED BUBBLES (Byers 88), bleu drapeau à éperons pétaloïdes bleus, délicieusement parfumé ;
· SPECIAL FEATURE (Osborne 89), magnifique indigo, pétaloïdes géants violets ;
· THORNBIRD (Byers 89 – DM 97), étrange mélange d’écru, chartreuse et brun, longs éperons brun violacé ;
· TRIPLE WHAMMY (Hager 90), or et blanc, éperons blancs, immense.

Aujourd’hui, on trouve des iris « à cornes » chez de très nombreux obtenteurs. Certains cependant sont, en quelque sorte spécialisés dans ce type. C’est le cas de George Sutton, de Porterville en Californie, et de Jim Hedgecock de Gower, Missouri. L’un et l’autre tendent vers l’obtention d’iris doubles, comme on parle de roses ou de pivoines doubles. Mais chez les autres fleurs, l’apparition de nouveaux éléments pétaloïdes s’accompagne de la disparition d’un autre élément, le plus souvent, les étamines. Dans le cas de l’iris, il n’y a pas remplacement d’un élément par un autre : les prolongements pétaloïdes des barbes ajoutent sans retrancher.

Tous ceux qui se sont lancés dans la recherche de nouveaux iris à éperons savent que l’opération est délicate. De nombreux semis présentent des malformations disgracieuses, et ceux qui portent des appendices importants ont également fréquemment des sépales qui se replient le long de la nervure médiane : sans doute les tensions générées par l’allongement des barbes provoquent-elles ce phénomène. Malgré tout, la recherche est enthousiasmante car on a l’impression d’être sur la voie d’un renouvellement en matière d’hybridation.

Les éperons ne sont pas les seuls appendices nouveaux qui soient apparus chez les iris. De temps en temps une autre anomalie apparaît, comme ces « trompettes » que l’on voit au cœur de AÏDA ROSE (Ségui 88). Au demeurant aucune de ces nouveautés n’a mérité jusqu’à présent d’être retenue comme un domaine de recherche.

Les iris à éperons sont donc devenus un « must » partout dans le monde. Les obtenteurs d’Europe de l’Est ont choisi d’explorer à fond cette voie, et bientôt de nouvelles variétés de ce type, obtenues par des hybrideurs français, vont apparaître sur le marché (j’ai apprécié ce printemps des semis originaux issus de CONJURATION ou de THORNBIRD). Reste seulement pour nous, français, un problème bien secondaire mais néanmoins agaçant : celui de la description des appendices. Les Américains ont à leur disposition un vocabulaire éloquent. Ils parlent de « horns », « spoons » « flounces »… Une traduction littérale de ces vocables est possible mais présente l’inconvénient d’aboutir à des mots aux connotations banales, si ce n’est vulgaires : personne n’aurait eu l’idée de baptiser une variété « Papa Cornu » (Horned Papa), ni « Cuillère Jaune » (Lemon Spoon)… Notre langue est sans doute merveilleuse, mais elle n’a pas prévu que les iris auraient un jour des éperons !