19.12.08




PIERRE ANFOSSO : L’AIGLE À DEUX TÊTES

Créer de nouveaux iris – ou tout simplement créer de nouvelles plantes – a toujours eu un côté artistique. Au début, même, c’est à dire dans les années 1820/1880, la sélection de nouvelles variétés ne relevait que du sens artistique du sélectionneur puisque alors on laissait aux insectes le soin de pratiquer les croisements. Mais peu à peu, à cette aspiration au beau s’est ajoutée la volonté de maîtriser toute la chaîne, et l’homme s’est attribué le rôle de l’insecte et a pratiqué la pollinisation artificielle. Une nouvelle exigence est alors apparue, celle de la génétique, nécessaire dès lors qu’on veut limiter au maximum le rôle du hasard et ne réaliser que des croisements propres à donner naissance à des semis conformes aux buts affichés par l’hybrideur.

Ce sont apparemment des exigences très éloignées l’une de l’autre. L’artiste n’est pas forcément un scientifique, et le scientifique n’est pas forcément un artiste.

Mais chez Pierre Anfosso les deux exigences se sont trouvées réunies, de sorte qu’il a réussi à être un artiste peintre estimé et un obtenteur d’iris reconnu. On peut même ajouter à ces compétences celle d’un chef d’entreprise avisé. Cela fait de Pierre Anfosso un spécimen exceptionnel dans le monde des iris car je ne sais pas s’il existe ou a existé d’autres hybrideurs que Pierre Anfosso pour avoir connu la réussite à la fois dans les arts plastiques et la création d’iris.

L’artiste

Avant de devenir l’un des obtenteurs les plus talentueux de la fin du XXeme siècle, Pierre Anfosso a été un artiste peintre qui a connu une célébrité certaine.

Né le 1er Décembre 1928 à la Crau (Var), il s’est tout d’abord destiné à une vie de peintre et a fait ses études aux Beaux-Arts de Toulon, où il fut l’ élève de Baboulène(1) et Pertus (2). Le critique d’art Jean-Marc Campagne, spécialiste des fauves et des cubistes, disait de lui :
« Anfosso, animé par l’idée de sensation, à l’exemple de Vuillard, Bonnard ou du délicieux Pougny, qu’il admire, a rejeté, comme eux, l’aspect, disons « touristique » du motif au profit de ce que Braque appelle le fait pictural. Donc, une toile d’Anfosso est une manière de galaxie, un groupement d’étoiles, qui « chahute », au premier regard, dans une lumière vibrante de tons clairs. Puis, lorsque l’œil s’est accoutumé à ce mouvement, à ce ballet de figures et de couleurs, chacune de celles-ci se recompose. C’est l’esprit qui s’attache à l’unité parfaite d’un ensemble devenu évident, mieux que vrai, nécessaire. »
Et un autre analyste a ajouté :
« Le style Anfosso, proche de celui d’un Nicolas de Staël, est caractérisé par des aplats épais se chevauchant, comme sur une palette. Ses ports, ses plages ou ses nuages, brouillons à première vue, demandent un peu de recul. A chacun de trouver « sa » bonne distance pour mieux apprécier l’équilibre de l’ensemble. Un ou deux pas en arrière suffisent parfois pour passer de l’abstrait au figuratif et vice versa, dans un glissement délicat de lumières et de couleurs. »

Ces qualités, mélange de figuratif et d’abstrait sans exagération, mais surtout ce goût très sûr dans le choix des sujets et des couleurs, se rencontreront également dans ce qui fut la second vie de Pierre Anfosso, celle d’un créateur d’iris.

L’hybrideur

Dès le début des années 60, Pierre et sa femme Monique se sont intéressés aux iris. A l’époque le monde français de cette fleur était bien petit. Détruit par la guerre, il se reconstruisait lentement, avec pour rouage essentiel l’entreprise familiale Cayeux, reprise par Jean Cayeux, lequel fut longtemps le seul en France à créer des iris. Pierre Anfosso a voulu relever le défi de devenir un nouveau créateur français. Pour cela il s’est abondamment documenté sur le sujet, et s’est procuré de nombreux hybrides américains récents. Il a pris contact avec les grands hybrideurs américains (Keith Keppel, Joe Ghio, Ben Hager …) et suivant leurs conseils, s’est lancé dans l’aventure de l’hybridation vers le début des années 70, bientôt suivi par le reste de la famille : Monique, son épouse, Pierre-Christian et Laure, ses enfants. Les hémérocalles ont également attiré son intérêt et, dans des conditions analogues, il a entrepris d’en créer de nouvelles. Peut-être même ces lis d’un jour ont-ils peu à peu envahi son imaginaire au point d’y supplanter les iris…

La famille Anfosso s’est très vite dit que l’obtention de nouvelles variétés n’avait de sens qu’à la condition que celles-ci soient commercialisées. C’est pourquoi Pierre er son épouse ont transformé leur passion en une pépinière, IRIS EN PROVENCE, qui a proposé son premier catalogue spécialisé en Iris en 1975. Après ‘Lorenzaccio de Medicis’ de Pierre-Christian, qui fut, en 1978, la première obtention familiale mise sur le marché, la famille Anfosso nous a gâtés de ses superbes obtentions d’iris de toutes sortes. 102 variétés au total : une majorité de grands iris, mais aussi plusieurs iris de bordure, plusieurs iris nains standards, des spurias, quelques arils, mais surtout, peut-être, des iris de Louisiane, dont il n’y a pas d’autres exemples en France. De la patte de Pierre nous pouvons aujourd’hui apprécier ‘Maldoror’ (80), bleu marine uni, ou ‘Sonate d’O’ (80), en brun, mais aussi ‘Belle Embellie’ (81), sorte d’amoena jaune pâle inversé, et ‘Nuit Blanche’ (80), blanc pur, doucement ondulé. Puis vinrent ‘Calamité’ ( 82) qui fut le premier iris très foncé d’une série qui comportera plusieurs belles réussites comme ‘Bar de Nuit (86) et les deux « sib » noirs ‘Nuit de Chine’ (93) et ‘Nuit Fauve’ (94). Mais la variété qui a assis mondialement la renommée de Pierre Anfosso fut ‘Echo de France’ (84) qui a été dès son apparition largement utilisé en hybridation, en particulier aux Etats-Unis (Fred Kerr, George Sutton…). Il figure toujours dans plusieurs catalogues américains, ce qui en dit long sur son succès auprès des amateurs.

Après les grands iris, Pierre Anfosso s’est tourné vers les Iris de Louisiane, ces pures merveilles que seul le climat de Provence permet de cultiver sans peine dans notre pays. ‘Tequila’ (88), mauve avec un signal doré, a été le premier d’une courte série. Cependant l’esprit de notre créateur était ailleurs, les hémérocalles l’avaient accaparé. Les variétés d’iris postérieures n’atteindront pas la perfection de celles qui ont été citées, et d’ailleurs leurs obtenteurs ne se donneront même pas la peine de les enregistrer.

Quoi qu’il en soit Pierre Anfosso restera, dans l’esprit des amateurs français d’iris, le premier maître d’un renouveau qui connaîtra par la suite de belles réussites, et sa disparition, en 2004, sera à la fois la fin d’une ère et le début d’une autre.

(1) Eugène Baboulène, peintre toulonnais, 1905/1994.
(2) Henri Pertus, chef de file de l’école toulonnaise, 1908/1988.

12.12.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

‘South Pacific’ (Kenneth Smith 52) n’est pas tout neuf. Il a bien l’allure des iris de son temps, mais conserve ce qu’on appelle de l’allure. Surtout quand il est photographié par cette artiste qui signe « greenorchid », et que j’aimerai bien connaître autrement que par e-mail interposé !










LE POTIER CORÉEN

C’est en lisant un livre sur les porcelaines japonaises d’Imari et de sa région, que j’ai fait la connaissance de Ri Sampeï, un potier coréen, réquisitionné (pour ne pas dire pris en esclavage) par les Japonais au début du 17eme siècle. Ce nom m’a dit quelque chose : « Bon sang mais c’est bien sûr ! Un iris ! »

L’hybrideur slovaque Ladislaw Muska donne à ces obtentions des noms plutôt surprenants. Comme je lui demandais un jour où il allait les chercher, il m’a répondu : « Un peu partout, dans le folklore, l’histoire, les personnages de tous les pays. » Je connais ‘Reï Momo’ qui fait allusion au roi du carnaval de Rio, ‘Illulisat’ qui est le mot inuit pour « glaçon », je viens de découvrir que ‘Ri Sampeï’ est le nom de l’inventeur des porcelaines qui ont fait la réputation mondiale de la région d’Arita et, plus spécialement, de la petite ville d’Imari, dans le Nord-Ouest de l’île de Kiu-Shû.

L’iris lui-même date de 1996 et figure déjà depuis plusieurs années dans ma collection. C’est même l’une des plus réussies, à mon avis, des obtentions de L. Muska. Au premier coup d’œil, l’amateur un peu avisé peut se dire : « C’est un enfant de ‘Queen in Calico’ et de ‘Laced Cotton’. » Et il ne se trompe pas. La formule de son pedigree est la suivante : ((Queen in Calico x ‘’Fialovy Kvet’’ : (Windsor Rose x Laced Cotton)) x Calicoball) X Moonlight Sketch. ‘’Fialovy Kvet’’ est un semis Muska qui n’a pas été enregistré, mais c’est par lui que les traits de ‘Laced Cotton’ ont été transmis à la vedette du jour. ‘Moonlight Sketch’ (98), pour sa part, est une obtention du tchèque Pavel Nejedlo, un hybrideur plein de talent mais qui semble s’être actuellement éloigné des iris. C’est une fleur difficile à décrire, mélange de gris et de bleu lavande pour les pétales, fond crème, moucheté de jaune, brun et lavande pour les sépales, et l’on y décèle nettement les influences de ses parents, ‘Desert Echo’ (les mouchetures), et ‘Sketch Me’ (le fond crème et les points bruns). ‘Ri-Sampeï’ présente les couleurs de ‘Queen in Calico’, avec les bords laciniés caractéristiques de ‘Laced Cotton’. Cependant cette variété ne présente pas de traits particulièrement intéressants et utilisables en hybridation : le côté ‘Queen in Calico’ est présent dans un grand nombre de variétés, et le côté ‘Laced Cotton’ est récupérable sur beaucoup d’autres iris. Néanmoins on retrouve ‘Ri-Sampeï’ derrière certains hybrides de L. Muska, comme ‘Stitched Nets’ (98) et surtout ‘Zuzana’ (99) dont j’ai déjà parlé ici.

‘Queen in Calico’ a été abondamment utilisé par Muska dans son programme de plicatas. Je connais au moins 25 variétés où il apparaît à la première génération, et comme plusieurs de ces variétés ont été utilisées à leur tour, aux générations suivantes ‘Queen in Calico’ est indirectement présent. Il apparaît, ainsi, dans ‘Reï Momo’ (95) cité plus haut, plicata poudré de rose bruyère, dans ‘Calicoball’ (95), piqueté et veiné de violet améthyste, ou dans ‘Bedecked Nets’ (99), plicata prune, lequel, d’ailleurs rassemble les gènes de ‘Queen in Calico’ à cinq reprises en plus, grâce à ‘Zuzana’, ‘Calicoball, ‘Reï Momo’ et ‘Funny Bird’ et ‘Graffiti’.

‘Laced Cotton’ est une autre des variétés favorites de L. Muska. Elle se rencontre, au premier rang, dans une vingtaine de cultivars, dont ‘Don Epifano’ (89) qui est lui-même à l’origine d’une autre vingtaine de semis et dont son obtenteur a fait le symbole d’une période de sa vie d’hybrideur. C’est ainsi que de très nombreuses obtentions de Muska arborent les fines dentelures de ‘Laced Cotton’, comme le fait ‘Ri-Sampeï’. A noter que ‘Laced Cotton’ n’a pas inspiré que L. Muska ; j’ai relevé plus de vingt hybrideurs qui l’ont utilisé, un peu pour sa couleur blanche légèrement bleutée, mais essentiellement pour l’élégante dentelle qui orne ses pétales.

Il n’est pas évident que dans ‘Ri-Sampeï’, l’iris, on distingue les couleurs traditionnelles des porcelaines d’Imari, bleu de four, rouge-orangé, rehaussé d’or, mais que la mémoire d’un génial émule de Bernard Palissy soit évoquée dans le monde des iris est un hommage tout à fait louable.

5.12.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

‘Pionneer Woman’ (Black 2002) fait partie de cette grande série des iris jaune et blanc qui a pour variétés emblématiques ‘Debby Raidon’ (Kuntz 65 – DM 71) et ‘Joyce Terry’ (Muhlestein 74). Même si cette variété n’a rien d’exceptionnel dans son coloris, la photo signée « Greenorchid » la met particulièrement en valeur.

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Erratum

La semaine dernière j’ai attribué la nationalité polonaise à l’obtenteur et producteur Zdenek Krupka. Il est en fait Tchèque !










LA CONFERENCE DE 1922

L’idée d’une conférence mondiale à propos des iris remonte à 1914. Elle provient de Philippe de Vilmorin qui, à l’époque, faisait figure de leader dans le monde des iris. Il fit déposer son projet au Comité de Floriculture de la SNHF par son fidèle Séraphin Mottet, mais évidemment, même si le projet a paru séduisant à tout le monde, les événements n’ont pas permis de le faire aboutir. Ce n’est qu’en 1921 que le même Séraphin Mottet, toujours dévoué à son patron, décédé entre temps, relança le projet. L’année 1922 semblait tout à fait opportune pour réunir la Conférence puisque c’était celle du centenaire de l’apparition de la première variété d’iris cultivée, par le fait de M. de Bure.

La France était donc le berceau des iris de jardin, mais depuis les initiatives de M. de Bure, les choses avaient fortement évolué : la Grande Bretagne, tout d’abord, puis les Etats-Unis, avaient emboîté le pas à la France et en Amérique, même, le phénomène iris avait déjà pris une ampleur telle que la position de la France se trouvait passablement réduite, la guerre ayant interrompu le travail de nos hybrideurs, tandis que ceux d’Amérique avaient continué leurs recherches et, de ce fait, pris de l’avance sur leurs collègues européens. L’idée de replacer notre pays dans la compétition, en le situant à l’origine d’une initiative originale et prestigieuse, ne pouvait qu’avoir du succès auprès des autorités horticoles et botaniques françaises. Le projet de P. de Vilmorin et S. Mottet prit donc corps, et une commission ad hoc créée au sein de la SNHF le prit en main. Elle décida que la Conférence :
- serait internationale ;
- concernerait toutes les catégories d’iris alors connues et cultivées ;
- réunirait les plus éminents spécialistes qui apporteraient leur contribution sous forme de communications et de participations matérielles ;
- qu’une séance plénière, au printemps 22, réunirait tout ce beau monde à Paris.

La Conférence rencontra une franche adhésion de la part des plus grands iridophiles du monde, c’est à dire des Anglais et des Américains. Parmi les étrangers qui ont répondu « oui » à la proposition française on trouve les noms de Arthur Bliss, William Dykes, Alice Harding, Amos Perry, Grace Sturtevant, John Wister et George Yeld. Du côté français les participants les plus en vue étaient MM. D. Bois, F. Cayeux, F. Denis, L. Millet, S. Mottet, A. Nomblot, A. Nonin, J. Pinelle, M. Turbat et la famille de Vilmorin.

Le bureau de la Conférence fut désigné dès novembre 21 et fut composé de MM. Bois, président, Dykes et Wister, présidents d’honneur, Cayeux et de Vilmorin, vice-présidents, Guillaumin, Mottet et Pinelle, secrétaires, et Millet, vice-secrétaire.

La séance plénière se déroula le 27mai 1922 à la SNHF, à Paris. Les discussions furent vives et intéressantes, les Français n’étaient pas toujours d’accords avec leurs collègues de langue anglaise, mais un consensus s’est fait sur tous les sujets débattus. Il fut notamment décidé que ce seraient les Américains qui seraient chargés de l’enregistrement des noms et des caractéristiques de toutes les variétés apparaissant dans le monde. Ils exercent toujours cette prérogative.

Bien entendu tous les participants se sont ensuite rendus dans les grandes pépinières de la région parisienne pour admirer les obtentions de MM. Cayeux, Millet, Nonin et Vilmorin.

Les actes et comptes-rendus de cette Conférence furent notés dans un ouvrage appelé « Les Iris Cultivés », édité par la SNHF en 1923.

Ce fut un grand événement, mais qui n’a pas eu immédiatement de suite. La Commission des Iris ne reprit de l’activité qu’en 1927. La Conférence elle-même n’a pas eu de suite avant le Congrès International d’Orléans, en 1978, et encore celui-ci fut-il quelque peu boudé par les Américains, de sorte qu’il n’eut pas l’impact de la Conférence de 1922 qui reste une manifestation unique dans le monde des iris.

28.11.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Par ma photographe préférée, ‘Safari Sunset’ (Blyth 2001) une image rutilante, qui fait du bien par ces jours de grisaille.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

Iris de table (MTB)
Il y a quelques temps j’écrivais à propos des amateurs de MTB : « Il leur faudra, pour combler leur désir d’originalité, se tourner vers les producteurs américains… ». Cette affirmation n’est plus exacte, Loïc Tasquier, lui-même amateur de MTB, me fait savoir que le Polonais Zdenek Krupka en propose sur son site www.kgardens.org. Il y en a aussi chez Marianne Joosten, aux Pays-Bas www.kwekerij-joosten.nl. Ces deux adresses, européennes, ne posent de problème ni de prix, ni de douane.

De nouveaux sites pour les amateurs d’iris
Voici deux adresses intéressantes, aux deux « bouts » du monde, certes, mais avec Internet, cela n’a pas d’importance !
www.le-jardin-des-deux-bons-diables.com le site de Loïc Tasquier, aux Pays-Bas.
www.historiciris.blogspot.com le blog de Iris Hunter, en Nouvelle Zélande.



NAINS MINIATURES : DES IRIS XS

Ce sont les plus petits des iris barbus. En anglais on parle de MDB (Miniature Dwarf Bearded) et en français d’iris barbus nains miniatures. Les critères du groupe sont les suivants :
- hauteur de floraison inférieure à 21 cm ;
- fleurs de 5 à 7.5 cm de diamètre ;
- hampe florale ne comportant pas de branches ;
- feuillage plus court que la hampe florale.

Les iris que l’on trouve actuellement dérivent d’un panel de dix-sept espèces croisées et recroisées depuis de nombreuses générations. La plupart des ces espèces ne présentent guère d’intérêt mais il en est trois qui méritent d’être décrites.

Iris chamaeiris est une petite plante qui varie entre 8 et 20 cm de haut et qui est originaire de notre pays. Mais elle se trouve aussi en Italie, en Suisse et en Espagne. C’est une espèce absolument rustique, facile à cultiver et qui pousse vigoureusement. Elle convient parfaitement à une rocaille où elle rencontrera les conditions qui lui conviennent : sol bien drainé et espace ensoleillé. On en trouve de plusieurs coloris, le plus souvent violet, gris-bleu, jaune ou blanc. L’idée de l’utiliser en croisements et dès 1914, en France Armand Millet introduisait des hybrides baptisés ‘Marocain’ et ‘Negus’. Peu après, en 1920, c’est son confrère Charles André qui a proposé deux variétés fort connues et toujours régulièrement cultivées : ‘Lieutenant de Chavagnac’ et ‘Jean Siret’, qui ont l’avantage de remonter. Ce fut ensuite au tour des obtenteurs des Etats-Unis de se lancer dans les croisements de chamaeiris, notamment Walter Welch et les frères Sass. Mais les Anglais – Carpane – et les Allemands – Goes & Koeneman – n’étaient pas en reste.

Une autre espèce importante, et même fondamentale, est I. pumila. C’est le plus petit iris de la bande. Il ne mesure qu’entre 2 et 10 cm de hauteur. C’est une espèce que l’on rencontre dans toute l’Europe de l’Est et jusqu’en Russie. Du fait de cette vaste distribution, elle est très variable tant dans sa forme que dans sa taille, ses coloris et bien d’autres traits. Mais il y a une constante, c’est le fait qu’elle ne porte qu’une seule tige florale, sans branchement. Elle fleurit tôt en saison, dès le début du printemps. Ces fleurs, plutôt grosses pour sa taille, on un aspect soyeux particulièrement joli, le plus souvent dans des tons tournant autour du violet. Mais on trouve de forme dans les types variegata, amoena ou bicolore. Et si la couleur dominante des barbes est le jaune, il y en a dans de nombreux coloris. Cette espèce à eu une influence prépondérante dans le développement des MDB, mais aussi dans celui des autres groupes d’iris nains, SDB et IB. Pourtant jusque dans les années 40 l’Iris pumila était pratiquement ignoré. Ce sont Robert Schreiner, puis Paul Cook, qui se sont aperçus de ces énormes possibilités et ont commencé à les exploiter. Surtout, ils se sont rendu compte que I. pumila avait la capacité de transférer les gènes des grands iris tétraploïdes aux petits iris nains. Par la suite, dans les années 50, des études ont montré qu’il porte quatre séries de huit chromosomes, ce qui lui confère ce pouvoir de transmission, comme le décrit très bien Richard Cayeux dans son ouvrage « L’Iris, une fleur royale ».

Ne passons pas sous silence le rôle de I. reichenbachii dans l’hybridation des MDB. Cette espèce des Balkans, plus grande que les deux autres et dans la couleur dominante de jaune, fleurit un peu après les pumilas ; elle porte habituellement deux fleurs par hampe. Surtout son intérêt est dans le port du gène qui permet d’inhiber la couleur dans les pétales des plantes où elle apparaît, ce qui permet de varier énormément les couleurs des hybrides.

Ces espèces, et les autres, ont donné naissance à un groupe de plantes naines, quelquefois même minuscules, mais très agréables et variées. Aussi agréables, au printemps, que peuvent l’être, en automne, les cyclamens qui égaient nos pelouses. Ils donnent d’ailleurs la même impression, celle de plantes vigoureuses qui se développent en larges touffes rases, couvertes de fleurs multicolores. Ces indéniables qualités ne font pas pour autant leur succès commercial. Car il faut préciser que ce n’est pas la catégorie qui attire le plus ni les amateurs ni les hybrideurs ! Dans les cinq dernières années le nombre de nouvelles variétés enregistrées a été de 15 en 2003, 17 en 2004, 11 en 2005, 7 en 2006 et 14 en 2007. Soit à peu près 1% l’an du nombre total des variétés enregistrées… Nous sommes donc là dans le domaine du confidentiel.

Après Walter Welch (1) dans les années 50, c’est Ben Hager, dans les années 70/80 qui a porté le plus d’intérêt aux MDB. ‘Prodigy’ (73) est un bleu lavande rosé, ondulé, très agréable ; ‘Ditto’ (81) est un bicolore blanc/acajou. De nos jours les obtenteurs de MDB les plus connus s’appellent T. Aitken, P. Black, Ch. Chapman, T. Johnson, B. Kasperek, G. Sutton ou A & D. Willott. Des iris comme ‘Tiny Titan’ (Aitken 2002), en orange un peu rosé, ‘Tickle Me’ (Chapman 98), rose corail intense, ‘Mighty Mouse’ (G. Sutton 2003), chartreuse et bleu ciel, ‘Little Drummer Boy’ (Willott 97), blanc avec spot violet sur les sépales, ou ‘Wee Viking’ (Willott 2004), blanc et spot grenat avec de grosses barbes bleu ciel, devraient retenir notre attention. Mais il faut aller les chercher dans leur pays d’origine parce que chez nous personne ne les propose à la vente. Heureusement que l’on peut profiter des très originales obtentions de Lawrence Ransom et de Jean Peyrard, les seules commercialisées en France. ‘Passion Bleue’ (Peyrard 95) apporte au jardin une note fraîche tout à fait plaisante. Quant à ‘Enfant Terrible’ (Ransom 2008), en violet améthyste, il ajoute des éperons surprenants dans ce genre de fleurs.

(1) Qui partage depuis 1984 avec le Britannique William-John Carpane le nom de baptême de la médaille spécifique attribuée chaque année à un MDB, la Carpane-Welch Medal. Pour les cinq dernières années, voici les lauréats de cette distinction :
2004 = ‘Dinky Circus’ (P. Black 98) – plicata pourpre
2005 = ‘Little Drummer Boy’ (Willott 97) – voir ci-dessus
2006 = ‘African Wine’ (Kasperek 98) – grenat
2007 = ‘Wise’ (T. Johnson 2000) – violet foncé
2008 = ‘Yak Attack’ (Kasperek 97) – blanc, spot jaune sur sépales

20.11.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Les iris « verts » ne sont pas nombreux. Chez Schreiner il y a déjà eu ‘Pink n’ Mint’ (77) dont les sépales étaient légèrement teintés de vert, mais ‘County Cork’ (2006), dont le nom est une allusion à l’Irlande, traditionnellement verte, semble fortement coloré à la chlorophylle. Et Margie Valenzuela, avec une de ses photos particulièrement nettes, a bien mis cette couleur en évidence.










LE MEUNIER DE KERVIN

Pour Gérard Madoré, cela marche. Le monde français des iris a eu l’occasion d’apprécier son travail lorsque ‘Gwennaden’ (2001) a été remarqué au concours FRANCIRIS ® 2005 et classé 5eme (et premier français). Il a eu de nouveau son attention attirée quand ‘Morgat’ (2005) a obtenu en 2008 au même concours la mention « Meilleure variété bleu, blanc, rouge ». Dans les mêmes moments, est apparu un nouveau producteur d’iris, en Bretagne cette fois, sous le nom, plutôt évident, d’ « Iris de Bretagne ». C’est son fils aîné qui a créé cette pépinière où l’on trouve, à côté des iris obtenus par son père, un grand nombre de variétés internationales.

Au fil du temps, « Iris de Bretagne » est devenu « Les Iris du Moulin de Kervin », ce qui a un charme indéniable, sûrement de nature à attirer les acheteurs qui y voient un côté rural et pittoresque. Le site Internet est élégant, agréable à parcourir, joliment illustré : Il y a toutes les raisons pour que cela marche !

Mais ce qui retient notre attention pour le moment, ce sont les iris obtenus par Gérard Madoré.

Il hybride depuis longtemps, et il semble qu’il ait acquis une solide expérience et un sens aigu des bons croisements. Parce que ce n’est pas sans raisons que les bons résultats évoqués ci-dessus sont apparus. Le meunier de Kervin ne prend pas de risques génétiques inconsidérés et ses iris, au pedigree sans excès de raffinement, font essentiellement appel à des géniteurs confirmés.

A l’heure actuelle la liste des variétés Madoré dépasse les cents unités, accumulées en un peu plus de dix ans. Les thèmes favoris tournent autour des fleurs bleues, roses et oranges, avec, a l’occasion, des diverticules dans bien d’autres coloris, et en particulier dans l’association bleu, blanc, rouge.

Dans ce domaine spécifique comme dans les autres, Gérard Madoré a joué avec des moyens éprouvés et des associations pleines de bon sens. Deux croisements de base ont été mis en œuvre :
1) (Conjuration X Skyblaze). ‘Conjuration’ (Byers 89 – DM 98) est une amorce de tricolore. Les pétales sont blancs lavés d’indigo clair, les sépales, indigo aux bords, vont en s’éclaircissant jusqu’au blanc, sous les barbes, qui sont oranges pointées de courts éperons blancs. ‘Skyblaze’ (Keppel 87) est un bleu léger, orné de barbes minium. Associer ces deux variétés, c’est tenter d’introduire les vives barbes minium de l’un, sans altérer le coloris réussi de l’autre. Je ne sais pas ce que cet assemblage a donné puisqu ‘il n’a été ni enregistré ni décrit. Mais en association avec le suivant il a abouti au résultat souhaité.
2) (Rebecca Perret X In Town). C’est un croisement original et astucieux. ‘Rebecca Perret’ (Cayeux 92) fait partie de la grande lignée Cayeux d’iris tricolores issus de ‘Condottiere’ (Cayeux 78) et de ‘Delphi’ (Shoop 79). C’est le moins coloré de la famille, mais les trois couleurs sont bien là. ‘In Town’ est aussi tricolore, mais il lui manque le blanc car ses pétales sont bleu tendre, alors que ses sépales montrent un riche bleu sombre sur lequel tranche le rouge minium des barbes. En additionnant les qualités et les aptitudes de ces deux variétés, Gérard Madoré a obtenu deux frères de semis, ‘Loctudy’ (2005) et ‘Paimpol’ (2005). L’un et l’autre peuvent être classés dans la famille des bleu, blanc, rouge (1).
Il était tentant et raisonnable d’associer les deux croisements ci-dessus. Cela a été fait et cela a marché, dans un sens comme dans l’autre. (Loctudy X (Conjuration x Skyblaze)) a donné naissance à ‘Morgat’, récompensé à Jouy en Josas en 2008 ; un croisement peut-être identique – ((Rebecca Perret x In Town) X (Conjuration x Skyblaze)) - est à l’origine de ‘Pont-Aven’ (2007) ; et la combinaison inverse – ((Conjuration x Skyblaze) X ( Rebecca Perret x In Town)) – a abouti à ‘Moustoir’ (2005). Tous sont de vrais bleu, blanc, rouge.

Mais d’autres croisements à base de (Conjuration x Skyblaze) (2) ont également donné de beaux résultats. C’est le cas de ‘Doléan’ (2005), qui joue sur du velours puisqu’il allie le couple fétiche et un autre bleu, blanc, rouge, ‘American Beauty’ (Shoop 85), très proche de ‘Rebecca Perret’, tant pour son coloris un peu pâle que pour son pedigree. Le couple ((Conjuration x Skyblaze) X Stately Art) fait appel à une variété proche de ‘Skyblaze’. Le résultat est quelque peu éloigné du but, puisque ‘Trégor’ (2007) a des sépales plus mauves que bleu, mais bien agréable quand même.

Une des couleurs préférées de Gérard Madoré semble être l’orange. Il est vrai qu’il a trouvé une croisement qui a été particulièrement prolifique (9 frères de semis). Il s’agit de (Good Show X Feu du Ciel). L’association de ces deux iris oranges a donné naissance à des variétés très voisines dont la sélection, en masse, aurait peut-être pu être plus sévère… ‘Arzano’ (2007) est un exemple qui se présente sous un aspect très classique, mais au coloris bien saturé.

La recette qui a si bien réussi pour les orange, a été utilisée dans la recherche du noir sous la forme (Hello Darkness x Before the Storm) à laquelle a été ajouté à deux reprises ‘Night Ruler’ (Schreiner 90). Le résultat le plus sombre est pour le simple croisement (Hello Darkness x Before the Storm)qui s’appelle ‘Pen-Hir’ (2001).

Pour finir, un coup d’œil aux iris roses, qui font partie des meilleurs produits de Gérard Madoré. Les géniteurs sont plus nombreux mais les produits généralement réussis. Le croisement (Pond Lily x Helene C.), qui unit deux roses bleutés, a produit entre autres ‘Penmach’ (2005). (Social Event X Bubble Up), un croisement également utilisé par K. Keppel pour ‘Broken Dreams’ (98) ou ‘Lotus Land’ (99) est à l’origine de ‘Ploumanach’ (2005). Mais la plus jolie chose qu’on puisse trouver dans le genre rose est sûrement ‘Rosmalo’ (2007) qui a pour parents ((Pagan Pink x Cherub's Smile) X Pretty in Pink) qui ajoute une touche de plicata – ‘Pretty in Pink’ (Williamson 87) – à un couple bien rose.

Il faudra désormais compter avec Gérard Madoré quand on voudra de beaux iris. L’émergence de cet obtenteur qui a su faire son trou était à souligner.

(1) Le croisement inverse (In Town X Rebecca Perret) a donné ‘Belle de Nuit’ (Cayeux 99).
(2) A noter que l’idée d’utiliser ‘Skyblaze’ pour un bleu, blanc, rouge a été reprise par R. Cayeux qui en a tiré ‘Réussite’ (2005), un des derniers de sa longue série (mais dont le pedigree tel qu’il a été donné pour l’enregistrement laisse le chercheur d’identité sur sa faim).

14.11.08


ECHOS DU MONDE DES IRIS

In Memoriam

Le dernier bulletin de l’American iris Society nous apprend la disparition d’une vieille dame, Esther Tams. Ce nom ne dit sans doute rien aux jeunes générations, mais il est celui d’une des personnes non professionnelles à avoir eu une de leurs obtentions couronnées par la Dykes Medal. Elles ne sont pas si nombreuses !

Native de l’Utah, où elle a vécu le plus clair de sa vie, Esther Tams était une amis de deux grands hybrideurs du XXeme siècle, Melba Hamblen et Tell Muhlestein. Passionnée d’horticulture, elle avait appris auprès d’eux l’art et la technique de l’hybridation des iris et, dans les années 60/70, s’était elle-même lancée dans ce loisir. Elle se prit au jeu et enregistra ses plus intéressantes obtentions, soit seize variétés. Seulement. Cela n’en fait pas une championne des brucelles, mais la réussite et la chance sont venues lui tenir compagnie et, alors que son amie Melba Hamblen, à l’origine de quelque centaines de nouveaux iris, dont certains très importants, n’y est jamais parvenue, elle eut le plaisir de voir son ‘Dream Lover’ (71) décrocher la DM en 1977, devant le grand favori du moment, ‘Grand Waltz’ (Schreiner 70). Issu de trois nobles variétés, ‘Dream Lover’ a un pedigree flatteur : (Miss Indiana X (Melodrama x Rippling Waters)). Cela explique son coloris : pétales bleu glacier, sépales bleu soutenu, et la qualité de la fleur, avec des sépales très larges, se tenant bien horizontaux, comme chez son parent ‘Miss Indiana’.

Esther Tams a continué sa modeste existence et gardé son goût pour les beaux iris. Elle fut le professeur de Brad Kasperek, autre ressortissant de l’Utah, et spécialiste avéré des iris maculosas. Elle s’est éteinte à 95 ans, le 3 août 2008.















LE DEUXIÈME PROCÉDÉ

Dans le dialogue « Phèdre » Platon fait dire à Socrate qu’il existe deux procédés pour composer des beaux discours. Ces procédés sont la division et le rassemblement. Dans le premier les arguments du discours sont pris un à un, développés et explicités. Dans le second, au contraire, ils sont réunis pour obtenir la cohérence et emporter la conviction des auditeurs ou des lecteurs. J’ai trouvé qu’on pouvait établir un parallèle entre ces deux procédés et ce qui se passe en matière d’hybridation, en particulier celle des iris.

Chez les hybrideurs, les deux procédés cher à Socrate pourraient être, à l’instar de ce que celui-ci appelle la division, l’exogamie (ou outcrossing), et pour ce qui est du rassemblement, l’endogamie (ou inbreeding). A propos de l’exogamie, voici ce qu’écrit Richard Cayeux : « Son but est d’obtenir plus vite quelque chose d’inédit ou des améliorations dans le branchement, le nombre de boutons, la substance… Il s’agit donc de croiser des iris aux origines bien différentes mais répondant aux critères de sélection précédemment définis. » L’hybrideur a une idée, mais en divisant les sources, il va à l’aveuglette : les résultats sont aléatoires, même si les grands hybrideurs férus de génétique parviennent à limiter les risques de dispersion. Le deuxième procédé, celui qui va nous intéresser aujourd’hui, va rassembler, comme écrit Richard Cayeux : « (des) semis frères, éventuellement génération après génération, pour éradiquer certains défauts et réunir ou accentuer leurs qualités. »

L’endogamie, ou plus exactement l’inbreeding, peut aller jusqu’à croiser non pas des frères de semis, mais des variétés simplement apparentées, qui présentent des caractéristiques génétiques voisines mais des qualités différentes qui peuvent se trouver améliorées en les réunissant dans un même semis. Ce procédé exige de la patience parce que les progrès sont lents et qu’il faut le plus souvent aligner les années et les croisements pour arriver à ses fins. C’est un procédé de rassemblement, qui accumule les petits progrès pour aller, chaque fois un peu plus loin dans cette recherche du Graal qui est la fleur parfaite dans son domaine. Il y faut de la ténacité et de la persévérance. Ce sont des qualités dont David Hall, le père des iris roses à barbes mandarine, a fait montre tout au cours de sa vie. Ses premiers semis en vue d’obtenir du rose furent particulièrement décevants. A l’époque il pratiquait aussi l’élevage des chevaux et il s’était rendu compte qu’en cette matière les résultats tangibles n’apparaissaient guère avant la troisième génération. C’est pourquoi il en a déduit que les lois génétiques applicables aux animaux devaient valoir aussi pour les plantes. Il a donc repris son travail sur les iris à zéro et ses premiers résultats appréciables sont apparus en 1927. Il a poursuivi ses travaux d’amélioration de générations en générations. C’est seulement en 1942, après 17 ans de persévérance et d’acharnement, que sont apparus les premiers iris valables en rose à barbe orange, et l’amélioration a continué : d’ ‘Overture’ (42) à Fashion Fling’ (65) ce sont 23 années de progrès.

On fera la même remarque avec le travail de Joë Gatty. Ce dernier a longuement hybridé les iris roses ; et avec une économie de moyens remarquable. Pour tout l’éventail de ses incomparables variétés il n’a utilisé qu’un nombre restreint de cultivars, parmi lesquels, ‘Liz’ (72), ‘Princess’ (72), frère de semis du précédent, ‘Playgirl’ (77), ‘Bonbon’ (77), et ‘Paradise’ (80). Tous sont proches parents, tous ont été croisés entre eux, jusqu’à obtenir le fameux ‘Coming Up Roses’ (92), qui provient du croisement (Playgirl x Bonbon) X Pink Swan.

De nos jours, on peut aussi regarder ce qu’a fait Joë Ghio avec les iris « rouges » (il en a été question ici il y a peu de temps). Dans ce cas les moyens ont été plus importants et l’opération s’est étalée dans le temps : combien d’années se sont écoulées entre ‘Lady Friend’ et ‘Cover Page’ ? Vingt ans ! Et l’aventure n’est sans doute pas finie. Ghio est un habitué de ces recherches au long cours.

Si Division et Rassemblement, sont deux manières de tourner un discours, il y a à l’évidence une analogie avec les processus d’hybridation. Dans les deux cas on est en présence de façons de s’exprimer et d’obtenir le meilleur.

7.11.08


LES PLUS BELLES PHOTOS D’IRIS

Pour se rafraîchir les yeux, cette magnifique photo d’iris, où la rosée du matin ajoute sa note poétique.
ECHOS DU MONDE DES IRIS

L’iris à 25 centimes (suite)

Pour vendre un rhizome d’iris à 25 centimes et gagner néanmoins sa vie, il faut utiliser des moyens particuliers. D’abord une production de masse ne peut se concevoir qu’avec des variétés relativement anciennes, ne serait-ce que parce que ce n’est pas en une année qu’on produit des dizaines de milliers de rhizomes. Ensuite il faut une terre riche, un climat tempéré frais et des hectares de plantation. Il faut enfin mécaniser au maximum la production pour réduire les frais. C’est ainsi qu’aux Pays-Bas, où l’on commercialise ce genre de production, la préparation du terrain, la multiplication, la transplantation, l’arrachage sont effectués avec d’énormes machines avec une main d’œuvre réduite au minimum. Cette culture de masse s’apparente en fait à celle des poireaux : adieu le côté artistique de l’iris !






MORGAN WOOD MEDAL

La Morgan Wood Medal est l’une des moins connues des récompenses attribuées chaque année par l’American Iris Society. Elle est destinée aux iris de Sibérie. Elle a été créée en 1952 et, à l’époque s’appelait simplement la Morgan Medal. Ce n’est qu’à partir de 1986 qu’elle a pris son nom actuel. Il lui a été donné en l’honneur de deux personnages fort dissemblables, mais tous deux amateurs d’iris de Sibérie.

F. Cleveland Morgan (1881/1962) fait partie de ces personnages extraordinaires qui peuplent le monde des iris. C’est un membre de la grande famille canadienne des Morgan, dont l’aîné, Henry, fut le fondateur de la société Henry Morgan and Co, l’équivalent pour le Canada à la fois des Galeries Lafayette et de la Manufacture de St Etienne. Ce fut à partir de 1845 un grand magasin, connu pour la variété et la qualité des produits proposés, puis à partir de 1891, une entreprise de vente par correspondance dont la renommée s’est répandue dans tout le Canada et où l’on pouvait tout trouver, y compris des automobiles ! La Henry Morgan and Co poursuivit son développement et ouvrit en 1900 une Galerie d’Art. C’est peut-être là, d’ailleurs, qu’il faut voir la vocation de F. Cleveland Morgan, lequel était appelé à devenir une immense personnalité dans le monde de l’art en Amérique du Nord en même temps qu’un des patrons de l’entreprise familiale. Il devint, dès 1917, le Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Montréal, fonction qu’il conserva jusqu’à sa mort ! Son importante fortune lui permit d’acquérir une foule d’œuvres en tous genres et de posséder une collection exceptionnelle dont il fit donation au MBAM. En 1961, le MBAM organisa une exposition de plus de six cents œuvres données par Cleveland Morgan. Son activité de Conservateur et de collectionneur ne l’empêchait pas de s’intéresser vivement aux iris, et tout particulièrement aux iris de Sibérie. Ce fut l’un des pionniers de la culture de cette plante au Canada et aussi l’un des fondateurs de l’AIS ! Il pratiquait l’hybridation et plusieurs de ses obtentions, selon Clarence Mahan à qui j’ai largement emprunté pour la rédaction de cette chronique, se trouvent encore dans les jardins un peu partout dans le monde. Notamment les variétés ‘Caesar’ (Morgan 1930), ‘Caesar’s Brother’ (Morgan 1932) et ‘Tropic Night’ (Morgan 1937). D’ailleurs ‘Caesar’s Brother’ a obtenu la Morgan Medal en 53 et ‘Tropic Night’ en 54.

La vie d’Ira E. Wood (1903/1977) est toute différente. C’était un scientifique qui travaillait à la société de téléphonie Bell. Lui et sa femme s’intéressaient particulièrement aux iris de Sibérie et prenaient une part active à la vie de l’AIS et de la Society for Siberian Irises. Il hybridait un peu les SIB, mais c’était plus par plaisir ou distraction que dans un but professionnel. Ce n’est pas dans ce domaine que Ira E. Wood s’est fait un nom, mais plutôt pour son engagement au service de l’AIS.

La Morgan Wood Medal, et son prédécesseur la Morgan Medal, ont récompensé les meilleurs iris de Sibérie depuis plus de cinquante ans. Un cas particulier : certaines variétés ont été récompensées deux fois ! ‘Butter and Sugar’ (McEwen 76), 1981 et 1986 ; ‘Steve Varner’ (Briscoe 76), 1982 et 1987 ; ‘Pink Haze’ (McGarvey 69 mais introduit seulement en 80), 1983 et 1988. Les trois premières récompenses ont été attribuées au titre de la Morgan Medal qui a eu cours de 1952 à 1984, les trois autres au titre de la nouvelle Morgan Wood Medal. Un certain nombre des iris médaillés se trouvent aujourd’hui dans les catalogues de nos producteurs.

Les iris de Sibérie ne sont pas bien nombreux à être enregistrés chaque année : environ 30. D’où le nombre restreint des obtenteurs titulaires de la médaille. Dans les années 70 ce sont essentiellement William McGarvey et Currier McEwen qui ont été honoré (ce dernier a acquis la célébrité en étant à l’origine du passage des SIB de la diploïdie à la tétraploïdie par traitement à la colchicine). Depuis l’apparition de la Morgan Wood Medal, en 1986, ce sont Robert Hollingworth (7 succès) puis le couple Marty Schafer/Jan Sacks (5 succès) qui trustent les médailles.

Aujourd’hui où la création de jardins d’eau est à la mode, la Morgan Wood Medal va présenter de plus en plus d’intérêt pour guider le choix de ceux qui veulent orner leurs mares de plantes agréables et sans difficultés de culture. Le très sérieux F. Cleveland Morgan ne s’attendait sûrement pas à ce que son nom soit ainsi connu du monde entier pour autre chose que ce qui fit sa gloire : les œuvres d’art qu’il collectionnait avec une passion encore plus grande que celle qu’il accordait aux iris de Sibérie.
Voici la liste des vainqueurs de la Morgan Wood Medal depuis 2000 :
2000 Over in Gloryland (Hollingworth 92)
2001 Strawberry Fair (Hollingworth 92)
2002 Lake Keuka (Borglum 91)
2003 Careless Sally (Schafer/Sacks 96)
2004 Blueberry Fair( Hollingworth 96)
2005 Where Eagles Dare (Helsley 93)
2006 Riverdance (Schafer/Sacks 97)
2007 Ships are Sailing (Schafer/Sacks 98)
2008 Fond Kiss (Schafer/Sacks 99)

31.10.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Un iris pour 25 centimes

On peut rêver d’un iris à 25 centimes. Mais pour en obtenir à ce prix-là, il faut en acheter 20000 d’un coup ! Evidemment cela n’est pas à la dimension de nos jardins !

C’est le prix pratiqué aux Pays-Bas, à l’intention des collectivités, des entreprises paysagistes et des sociétés de vente par catalogue. Il ne faut pas toujours être exigeant sur la variété, mais quelquefois on a la surprise, dans un catalogue VPC, de trouver des variétés assez récentes et originales. Cependant le prix de vente n’est plus de 0.25 € !










IRIS EN UKRAINE





L’Ukraine a fait une entrée remarquée dans le monde des iris lorsque Nina Miroshnichenko a remporté le concours FRANCIRIS© 2007 avec son ‘Solovinyiaya Noch’. Mais elle n’est pas la seule à s’être lancée dans l’hybridation dans ce pays en voie d’émergence. Pour ce qui concerne les grands iris hybrides, au moins deux noms sont apparus ces temps derniers : Aleksandr Trotsky et Igor Khorosh. Madame Miroshnichenko, qui vit à Jitomir près de la Crimée, et cultive les iris depuis de nombreuses années, s’est contentée de pratiquer l’hybridation en amatrice, sans chercher à tirer profit de son hobby. En revanche les deux autres se sont lancés dans le commerce des iris, avec les moyens que la technologie moderne leur propose pour se faire connaître, et en particulier Internet.
Par opposition à la situation des irisariens de Russie, et surtout ceux qui habitent dans la partie nord, les Ukrainiens bénéficient, à proximité de la Mer Noire, d’un climat plutôt méditerranéen, propice aux iris. Ils en profitent, et leurs entreprises ont l’air prospère. A la base il y a des variétés américaines et australiennes, comme partout. En tant qu’hybrideurs, ils les utilisent avec soin et une évidente compétence. De sorte qu’ils peuvent présenter sur leurs sites et dans les forums internationaux des plantes qui ont tout à fait bonne allure. Les fleurs sont jolies, modernes, apparemment en mesure de se confronter aux productions des hybrideurs occidentaux. Mais cet avis n’est basé que sur l’examen de photographies et aurait besoin d’être vérifié sur le terrain. Malheureusement, jusqu’à présent, ces variétés n’ont pas fait leur apparition dans les concours français ou italiens, et conservent donc tout leur mystère. Elles n’apparaissent pas non plus dans les catalogues, nos producteurs restant obnubilés par les variétés américaines ou australiennes.
Aleksandr Trotsky porte un nom qui évoque bien des choses chez les gens de mon âge. Il n’a pas l’air d’en souffrir ! Sa pépinière, qui se trouve à Nikolaev, située à 150 km à l’est d’Odessa, à 50 km de la mer, est constituée de variétés classiques auxquelles s’ajoutent les produits maison. Pour faire sa connaissance, il faut se rendre sur son site Internet, malheureusement celui-ci n’est pour l’instant qu’en ukrainien, ce qui ne facilite pas la compréhension pour un occidental, mais on arrive tout de même à y naviguer suffisamment pour découvrir tout ce qu’il contient et notamment les photos des variétés commercialisées. ‘Rusich’ (2005) et ‘Shatior Sultana’ (2006) sont des exemples de ses dernières obtentions.
Il est plus facile de faire connaissance avec Igor Khorosh puisque son site est accessible en anglais. Cet ancien médecin est installé depuis 1989 à Ternopol, ville située à 400 km à l’ouest de Kiev, une région qui doit être beaucoup plus continentale que celle de Nikolaev. Il s’est lancé dans la culture des iris dès que les variétés occidentales ont pu être importées facilement dans son pays, et a présenté ses premières hybridations en 1999. Peu à peu il s’est perfectionné, utilisant les variétés les plus récentes et les plus réputées, jusqu’à obtenir de nouveaux iris qui, d’apparence, n’ont rien à envier à ceux que proposent les obtenteurs des autres pays. Les photos ci-dessus de ‘Illiuzionist’ (99) et ‘Sertse Okeanu’ (2005) donnent une idée de son travail.

Quand aurons-nous la possibilité de juger sur pièce ? J’espère que ces messieurs auront la bonne idée d’envoyer leurs plantes aux concours internationaux. Mais peut-être pourrions-nous leur passer commande ? Les prix, exprimés en USD, vont de 20 à 30 pour les dernières nouveautés. L’expérience pourrait être tentée. Elle deviendra peut-être une nécessité si l’on veut renouveler nos collections, puisque les importations des USA deviennent de plus en plus problématiques et onéreuses avec les restrictions phytosanitaires imposées à l’heure actuelle.

Chez les iris la mondialisation est vraiment en marche, et ceci est une bonne nouvelle.

24.10.08

ECHOS DU MONDE DES IRIS

Concours FRANCIRIS®2011

Le concours FRANCIRIS®2011 se présente plutôt mieux que les organisateurs le craignaient en raison du boycott des envois en UE de la part de la plupart des obtenteurs américains, du fait des exigences douanières et sanitaires. L’affaire avait pris un mauvais départ avec la non-inscription, au printemps, des hybrideurs de l’hémisphère sud. Mais elle s’est améliorée grâce au dynamisme des Européens. En fin de compte il y aura 112 variétés en compétition, soit 2 de plus que pour le concours de 2007, présentées par 18 hybrideurs, dont 8 Français, 3 Américains, 2 Allemands, 2 Italiens, 1 Canadien, 1 Tchèque et 1 Russe.



CARRÉS ROUGES

Pour ceux qui aiment les casse-tête, les obtentions de Joë Ghio constituent pour la plupart un exercice exceptionnel. L’analyse du pedigree de quelques-unes de ses dernières est particulièrement significative, et je crois qu’il faut avoir le métier de Joë Ghio pour arriver à établir sans erreur ce genre de tableau.

Prenons l’exemple des variétés « rouges » qu’il a introduites ces dernières années. J’en ai relevé huit qui constituent deux remarquables carrés rouges illustrés ci-dessus.

‘Cover Page’ (2001) et ‘Ransom Note’ (2000) sont frères de semis. Leur pedigree est le suivant :
(Battle Royal x ((((Lady Friend x (Flareup x (Capitation x Coffee House))) x Battle Hymn sib) x (Cafe Society x (Cinnamon x (((Malaysia x Carolina Honey) x (Hi-Top x ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering sib))) x (Anointed x San Jose))))) x Heat Pump)) X (Battle Royal x ((((Homecoming Queen x 76-110BB) x Esmeralda sib)) x (( Romantic Mood sib x ((Paris Original sib x ((Princess x (Pink Sleigh x (Opening Round x Champagne Music))) x (Louise Watts x (Ghost Story x Ponderosa)))) x (((Louise Watts sib x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Crystal Dawn) x (Preface sib x Crystal Dawn)))) x Lightning Bolt))).

Quelques variétés un peu plus anciennes se présentent avec une complexité pratiquement semblable :

‘Rogue’ (94) = Caracas X ((((Cream Taffeta x (Ponderosa x New Moon)) x (Ballet in Orange x 73-122Z)) x (Blaze of Fire x 76-37F)) x ((((Flareup x (Hi-Top X ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering))) x 76-37F) x (Preface sib x (Old Flame x Pink Angel))) x (((Malaysia x Carolina Honey) x 73-122Z) x Toastmaster)))

‘Star Quality’ (95) = ((Romantic Mood sib x ((Paris Original sib x ((Princess (Pink Sleigh x (Opening Round x Champagne Music))) x (Louise Watts x (Ghost Story x Ponderosa)))) x (((Louise Watt sib x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Crystal Dawn) x (Preface sib x Crystal Dawn)))) x Lightning Bolt) X ((Caption x (Classico x ((Preface sib x Crystal Dawn) x ((Datebook x (Ponderosa x (Ponderosa x New Moon))) x Actress)))) x Lightning Bolt).

‘Ritual’ (98) = Engaging X ((((Lady Friend x (Flareup x (Capitation x Coffee House))) x Battle Hymn sib) x Court Martial) x ((((Praline x Lady Friend) x ((((Ponderosa x Honey Rae) x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Homecoming Queen) x (Entourage x Homecoming Queen))) x ((((Crème de Crème x Financier) x ((Ballet in Orange x Coffee House) x Cinnamon sib)) x Café Society)))))

Le pompon revient sans doute à ‘Regimen’ (99) : jugez un peu = (((Stratagem x Bygone Era) x (Caracas x (Fortunata x ((((Flareup x 73-122Z) x (Ballet in Orange x 73-122Z)) x (Preface sib x (Old Flame x Pink Angel))) x (((Ponderosa x Honey Rae) x ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon))) x Homecoming Queen) x Orangerie))))) x ((((Lady Friend x (Flareup x (Capitation x Coffee House))) x Battle Hymn sib) x (((Praline x Lady Friend) x 76-181J x (Entourage x Homecoming Queen))) x (((Creme de Creme x Financier) x ((Ballet in Orange x Coffee House) x Cinnamon sib)) x Café Society))) x Quito)) X (Enhancement x ((Romantic Mood sib x (Designer Gown x (78-221U x ((Artiste x Tupelo Honey) x ((Malaysia x Carolina Honey) x (Hi-Top x ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering sib))))))) x Winning Smile)) !

Mais n’oublions pas l’addition de ‘Regimen’ et ‘Ritual’ qui a donné naissance à ‘House Afire’ (2002) ! Quant à ‘Infrared’ (2002), déclaré de « parents inconnus », on peut parier que ces parents, plus perdus qu’inconnus, ne donnent pas davantage dans la simplicité.

Tous ces iris, d’aspect splendide, ont pour caractéristique commune d’être d’un rouge sombre rutilant, parfois imprégné d’un peu de violet. Ils ont évidemment un air de famille et, de fait, on retrouve dans le pedigree de chacun des séquences identiques, par exemple les semis 73-122Z = Hi-Top X ((Ponderosa x Travel On) x Peace Offering) ou 76-181J = (Ponderosa x Honey Rae) X ((((Commentary x Claudia Rene) x Claudia Rene) x Ponderosa) x (Ponderosa x New Moon)). Mais il y en a d’autres comme (Louise Watts x (Ghost Story x Ponderosa)), et vous pouvez vous amuser à en chercher plusieurs. En tout cas, presque chez chacun on trouve quelque part la trace de ‘Lady Friend’ (Ghio 81), que l’on peut qualifier d’ancêtre commun.

Cette variété constitue la base « rouge » des nouveaux iris. Mais pour renforcer le coloris, lui donner plus de profondeur, Ghio a ajouté une foule d’ingrédients en utilisant un panel de fleurs considérable puisqu’il n’y a pas moins de soixante noms de variétés cités dans les pedigrees ! Il y a dans cet ensemble essentiellement des variétés « rouges » (en fait grenat, amarante ou magenta), roses, oranges, et brunes. Dans le première couleur, j’ai relevé les noms de ‘Battle Royal’ (Ghio 94), ‘Battle Hymn’ (Ghio 89), ‘Heat Pump’ (Stevens 81), ‘Paris Original’ (Ghio 81), ‘Lightning Bolt’ (Ghio 93) et ‘Court Martial’ (Ghio 91). Les roses sont représentés par ‘Romantic Mood’ (Ghio 88), ‘Princess’ (Gatty 72), ‘Pink Sleigh’ (Rudolph 70), ‘Claudia Rene’ (Gaulter 63), ‘Preface’ (Ghio 79), ‘Pink Angel’ (Rudolph 73), ‘Caption’ (Ghio 86), ‘Datebook’ (Corlew 72), ‘Entourage’ (Ghio 77), ‘Bygone Era’ (Ghio 90) et ‘Designer Gown’ (Ghio 85). Les « bruns », du jaune miel au brun café, sont ‘Flareup’ (Ghio 78), ‘Cafe Society’ (Ghio 85), ‘Cinnamon’ (Ghio 82), ‘Malaysia’ (Ghio 76), ‘Carolina Honey’ (Powell 72), ‘Hi-Top’ (Knocke 72), ‘Anointed’ (Boushay 75), ‘Toastmaster’ (Ghio 84), ‘Praline’ (Ghio 83), ‘Honey Rae (DeForest 68), ‘Stratagem (Ghio 88) et ‘Tupelo Honey’ (Gaulter 75). Enfin les oranges ont pour nom ‘Homecoming Queen’ (Sexton 78), ‘Esmeralda’ (Ghio 88), ‘Caracas’ (Ghio 95), Ballet in Orange’ (Smith C. 74), ‘Blaze of Fire’ (Christensen 73), ‘Orangerie’ (Keppel 82) et ‘Quito’ (Ghio 93). Ajoutez à cela un peu de jaune, quelques bicolores, mais très peu de mauve – ‘Engaging’ (Ghio 97)- ou de bleu – Actress (Keppel 76) – et encore est-ce plus en raison des barbes rouges que de la couleur générale.

Ces pedigrees si difficiles à déchiffrer ont un gros défaut : les plantes consanguines à ce point sont fragiles et poussent difficilement ailleurs qu’en Californie. Mais ils ont au moins un avantage, celui de permettre de découvrir qu’un grand maître des iris sait merveilleusement jouer avec les couleurs pour obtenir ce qu’il veut.

PS : Verra-t-on en Europe ces iris exceptionnels ? On peut craindre que non puisque actuellement Joë Ghio a renoncé à envoyer des iris vers l’Union Européenne, pour cause de tracasseries douanières et phytosanitaires.

20.10.08

RETARD OU OMMISSION ?

Quoi ? Pas de blog la semaine dernière ?
Retard, oui, mais pas ommission !
Voici la livraison prévue et différée par étourderie !






EN AVANT, CALME ET DROIT

Cette devise de cavalier a été choisie comme titre d’un de ses livres par l’écrivain François Nourissier. Même si les éperons dont il va être question sont plutôt ceux des antiques nefs guerrières que ceux destinés à aiguillonner les chevaux, c’est cette phrase qui m’est venue à l’esprit quand il s’est agi de donner un titre à une nouvelle chronique sur les iris à éperons.

Dans la précédente, publiée ici fin juillet dernier, une certaine confusion avait été notée à propos du rôle des hybrideurs français dans l’historique des iris rostratas. D’ailleurs Lawrence Ransom, puis Jean Peyrard, tous deux artisans des rostratas à la française, m’en ont fait la remarque. Je vais essayer aujourd’hui de faire le point sur la façon dont nos compatriotes ont abordé le sujet.

Le premier Français à s’être intéressé aux iris à éperons semble avoir été, en effet, Jean Peyrard. Son ‘Ostrogoth’ est apparu en 1993. C’est un croisement Sky Hooks x Golden Encore. Avec de petits éperons blancs à l’extrémité des barbes orange, plus apparents sur les fleurs du haut de la tige que sur le reste. En 2000, ‘Messire Benoit’ renouvelle l’expérience. C’est un iris issu de ‘Horned Flare’ (Austin 63), via ‘Flag of Truce’ (Rowlan 86). La même année, l’IB ‘Messire Florian’, avec ses éperons bleus, rappelle son « père » ‘Sky Hooks’.

Lawrence Ransom, de son côté, s’est lancé dans les éperons dès l’enregistrement de ‘Psy’ (94), qui cumule les originalités : c’est un Iris de Table (MTB) et il présente un soupçon d’éperons ! Par la suite c’est surtout sur ses SDB que les éperons apparaissent, plus ou moins volumineux, notamment grâce à l’apport d’un semis de J. Peyrard, (Planet Iris X I. pumila) qui a transmis à ses descendants les appendices qu’il a lui-même reçus de ‘Spooned Blaze’ (Austin 64). Quant au TB ‘Jet-Setter’ (2004), il fait partie de la lignée lancée par Monty Byers, par ‘Rockstar’ (Byers 91).

Dans la famille Anfosso, à Hyères, il faut choisir la fille, Laure, pour ouvrir une autre page de l’histoire qui nous intéresse aujourd’hui. Car elle a enregistré, entre 90 et 94, quatre variétés à éperons, issues de ‘Sky Hooks’ : ‘Luciole’ (90), ‘Antigua Soleil’ (90), ‘Flûte Enchantée’ (91) puis ‘Papillon d’Automne’ (94).

Pour respecter la chronologie, c’est mon ami Bernard Laporte qui s’est ensuite lancé dans cette expérience, avec la passion qu’on lui connaît. Il a enregistré au moins cinq variétés à éperons, dont ‘Messire Lancelot’ (2004), qui est un bel exemple de son travail, mais qui descend de ‘Snow Spoon’ (Hager 82) alors que les autres proviennent de ‘Sky Hooks’.

D’autres hybrideurs français ont suivi le chemin : Christian Lanthelme, Michèle Bersillon, puis, plus récemment, Jean-Claude Jacob ou Linda Vasquez-Poupin. Luc Bourdillon est également sur les rangs, mais ses obtentions n’ont pas été enregistrées, ce qui est bien dommage.

Quant à Richard Cayeux, longtemps hésitant, il s’est mis lui aussi aux rostratas avec, à l’heure actuelle, au moins cinq réalisations enregistrées, toutes descendantes de ‘Conjuration’, via un croisement exceptionnel : Chevalier de Malte X Conjuration.

J’espère n’avoir oublié personne dans ce tableau. Car les hybrideurs français n’hésitent plus à faire enregistrer leurs cultivars et le nombre des nouveautés peu laisser la place à une omission. En tout cas, comme on dit d’habitude, si oubli il y a, il serait tout à fait involontaire !

En avant, les obtenteurs français y vont, calme et droit, aussi, car ils ont compris l’intérêt des ces iris, et les réticences constatées il y a vingt ans sont maintenant dépassées.

10.10.08

SÉNÈQUE … ET LES HYBRIDEURS

Au premier paragraphe de « La Vie Heureuse », Sénèque, le philosophe stoïcien du premier siècle, écrit : « Il faut donc établir d’abord ce que nous devons rechercher ; puis il faut examiner en détail comment nous pouvons l’atteindre le plus rapidement, avec le souci de comprendre une fois que nous serons en chemin, si, du moins, c’est le bon, combien chaque jours nous abattons de besogne et dans quelle mesure nous sommes plus près de ce vers quoi nous pousse un désir naturel. »

Je réfléchissais à cette phrase et je me disais qu’elle est exactement la description de ce que doit être l’attitude de l’hybrideur (d’iris ou de toute autre plante) dans son travail de recherche. Un but, s’y tenir, et chercher à l’atteindre le plus rapidement possible et avec les meilleurs moyens. Prendre aussi un peu de temps pour faire le point sur l’avancement de la recherche et s’assurer que la route suivie est la bonne.

Parce que ce qui s’applique au comportement de tout être humain en quête du bien s’applique évidemment à l’hybrideur à la recherche de l’iris parfait.










MTB : DE PLUS EN PLUS DE SUCCÈS

En américain on dit MTB, qui signifie Miniature Tall Bearded. En français on traduit soit par Grand Iris Miniature (ce qui est plutôt antinomique) ou Iris de Table. On considère que ces iris sont issus principalement d’I. variegata et d’espèces assez voisines, notamment I. rudskyi.

On ne s’attardera pas sur I. variegata, ce petit iris jaune clair et violacé, aux sépales fortement striés qui, par ailleurs, a servi de point de départ à plusieurs autres groupes ou modèles d’iris hybrides. Mais on peut dire un mot de I. rudskyi Horvat 1947.

Certains s’interrogent à son sujet : s’agit-il vraiment d’une nouvelle espèce ou plutôt d’une sous-espèce de I. variegata ? Voici ce que Claire Austin, dans son livre « Irises, a Gardener’s Encyclopedia », écrit à son sujet : « Cette espèce est semblable à I. variegata mais a des fleurs d’un coloris plus soutenu. Les pétales sont caramel et, à bien y regarder, marqués d’un ton plus sombre. Les sépales blancs, très étroits, sont richement veinés de pourpre. Les barbes, plutôt petites, sont blanc pointé de jaune vers l’arrière. Hauteur : 30 cm. » La photo ci-dessus confirme cette description.

Le cocktail MTB contient aussi, selon « The World of Irises », quelques autres espèces :
Iris cengialtii, petit iris diploïde (45cm), bleu à barbes blanches, souvent considéré comme une sous-espèce de Iris pallida ;
Iris illirica, très voisin du précédent, originaire de la côte dalmate ;
Iris perrieri, voisin d’Iris aphylla, mais diploïde, d’un bleu profond, que l’on trouve encore dans les Alpes, dont la description a été faite par Marc Simonet en 1935 ;
Iris reginae, petit iris plicata, voisin de Iris variegata dont il est souvent considéré comme une sous-espèce.
Mais, avec le temps, d’autres espèces ont été ajoutées.

Ces iris ont donné naissance à des hybrides somme toute discrets mais qui ne manquent cependant pas d’intérêt pour les collectionneurs comme pour les fleuristes.

Bien qu’ils soient apparus très tôt dans l’histoire des iris, il fallut attendre les années 50 pour que soient définis leurs traits spécifiques. On parlait déjà d’iris de table dans les années 30, mais la désignation MTB n’est apparue qu’avec la définition du groupe. Ce sont Mary Williamson, au début, puis Alice White, dans les années 50, qui ont misé sur les iris de table, en faisant valoir leur intérêt décoratif tant pour le jardin que pour la fleur coupée. C’est d’ailleurs pourquoi la médaille catégorielle qui est dédiée aux MTB se nomme la Williamson-White Medal.

Ils se présentent avec des tiges fines et flexueuses, atteignant au maximum 70cm de haut (le mieux est de s’en tenir aux alentours de 55cm), portant des fleurs gracieuses ne dépassant pas 15cm de large, et fleurissant en même temps que les grands iris. Beaucoup moins spectaculaires que ces derniers, ils ont longtemps été un peu dédaignés par les hybrideurs. Mais depuis quelques années ils connaissent un regain d’intérêt sensible, surtout depuis qu’ils ne sont plus simplement diploïdes. En effet on trouve de plus en plus de tétraploïdes, plus riches en coloris et plus ondulés ou frisés, obtenus par l’apport de gènes d’iris de bordure (BB). En particulier aux USA, parce qu’en Europe, on n’en voit pas encore beaucoup. Cependant leur vigueur, leurs faibles besoins en surface de jardin, qui autorise leur culture sur un balcon, une terrasse ou une rocaille devrait leur valoir d’apparaître enfin dans les catalogues.

Dans la catégorie des MTB on trouve désormais toutes les couleurs et associations qui existent chez les grands barbus (TB) sur de mignonnes petites fleurs, qui s’épanouissent en grand nombre sur des touffes qui prennent vite de l’importance.

Cette année, la Williamson-White Medal est revenue à ‘Maslon’ (D. Spoon 2002), variegata classique, devant ‘Somewhat Quirky’ (R. Probst 97) amoena bleu tendre, et ‘Yellow Flirt’ (K. Fischer 97), jaune vif à barbes mandarine. Ce dernier obtenteur est accoutumé des récompenses : ses iris ont remporté déjà six fois la Williamson-White Medal ! Par ailleurs ‘Dividing Line’ (Bunnell 2005), amoena violet joli et original, s’est classé troisième pour la Ben Hager Cup.

Les MTB ne semblent guère inspirer les Européens. D’après Lawrence Ransom : « En Grande-Bretagne, à ma connaissance, Olga Wells est la seule personne / hybrideur qui s’est intéressée aux MTB. En France, Jean Peyrard a enregistré ‘Petite Celia’ (2005) ». On ne trouve qu’une autre variété française qualifiée de MTB. Il s’agit de ‘Psy’ (Ransom 94) qui présente la particularité d’être l’enfant d’un couple russo-britannique, puisque sa « mère » est I. astrachanica (une espèce rare, seulement décrite en 1961 par Rodionenko, qui est voisine de I. scariosa c’est à dire un petit iris barbu, proche de I. pumila, de couleur variable mais le plus souvent jaune) et son « père » le MTB ‘Welch’s Reward’ (Welch 87).

Selon L. Ransom, qui en a eu jusqu’à 22 variétés à la vente, les MTB « sont très rapidement suffoqués par les mauvaises herbes, contrairement aux SDB, IB et TB qui eux peuvent survivre même quand très envahis sur quelques années ». C’est peut-être là une des raisons de l’indifférence constatée à leur sujet, alliée au fait que, peu connus, ils ne présentent pas pour l’instant de véritable intérêt commercial. Les Américains règnent donc pratiquement sans partage en ce domaine.

NB : Aux Pays-Bas, le franco-hollandais Loïc Tasquier se fait le champion de ce qu’il faut bien appeler une nouvelle catégorie d’iris qui a été créée par Paul Black. Les fleurs sont petites mais très nombreuses grâce à la multiplicité des tiges florales. Issus de grands iris classiques, d’iris de table (MTB) et de l’espèce I. aphylla, ils allient les traits particuliers de chacun de ces géniteurs pour donner quelque chose de nouveau qui présente des qualités intéressantes pour le jardin et qui pourraient avoir plus de succès que les véritables MTB.

4.10.08
















SALADE LOUISIANAISE

Dans le bulletin n° 350 (July 2008) de l’AIS, j’ai trouvé un article signé Robert Treadway (vice-président de l’AIS pour l’Arkansas) qui fait le point sur les origines des iris de Louisiane. Le présent article est largement inspiré de ce texte.

En matière d’iris, la salade louisianaise se compose de cinq ingrédients :
I. I. hexagona – Walter 1788
II. I. fulva – Ker-Gawler 1812
III. I. giganticaerulea – Small 1929
IV. I. brevicaulis- Rafinesque 1817
V. I. nelsonii – Randolf 1966
Ils constituent la série HEXAGONAE de la section Limniris, du genre IRIS selon la classification Rodionenko.

Ils sont classés ci-dessus dans l’ordre de leur découverte en milieu naturel.

Iris hexagona, a été décrit par Walter dès 1788. Il présente des fleurs allant du bleu pâle au rose, voire pourpre, rarement blanches. Les sépales retombants s’étalent largement. A noter, le signal jaune, très visible. Les pétales, redressés, sont plus petits et plus étroits que les sépales. Les fleurs s’élèvent au-dessus du feuillage, persistant. Les touffes deviennent rapidement volumineuses. Elles poussent dans les prairies humides ou les marécages, spécialement en Louisiane, mais aussi dans tout le sud des USA, remontant vers le nord le long des cours d’eau. C’est la plante emblématique du Sud, c’est pourquoi cet iris est surnommé « Dixie Iris ».

Iris fulva a été décrit en 1812. Avec ses délicates fleurs d’un brun-rouge cuivré, rarement jaunes, c’est lui aussi une espèce originaire du sud des Etats-Unis que l’on trouve dans les parties humides, tout du long de la vallée du Mississipi et de ses affluents jusqu’aux portes de Chicago, dans l’Illinois. Ses larges sépales arqués vers le bas, sont marqués d’un signal jaune, tandis que ses pétales, également incurvés, sont un peu plus étroits que les sépales. Il n’y a guère plus de deux fleurs par tige. Elles s’élèvent au-dessus d’un feuillage falciforme qui provient de touffes généralement volumineuses.

Iris brevicaulis est plus discret, mais il pousse dans une aire très vaste allant du Golfe de Mexique à la frontière du Canada. On le surnomme « Zigzag iris » en raison de ses tiges qui ne se dressent pas mais se courbent à 45° pour laisser de l’espace aux fleurs qui naissent à chaque aisselle. Il se distingue des autres iris de la série par des sortes de fausses barbes jaunes sur les sépales. C’est l’espèce naine des HEXAGONAE : il ne dépasse pas 50cm de haut. Dans la description des fleurs qu’il en donne dans le n° 132 d’Iris & Bulbeuses, Jean Louis Latil écrit : « largement ouvertes, à pétales étalés et sépales retombant, diamètre 6 - 10 cm, de couleur variable allant du bleu-pourpre au bleu-violet pâle. Les fleurs sont généralement à l'intérieur du feuillage. »

Iris giganticaerulea, comme son nom le laisse à penser, est le plus grand des iris de Louisiane. C’est aussi l’espèce la plus commune. Il peut dépasser 1 mètre de hauteur et les feuilles elles-mêmes atteignent plus de 90cm de longueur. Il se trouve en abondance le long du Golfe du Mexique, tout autour de New Orleans. Même si chaque tige ne porte qu’une ou deux fleurs, il arrive à former une vaste étendue bleue là où il s’étale, dans un milieu humide et dans un climat doux. Ses larges sépales, ses pétales dressés vers le ciel, en font une des merveilles des bayous de Louisiane.


Iris nelsonii est la dernière espèce à avoir été découverte, dans le marais de la paroisse (c’est ainsi qu’en Louisiane on appelle ce qui ailleurs aux USA est dénommé un comté) de Vermilion, près de la petite ville d’Abbeville (d’où le surnom de « rouge d’Abbeville »). Mais s’agit-il vraiment d’une espèce ? Beaucoup pensent qu’il s’agit d’un ménage à trois entre I. fulva, I. brevicaulis, et I. giganticaerulea. Peut-être un hybride, donc, mais un hybride stabilisé à qui on peut attribuer le statut d’espèce. C’est L.E. Randolph, qui en a fait la description précise en 1966, et l’a baptisée du nom de Iris nelsonii, en hommage à Ira S. Nelson, un universitaire qui, à partir de 1941, a développé l’hybridation des iris de Louisiane. Il constitue de vigoureuses touffes d’un feuillage étroit, très vert, couronné au moment de la floraison par de jolies fleurs dans les tons de rouge vineux.

La recette de la salade louisianaise s’est élaborée à partir des quatre premières espèces, la cinquième est venue plus tard l’enrichir et lui apporter le coloris rouge qui n’existait pas au début. Peu à peu s’est constituée la catégorie des iris hybrides de Louisiane, ou Louisianas, qui est devenue la plus populaire et la plus riche après celle des grands iris (TB). C’est même la catégorie majoritaire en Australie. C’est une belle aventure qui mérite d’être contée, mais, comme dit Rudyard Kipling, « ceci est une autre histoire ».