3.2.06


LA LIGNE JAUNE

Quand on constate la quantité de grands iris jaunes qui sont aujourd’hui proposés, on est loin de se douter que cette couleur fut l’une des plus difficiles à obtenir, au moment où les iris sont passés de la diploïdie à la tétraploïdie. D’ailleurs, même auparavant, les iris jaunes n’étaient ni nombreux ni très réussis.

On pense que la couleur jaune a été atteinte par l’union du bicolore I. variegata et du classique I. germanica. Cela résulte de ce que les premiers jaunes présentaient sur les sépales des veines violacées que des années et des années de sélection ont réussi peu à peu à faire disparaître. Ce n’est que dans les années 20 que l’on a vu venir des iris vraiment jaunes, grâce à …Grace Sturtevant ! Cette grande dame des iris à enregistré SHEKINAH (1918), puis GOLD IMPERIAL (1924) dont on peut dire qu’ils furent les premier jaunes de valeur.

Ce n’est qu’en 1926 qu’un jaune tétraploïde valable est apparu. Il s’agit de W. R. DYKES (1926), du nom de célèbre obtenteur et exégète des iris.

Il y a tout un tas d’anecdotes curieuses qui ont marqué l’histoire des iris et celle des origines de W.R. DYKES en fait partie. On n’est pas sûr du tout du nom de ses parents. La légende veut que ceux-ci soient le jaune pâle MOONLIGHT et le brun-roux PEERLESS, mais on parle aussi d’un ancêtre nain qui serait à l’origine de la taille réduite de W.R. DYKES. Aujourd’hui on ne dirait pas de cet iris qu’il est jaune. Certes la couleur de fond, et notamment celle des pétales est d’un jaune doré, mais les sépales sont vivement veinés de violet. Quoi qu’il en soit, cette variété, ainsi que MOONLIGHT, se situent au point de départ de cette ligne jaune que de nombreux obtenteurs ont suivie. W.R. DYKES est l’ancêtre des plus intéressants iris jaunes qui ont constitué la panel de base des jaunes modernes. Ainsi en est-il de YELLOW JEWEL (K. Smith) et de GOLDEN MAJESTY (Salbach) (voir photo), mais aussi de GOLDEN TREASURE (Schreiner) et de MING YELLOW (Glutzbeck). Nous sommes alors dans les années 30.

Il faut remercier Sydney Mitchell, toujours dans les années 30, d’avoir imaginé d’obtenir du jaune par un autre chemin. Il a tenté d’améliorer la pureté de cette couleur et alliant une variété d’un ton de bronze et une variété blanche ou vice-versa. Il a essayé et après une grande quantité de semis plus ou moins intéressants il a obtenu ce qu’il cherchait : du jaune vraiment jaune. C’est le cas de CALIFORNIA GOLD (1933) et de HAPPY DAYS (38), qui est considéré comme l’aboutissement d’un long voyage. A partir de là, la ligne jaune était tracée.

Dans les années 40, le jaune devint la couleur à la mode, et trois variétés jaunes ont obtenu la Médaille de Dykes. SPUN GOLD (Gutzbeck 40) l’a eue en 44. En 48 ce fut le tour de OLA KALA (Sass 42), une variété qui a fait le tour du monde après un succès phénoménal aux Etats-Unis, puis vint en 53 celui de TRULY YOURS (Fay 49). Mais, de la même génération, il ne faut pas oublier STARSHINE (Wills 49) Cet iris connut immédiatement la gloire même s’il n’est pas ce qu’on appelle aujourd’hui un iris jaune, mais plutôt un crème, plus doré aux épaules. En fait, ce qui fit son succès fut aussi la perfection de sa forme.

Pour améliorer encore l’éclat du jaune, les hybrideurs ont eu l’idée d’ajouter au cocktail une pointe d’orange qui a eu pour résultat de colorer plus vivement les barbes et donc de mettre mieux en valeur le jaune de la fleur. Les jaunes des années 50 ont pris en compte cette avancée. Prenez, par exemple, SOLID GOLD (Kleinsorge 51) : le jaune est éclatant, grâce en particulier aux grosses barbes safran. Cependant les jaunes de l’ancienne lignée n’ont pas dit leur dernier mot et GOLDEN SUNSHINE (Schreiner 52), jaune citron, exceptionnel, en est la démonstration.

Cependant un autre événement a marqué les années 50 : l’apparition de jaunes à l’occasion de croisements destinés à obtenir des iris roses. Par dessus le marché, ces iris jaunes-là se sont révélés beaucoup plus brillants et frisés que les jaunes traditionnels. Les meilleurs exemples de cette nouvelle lignée se nomment LIMELIGHT (Hall 52), parmi les iris jaunes à barbes assortie et TECHNY CHIMES (Reckamp 55), le tout premier jaune à barbes mandarine.

On atteint les années 60 et il devient impossible de parler de tous les excellents jaunes qui apparaissent, qu’ils soient issus de la ligne traditionnelle ou de la ligne des roses. Il y en a dans toutes les teintes possible : jaune crémeux, comme SOUTHERN COMFORT (Hinckle 65), jaune tilleul comme FLUTED LIME (Noyd 66), jaune acide comme le fameux NEW MOON (Sexton 68) qui obtiendra la D.M. en 73, jaune citron comme LIME FIZZ (Schreiner 69), descendant de TRULY YOURS, jaune d’or comme SUN MIRACLE (Schreiner 67), descendant de GOLDEN SUNSHINE, jaune profond comme RAINBOW GOLD (Plough 59), très recherché par les hybrideurs, ou même vieil or comme WEST COAST (Knopf 68).

Il n’y aura plus de révolution dans les jaunes avant, peut-être, le développement des éperons, dans les années 80, mai entre temps de fort belles choses sont venues sur le marché. Mais les énumérer, même en se limitant aux meilleurs, alourdirait inutilement cette chronique destinée à expliquer l’avènement des iris jaunes. Après des débuts difficiles, dès le début des années 70, le jaune est devenu une couleur de base des iris modernes, et même sûrement, après le rose, la couleur la plus fréquente et la plus appréciée, hors du bleu ou du violet.
LES LEÇONS D’IRIS DANS UN PARC
Un parcours initiatique dans des jardins imaginaires

Troisième leçon : les iris de Californie

A Madère, dans les hauteurs de Funchal, la capitale, de superbes propriétés aristocratiques, les « quintas », dissimulent derrière leurs hauts murs des demeures cossues et des parcs idylliques. Ici, la maison est accotée à une vaste terrasse qui sert de potager. Au fond et en surplomb coule sous les frondaisons la « levada » qui alimente en eau la quinta. Sur le côté des arbres énormes étendent leurs longues branches robustes jusqu’à la maison qu’ils abritent du soleil. Les fenêtres sont largement ouvertes. A l’étage, un enfant répète sa leçon de piano. Les notes maladroites s’égrènent dans le vent léger et s’écoulent vers le parc qui descend par pallier successifs. Devant, c’est l’océan, le port de Funchal, à l’abri de sa jetée ; à gauche les collines de Monte ; à droite le ravin de la riveira Joao Gomes qui plonge vers la mer et entraîne le flot de la circulation automobile que l’on entend à peine. Une dame âgée, appuyée sur sa canne d’ébène et d’ivoire, et accompagnée d’un homme plus jeune qui lui tient aimablement le bras, descend à petits pas l’allée sablée. Elle se dirige vers un large massif où poussent de petites plantes touffues au feuillage aigu et aux fleurs vivement colorées.

LA VIEILLE DAME : « J’ai toujours adoré les iris. Pendant la dictature de Salazar, nous étions réfugiés en France, comme vous le savez. Nous habitions St Cloud, pas très loin de chez la Princesse Wolkonsky, et, à la saison, j’allais tous les ans passer de longs moments à Bagatelle, au milieu des iris. Je me disais que si un jour je revenais à Madère, j’essaierais d’en faire pousser dans le jardin. Mais les grands iris que j’ai fait venir d’Amérique n’ont rien donné. Je n’avais pas compris qu’il leur fallait une période de froid pour relancer leur végétation, et ici ! … Alors j’ai pensé aux iris de Californie. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Et apparemment vous avez bien fait ! »
LA VIEILLE DAME : « Ce sont des plantes qui s’adaptent un peu partout. Il paraît qu’on en trouve même dans des pays où les hivers sont froids. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Oui, les Américains ont réussi à en faire pousser dans l’Oklahoma, et on en trouve en Suisse ! Les nouveaux hybrides ont fait beaucoup de progrès en matière de résistance au froid. »
LA VIEILLE DAME : « Ici, ils n’ont pas ce problème. Il n’y a pas d’hiver à proprement parler, mais je les fais arroser pendant les mois qui correspondent à l’hiver en Californie, et ils profitent de chaleur et sécheresse le reste de l’année »
L’AMATEUR D’IRIS : «Vous savez que les hybrides comme ceux que vous cultivez proviennent essentiellement de croisements entre quatre espèces botaniques ? »
LA VIEILLE DAME : « Oui, I. douglasiana, d’abord, c’est lui qui a donné à nos plantes leur taille de 35 à 40cm et leur relative rusticité. Il y a aussi I.innominata qui, lui, a apporté le choix des couleurs et une longue période de floraison. I. munzii, a transmis les ondulations des pétales et sa couleur bleue. Quant à I. tenax, il a renforcé toutes ces caractéristiques, surtout, d’ailleurs, la résistance sous les climats les moins cléments. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Je vois que vous avez bien étudié la question ! Vous êtes incollable sur les iris de Californie ! Que pouvez-vous dire encore, à leur sujet ? »
LA VIEILLE DAME : « Qu’ils sont bien délicats à transplanter ! Pourtant leurs rhizomes durs et ligneux et leurs grosses racines charnues laissent à penser qu’ils doivent être robustes. Mais j’ai eu beaucoup d’échecs. Il faut que les nouvelles racines, celles qui sont blanches, soient bien formées, et que les plantes aient été maintenues bien humides pendant toute la période entre l’arrachage et la replantation. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Ces difficultés n’empêchent pas les échanges entre les Etats-Unis et l’Australie. Ces deux pays se partagent le domaine de l’hybridation de ces iris. Je crois même qu’au tout début, ce sont les Australiens qui ont réussi les plus beaux hybrides. Ce n’est que dans les années 60 qu’ils se sont vraiment développés et on peut dire que leur véritable popularité ne date que des années 80. »
LA VIEILLE DAME : « Ce que j’aime particulièrement, c’est la forme des fleurs. C’est presque la même que celle des iris de Sibérie, qui est particulièrement gracieuse. Les iris de Californie ont les mêmes sépales larges et vivement colorés, et les mêmes pétales dressés. Mais en plus, ils ont un choix bien plus large de couleurs. Regardez, ce n’est pas le bleu qui domine. Il y a du pourpre, du rose, du jaune, du blanc, de l’orange, du bronze, du grenat… Il y a des variétés bi et même tricolores, des veines colorées sur fond clair… »
L’AMATEUR D’IRIS : « Je regrette un peu qu’ils ne soient pas plus grands. On voit en fait les fleurs par le dessus, ce qui les fait paraître toutes plates : il faut s’accroupir pour apprécier leur relief. »
LA VIEILLE DAME : « C’est tout à fait comme les iris nains standards. Mais on en apprécie que mieux le jeu des couleurs, avec les veines et l’éclat du signal. »
L’AMATEUR D’IRIS : « D’où proviennent les iris qui sont sous nos yeux ? »
LA VIEILLE DAME : « Essentiellement de chez Joë Ghio, en Californie. C’est le meilleur hybrideur de ces plantes-là. Il est enregistre chaque année de nouvelles variétés, et je me fais à chaque fois de nouvelles envies. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Ce qui est amusant, c’est qu’il ne les appelle pas iris de Californie, mais « pacificas » ! Cela date du tout début de l’hybridation. A cette époque on parlait d’iris « Pacific Coast », et il a conservé cette appellation. »
LA VIEILLE DAME : « J’aime bien aussi ce que font Lois Belardi, Vernon Wood ou John Weiler. Il y a des variétés de tous ces gens-là dans ma collection. Venez, que je vous montre cela en détail… »

Appuyée sur l’épaule de son accompagnateur, la vieille dame a repris sa marche. Elle descend lentement la large allée. Une douce chaleur parfumée s’élève des massifs de fleurs de toutes sortes. Il n’y a nulle agitation, nulle ardeur. Sur la mer, au loin, un gros navire de croisière s’approche. Mais dans ce paradis, on se sent protégé du monde extérieur dont l’existence n’est perceptible qu’à travers la légère rumeur qui monte de la ville. Tout est calme et volupté…
RÉCRÉATION

Tous les rêves ne sont pas américains. Lequel de la liste ci-dessous ne l’est pas ?
DREAM AFFAIR
DREAM LORD
DREAM MACHINE
DREAM TIME
DREAM WORLD
RÉCRÉATION ( réponses)

La variété originaire d’Italie est
DOLCE ACQUA (Bianco 2004)

27.1.06


UN BEAU LIVRE

Je viens d’acheter – via Amazon.fr – un beau livre qui s’appelle « IRISES, a gardener’s encyclopedia ». Il est signé de Claire Austin (la fille du célèbre rosiériste David Austin). Elle, elle se passionne pour les iris et a déjà publié un autre livre « Irises, the classic bearded varieties ». Le nouveau est une extension du premier : il fait la part belle aux iris barbus, mais développe aussi plusieurs chapitres consacrés aux iris sans barbes. C’est bien une encyclopédie en ceci qu’il fait vraiment le tour de la question, il est amplement et superbement illustré, mais je trouve qu’il manque un peu d’originalité. Le plan est ultra classique : chaque chapitre débute par une partie historique, puis il traite un peu de botanique, enfin il aborde la description d’un grand nombre de variétés (celles dont on nous propose la photo). C’est un peu la même chose que le livre de Graeme Grosvenor, sans plus de fantaisie graphique. Les dingues d’iris et les blasés, comme je puis être, resteront sans doute sur leur faim, mais il faut néanmoins reconnaître la qualité générale de l’impression et du choix iconographique, ainsi que la volonté d’être exhaustif sans être pédant ou lassant.

En résumé, un ouvrage intéressant, rédigé dans un anglais impeccable, pour qui veut parfaire sa connaissance des iris et accroître sa collection de jolies photos.

IRISES a gardener’s encyclopedia, by Claire Austin. Timber Press, 2005.
POUR LES DÉBUTANTS
Seconde partie


Quand on se lance dans la culture des iris, bien des questions viennent à se poser. Celles concernant la plantation et les soins ont fait l’objet d’une première partie. Cette fois c’est la physiologie des iris qui est abordée. Une personne fort qualifiée, Lawrence Ransom, avait, il y a une quinzaine d’année, publié dans Iris & Bulbeuses une analyse dont s’inspirent les réponses d’aujourd’hui.

Quel est le cycle de vie d’un iris ?
Lawrence Ransom considère que l’iris est une plante bisannuelle dont le rhizome ne fleurit qu’une fois, dans sa deuxième année. Il arrive parfois que, par manque de maturité le rhizome ne fleurisse pas dans cette deuxième année ; s’il se trouve , par exemple, dans une situation insuffisamment ensoleillée, il fleurira peut-être l’année suivante. En fait, la nouvelle pousse d’un iris existe à l’intérieur même du rhizome, à l’endroit appelé le pôle apical, d’où naissent le feuillage, la hampe et les pièces florales, et tout cela s’est formé dès la début de l’été de la première année.

A quel moment s’effectue la croissance ?
Il y a deux périodes de croissance. La première a lieu tout de suite après la floraison. Elle n’est pas apparente car tout se passe dans le sol. De nouvelles racines se forment sur les jeunes rhizomes, soit de chaque côté de l’extrémité du rhizome qui vient de fleurir, soit ailleurs sur la partie ancienne. Ces jeunes rhizomes s’allongent, accumulant leurs réserves pour la végétation et la floraison de la deuxième année. Puis vient la période de dormance. Au cours de l’été, période normale de chaleur et de sécheresse, l’iris est en semi-repos, sauf pour les variétés remontantes qui vont refleurir très hâtivement sur les jeunes rhizomes. Avec le retour des pluies la plante reprend son activité. C’est cette période de repos qui est mise à profit pour dédoubler et transplanter les iris. Il importe donc de ne pas effectuer ces transplantations trop tôt, car cela interromprait la première période de croissance, ni trop tard, parce que la végétation aurait repris et serait interrompue de façon intempestive. Pendant la deuxième période de croissance, en automne, donc, d’autres nouvelles racines sortent des rhizomes, ou sous les bourgeons latéraux situés sur les parties les plus anciennes. La terre humide et encore chaude à cette époque de l’année, est très propice à ces développements.

Que se passe-t-il pendant l’été ?
Tout au cours de l’été les feuilles les plus vieilles, celles de l’extérieur, se sont flétries. Petit à petit, tandis que l’hiver approche, tout ou seulement une partie du feuillage va mourir, sauf dans les régions au climat plus doux ou dans le cas d’iris présentant un pouvoir génétique remontant. Sur un très grand nombre d’iris, il est tout à fait possible de ne voir que deux ou trois centimètres de verdure pendant l’hiver, ou moins encore si le rhizome est un peu enterré ; c’est un caractère hérité de Iris aphylla, l’une des espèces qui constituent le cocktail des hybrides modernes. L’iris est de nouveau en repos, en attendant le retour du printemps. A partir de fin février ou début mars, la végétation redémarre avec la formation continue des nouvelles feuilles. Cette croissance est très rapide puisqu’elle ne dure qu’environ deux mois. La terre étant froide à cette époque, il y a peu d’activité au niveau des racines. La plante se nourrit essentiellement des réserves accumulées dans le rhizome l’année précédente.

A quels signes peut-on apprécier si un iris va ou non fleurir ?
Il faut examiner les nouvelles pousses. Tout marche par trois chez les iris. Un rhizome qui va fleurir présente trois bouquets de pousses : les bouquets latéraux vont développer des feuilles, indispensables à l’oxygénation de la plante et à la transformation chlorophyllienne. Le bouquet central, qui se dresse verticalement, est celui d’où va partir la tige florale. Si un rhizome ne présente pas ces trois bouquets il ne fleurira normalement pas.

Les iris craignent-t-ils le gel ?
L’iris a besoin d’une période de froid pour entreprendre sa pousse printanière. Il ne craint pas le gel, du moins dans nos contrées où la température hivernale reste malgré tout raisonnable. Mais si un froid intense s’installe, et surtout si la neige n’est pas venue recouvrir les plantes d’une couche protectrice, le gel détruira les rhizomes. C’est un accident assez fréquent dans les pays au climat continental (Europe Centrale, Pologne, Russie, Etats de Centre des Etats-Unis). Une protection des rhizomes est alors fortement recommandée. Chez nous, plus redoutable est le gel de printemps. Lawrence Ransom précise que si une forte gelée tardive vient à détruire l’ébauche de la hampe florale, la floraison de ce rhizome sera terminée, c’est pourquoi les variétés hâtives sont plus vulnérables que les autres. Il arrive néanmoins qu’il n’y ait, dans un rhizome, plusieurs ébauches de hampe. Cela est commun dans un grand nombre de variétés. Les nains miniatures et lilliput, et certains intermédiaires, font souvent trois tiges florales par rhizome, certains grands iris aussi (le rose BEVERLY SILLS par exemple), ce qui corrige le nombre peu élevé de boutons sur chaque hampe. Mais il est fort probable qu’un coup de gel aura détruit toutes les hampes en formation.
RÉCRÉATION

Il ne suffit pas de porter un nom italien pour être italien. Dans la liste ci-dessous, il n’y a qu’une variété italienne. Laquelle ?

CON AMORE
CON FUOCO
DA CAPO
DOLCE ACQUA
GLITTERATI
RÉCRÉATION ( réponses)

Voici les nationalités des cinq variétés :

A L’ORANGE (Gartman – USA)
CARTE BLANCHE (Schreiner – USA)
CHAPEAU (Babson – USA)
LA DENTELLE (Muska – Slovaquie)
SENSUELLE (Ransom – France)

20.1.06


LA THÉORIE DE CHAPMAN

Il y a joliment longtemps qu’on connaît les iris glaciatas, qui, selon Keith Keppel, seraient des iris plicatas chez qui les pigments anthocyaniques (bleus ou violets) seraient totalement inhibés, ce qui laisserait apparaître dans toute sa pureté le fond blanc ou coloré par les pigments caroténoïdes (jaunes ou roses). Quand ce travail de purification n’est pas complètement achevé, on serait en présence du modèle luminata, où les pigments anthocyaniques ont été chassés de la partie supérieure et des alentours des veines situées près de la barbe. L’hybrideur canadien Chuck Chapman a émis l’hypothèse que la pureté idéale représentée par le modèle glaciata pourrait être encore plus dégradée que dans le cas des luminatas qui constitueraient un premier degré de dégradation. A un second degré, seule une zone franchement blanche, sous les barbes, serait nettoyée des pigments anthocyaniques. Au troisième degré, il n’y aurait plus que les barbes à être franchement blanches. Enfin, lorsque l’inhibition est totalement absente, on serait en présence d’une fleur parfaitement envahie par les pigments anthocyaniques et donc d’un bleu, d’un violet ou d’un brun (à cause de l’effet conjugué des deux familles de pigments) sans trace de blanc, un anti-glaciata, en quelque sorte. Il attribue ces dégradations successives à l’intervention plus ou moins efficace d’un gène inhibiteur. Il voit ce gène à la puissance 4 chez les glaciatas, à la puissance 3 chez les luminatas, à la puissance 2 chez les ‘zonals’ ou ‘zonatas’, à la puissance 1 chez lez iris bleus à barbes blanches et à la puissance 0 chez les iris entièrement ‘gouachés’ d’anthocyanine. Tout ceci reste à l’état d’hypothèse, car rien n’est pour l’instant scientifiquement démontré, mais la théorie se tient.

On peut se demander ce que devient, dans tout cela, le modèle plicata et ses innombrables degrés d’application, depuis le plicata non-plicata façon LACED COTTON, en passant par le plicata léger, qui n’apparaît qu’à la lisière des tépales, jusqu’au plicata chargé, où toute la fleur est habillée du vêtement anthocyanique, sauf à trouver quelques petites traces de la couleur du fond à la gorge des sépales.

La démonstration de Keppel sur les plicatas est tout à fait convaincante. Pour lui, le modèle plicata résulte de l’application plus ou moins intense d’une couche de pigments anthocyaniques par-dessus un fond blanc ou teinté de pigments caroténoïdes. Il explique que le motif plicata apparaît d’abord aux épaules des sépales, pour se répandre vers les bords des tépales puis envahir toute la fleur. Le degré o serait représenté par LACED COTTON, puis le degré 1 par LIGHTLY SEASONED (voir photo), dont le blanc est touché de traces anthocyaniques aux épaules, et ainsi de suite… Quant au modèle luminata, il résulterait d’un phénomène inverse, c’est à dire que dans son cas les pigments anthocyaniques s’étaleraient sur le plat des sépales, laissant vierge les barbes, les épaules ainsi qu’une zone plus ou moins vaste sous les barbes, et s’estompant plus ou moins autour des veines, en fonction de la virulence des gènes inhibiteurs du développement de l’anthocyanine. Keppel affirme aussi que les deux modèles, plicata et luminata, peuvent intervenir simultanément sur une fleur. Les deux modèles se superposent, et l’amateur, qui regarde les fleurs, est complètement leurré ! Ce serait la cause des colorations irrégulières de TEST PATTERN CASBAH ou PANDORA’S PURPLE.

Dans le cas de cette dernière variété ont peut se demander si l’on n’est pas en présence d’une amorce du modèle ‘broken color’ ou ‘maculosa’. En effet PANDORA’S PURPLE présente des marbrures irrégulières blanchâtres, alors que le fond paraît indigo vif ; son pedigree est Charmed Circle X Inty Greyshun. D’après Keppel il s’agirait d’un luminata-plicata, mais que dire de PURPLE STREAKER, apparu la même année, qui présente un fond violet pratiquement semblable, mais avec des projections de blanc plus nettes mais totalement aléatoires. Le pedigree de PURPLE STREAKER est exactement l’inverse : Inty Greyshun X Charmed Circle. L’un est l’autre rassemblent les mêmes gènes ; si l’un est un mélange du modèle plicata et du modèle luminata, que dire de l’autre ? On aborde alors la théorie de Kasperek.

Brad Kasperek, spécialisé dans les ‘maculosas’, attribue l’apparition des taches aléatoires caractéristiques du modèle, au fait qu’elle résulterait de ce que l’on n’est pas en face d’un pur plicata avec quatre chromosomes plicatas, mais d’une composition intermédiaire ou trois chromosomes seulement porteraient le gène plicata. Admettons… Mais dans ce cas comment expliquer la différence entre PANDORA’S PURPLE et PURPLE STREAKER ? CHARMED CIRCLE est un plicata traditionnel, avec des dessins bleus, denses aux bords et le fond blanc bien apparent sur le plat des sépales, sous les barbes, bleues. INTY GREYSHUN est un BB, apparemment ‘maculosa’, avec dessins aléatoires blancs sur fond améthyste et barbes blanches. On ne dispose pas de son pedigree complet, mais il descend à coup sûr de STEPPING OUT, BELLE MEADE, DUTCH DOLL et ROCOCO, tous purs plicatas, et de FROST AND FLAME et MY HAPPINESS, unicolores. Il peut donc tout à fait répondre à la définition de Kasperek : ¼ unicolore, ¾ plicata. Ce dosage pourrait donc aboutir à deux solutions, ce qui n’est pas génétiquement impossible : soit le modèle ‘maculosa’, soit le modèle luminata-plicata ! Quand on arrive à ce point de complexité, le malheureux amateur, qui voudrait bien comprendre, commence à désespérer…

En tout cas on peut retenir qu’il existe deux modèles de base, inverses l’un de l’autre :
· le modèle plicata, qui résulte de l’application irrégulière d’une couche de pigments anthocyaniques sur un fond blanc ou colorés aux caroténoïdes ;
· le modèle luminata, qui altère la couche anthocyanique à partir des barbes et du haut des sépales et laisse à ces endroits apparaître le fond alors que le reste de la fleur est coloré.
Dans un cas comme dans l’autre il existe des situations plus ou moins dégradées auxquelles on peut, si l’on veut et comme le fait Chuck Chapman, attribuer des dénominations spécifiques. Et pour couronner le tout, les deux modèles peuvent se chevaucher, comme en une sorte de contrepoint. Ce n’est pas la première fois que l’on peut faire un parallèle entre les fleurs et la musique. La nature n’hésite pas à manier la complexité. C’est intéressant de savoir comment elle s’y prend, mais ce qui compte surtout, c’est le résultat, et l’infinie multiplicité des colorations et des mélanges, qui laisse l’iridophile pantois et admiratif.
RÉCRÉATION

Il ne suffit pas de porter un nom français pour être français. Dans la liste ci-dessous, il n’y a qu’une variété française. Laquelle ?

A L’ORANGE
CARTE BLANCHE
CHAPEAU
LA DENTELLE
SENSUELLE
RÉCRÉATION ( réponses)

Voici les nationalités des cinq variétés :

DOCTOR GOLD (Ségui – France)
I SEEK YOU (Bianco – Italie)
ORANGE HORNS (Muska – Slovaquie)
WHITE DREAM (Moos – Allemagne)
WIDE HORIZON (Gatty – USA).

13.1.06


STARSHIP ENTERPRISE
Décollage ou atterrissage ?

Il y a quelques semaines un amateur d’iris s’est étonné que STARSHIP ENTERPRISE (Schreiner 99) ne semble pas avoir été utilisé en hybridation. Je lui répondrais qu’il est peut-être un peu trop tôt pour savoir si cet iris a eu de la descendance, puisqu’il n’y a que cinq ans qu’il est sur le marché. Mais on peut effectivement se poser la question de savoir si cet iris vivement coloré peut avoir des descendants valables.

STARSHIP ENTERPRISE (voir photo) a toute la perfection propre aux iris commercialisés par la famille Schreiner : une forme impeccable, de nombreux boutons, une vigueur certaine. En plus il se présente sous des atours séduisants et rutilants. Les pétales finement ondulés et légèrement frisés jaillissent dorés du cœur de la fleur, puis deviennent absolument blancs, tandis que les sépales, larges et se recouvrant partiellement l’un l’autre, naissent richement dorés pour laisser le blanc apparaître sous les barbes alors que l’or cède peu à peu le pas à un riche ton magenta de plus en plus vif à mesure que l’on s’approche du bord qui s’ourle d’un léger filet brun. Les barbes dorées se font discrètes et en harmonie avec le cœur de la fleur.

Cette variété d’exception résulte d’une série de croisements extrêmement complexe. Dans le pedigree tel qu’il est décrit par l’obtenteur, on trouve vingt-cinq variétés dénommées, sans compter les nombreux croisements intermédiaires qui n’ont jamais été enregistrés. Ce fait crée d’ailleurs une difficulté supplémentaire à qui veut analyser les origines de la plante et voir ce que l’on peut en faire en hybridation. En effet en dehors de l’obtenteur lui-même, personne ne peut savoir quel est l’aspect, la catégorie, la ou les couleurs de ces variétés intermédiaires dont on ne connaît que les ascendants. Pour ne parler, donc, que de ceux qui sont dénommés, il remarquable de constater qu’on trouve pratiquement de tout parmi les ascendants de STARSHIP ENTERPRISE. On trouve des amoenas bleus ou indigos, comme on peut s’y attendre, comme TOLL GATE ( Cook 56), WHOLE CLOTH (Cook 57), CHAMPAGNE MUSIC (Fay 64) ; des variegatas (d’où peut-être le cœur jaune) comme BROADWAY STAR (Schreiner 57), LILAC CHAMPAGNE (Hamblen 65), RAGTIME (Hamblen 83) ; quelques bicolores comme MAYTIME (Whiting 48) ou SAIL MASTER (Burger 74) ; des bitones aussi, comme GIANT ROSE (Schreiner 59), WINE AND ROSES (Hall 63) et ORCHID BROCADE (Rudolph 63) en rose orchidée, ou AGATINE (Schreiner 69) en brun et acajou ; des blancs liserés de bleu ou violet comme EMMA COOK (Cook 57) ou BROOK FLOWER (Schreiner 73) ; un blanc à barbes rouges, CHRISTMAS TIME (Schreiner 65), et d’autres barbes rouges comme celles de CASHMERE (Fay 59) et AFTER DARK (Schreiner 63) ; enfin des unicolores de plusieurs couleurs, comme OPAL BEAUTY (Schreiner 55) et ALPENROSE (Schreiner 59) dans les tons de rose et de mauve, ainsi que EDENITE (Plough 58), MATINATA (Schreiner 68) et MYSTERIOUS (Schreiner 74) dans les tons de violet ou indigo. Cependant la variété dont STARSHIP ENTERPRISE tient le plus, c’est GYPSY WOMAN (Schreiner 84), son plus récent parent identifié, qui a des pétales crème et des sépales blancs cernés de rose bleuté. Cependant le spécialiste aura compris que les couleurs de GYPSY WOMAN sont pâles et qu’elles pouvaient être plus contrastées.

En est-il de même pour STARSHIP ENTERPRISE ? Toute la question est là : cette variété est-elle porteuse d’avenir ? On me rétorquera qu’il est possible d’obtenir un contraste équivalent, mais avec des coloris différents, du bleu au lieu du pourpre autour des sépales, ou que la couleur infuse dans les pétales pourrait être, par exemple, de l’orange ou du rose, au lieu du jaune. On peut imaginer bien des transformations, bien des mariages de couleurs différents. Mais STARSHIP ENTERPRISE est-elle la bonne variété pour parvenir à ces fins ? A mon avis, le risque de ne rien obtenir d’épatant est très élevé, parce que le patchwork de base est trop compliqué pour qu’on puisse évaluer la ou les caractéristiques qui vont ressortir aux générations suivantes. C’est un peu comme un cocktail où l’on a déjà mélangé des tas d’alcools différents, y ajouter un nouveau produit risque de dénaturer ce qu’on avait déjà et aboutir à un goût indéfinissable, voire déplaisant.

Evidemment une agréable surprise n’est pas à exclure, mais je ne m’y risquerais pas. La potion magique que boit Astérix est parfaite, si le druide en modifiait la formule, rien ne dit que les Gaulois resteraient invincibles ! Pour moi le vaisseau STARSHIP ENTERPRISE n’en est pas à la phase de décollage, il s’est posé, riche et somptueux, après son dernier voyage intergalactique.
RÉCRÉATION

Il ne suffit pas de porter un nom anglo-saxon pour être américain. Dans la liste ci-dessous, il n’y a qu’une variété américaine. Laquelle ?

DOCTOR GOLD
I SEEK YOU
ORANGE HORNS
WHITE DREAM
WIDE HORIZON
RÉCRÉATION ( réponses)

Les cinq variétés citées sont toutes des obtentions Schreiner.

6.1.06


LES LEÇONS D’IRIS DANS UN PARC
Un parcours initiatique dans des jardins imaginaires


Deuxième leçon : les iris de Sibérie

Pour arriver au château il faut traverser un petit bois, de sorte qu’on découvre brusquement la bâtisse, au détour d’un chemin. Une haute bâtisse, appuyée contre le coteau, au point qu’elle ne comporte, en réalité, que trois murs. La façade, tournée vers la vallée, s’orne d’un énorme hydrangea grimpant qui monte du sol jusqu’au toit ; le pignon ouest, quant à lui, sert d’appui à un rosier liane ‘Mermaid’ non moins gigantesque. Depuis la terrasse qui s’allonge à l’ouest du château, la vue plonge, au loin, vers la vallée bleutée du Loir, mais c’est d’abord le vaste étang, situé devant l’édifice, qui attire l’attention. La maîtresse de maison fait visiter son jardin à un important groupe de touristes, de sorte que, bientôt, des groupes plus petits se forment, s’attardant qui au-dessus d’un parterre de vivaces, qui, au bord de l’étang, devant les touffes vert vif de feuilles élancées d’une sorte d’iris.

LA VISITEUSE : « Vous croyez que ce sont des iris, là ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Oui, Madame, ce sont bien des iris. »
LA VISITEUSE : « Ils ne ressemblent pourtant pas à ceux qu’on a l’habitude de voir ! »
L’AMATEUR D’IRIS : « Ce sont des iris de Sibérie. »
LA VISITEUSE : « Parce qu’il y a des iris, en Sibérie ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Ceux-là, en particulier ! Mais on ne les trouve pas que dans cette région ingrate. L’espèce se rencontre aussi en Allemagne, en Bohême, dans les Balkans et même en Turquie. C’est une espèce résistante, qui survit sous les plus rudes climats parce que les longues feuilles que vous voyez, là, sèchent à l’automne et constituent un manteau bien douillet qui protège le cœur de la plante. Au printemps, de nouvelles feuilles renaissent et entourent, comme à présent, les hautes tiges florales. »
LA VISITEUSE : « Vous avez l’air de bien vous y connaître ! Est-ce que ces iris là sont des plantes sauvages, ou, au contraire, s’agit-il de plantes cultivées ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « En l’occurrence, ce sont des plantes cultivées, des hybrides, qui proviennent en fait d’un croisement entre deux espèces botaniques, I.sibirica et I. sanguinea. Le premier a des tiges élevées, qui portent haut des fleurs d’un bleu violacé, le second est plus discret et ses fleurs sont souvent cachées dans le feuillage. Mais elles sont plus grandes que les précédentes, plus foncées, veinées de clair et même quelques fois complètement blanches. En associant les qualités de l’une et l’autre espèce, les hybrideurs ont créé une quantité de variétés qui vont maintenant du blanc au crème, au jaune, à toutes les teintes de bleu et de violet et même au rose, un peu violacé tout de même. »
LA VISITEUSE : « Celles-ci sont jaunes et blanches. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Oui, parce qu’il y a des hybrides bicolores. Chaque année les obtenteurs présentent de nouvelles couleurs ou combinaisons de couleurs. Leur travail consiste à améliorer sans cesse la plante. Ils veulent du jaune vraiment jaune, du rose vraiment rose… Ils recherchent des tiges avec des fleurs plus nombreuses, qui durent plus longtemps, avec des sépales plus larges, plus horizontaux, des pétales ondulés, un cœur franchement veiné ou au contraire absolument uni… »
LA VISITEUSE : « Ce sont des Américains qui font ça ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Oui, mais pas seulement ! Il y a un Américain très fameux qui a consacré sa vie aux iris de Sibérie, c’est Currier McEwen (voir photo), un homme qui a vécu centenaire et qui est mort récemment. En Allemagne, Tomas Tamberg a également produit de nombreux iris de Sibérie. »
LA VISITEUSE : « Ce qui fait gracieux, ce sont ces trois petites ailes qui s’élèvent au-dessus de la fleur. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Ce sont les pétales. Et entre les pétales vous voyez ce qu’on appelle les styles, ces appendices à l’extrémité relevée. Ce sont les abris des parties sexuelles de la fleur, c’est là-dessous que se produit le mystère de la fécondation. »
LA VISITEUSE : « Les fleurs de cette touffe là ont l’air plus gros que les autres. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Il est vraisemblable que cette variété ait deux fois plus de chromosomes que la blanche devant laquelle nous étions il y a un instant. Certains hybrideurs ont fait subir un traitement à la colchicine aux graines d’iris et cela a eu pour résultat un doublement des chromosomes. »
LA VISITEUSE : « Une manipulation génétique, en quelque sorte. »
L’AMATEUR D’IRIS : « Assurément ! Grâce à elle, on obtient des plantes plus grandes, plus grosses et de nouvelles possibilités de colorations. On est parvenu de façon naturelle au doublement des chromosomes des grands iris barbus, mais pour les autres espèces, on n’y est arrivé qu’en traitant chimiquement les semences. »
LA VISITEUSE : « N’importe qui peut cultiver les iris de Sibérie dans son jardin ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Ce sont des iris qui poussent sans problèmes. Il leur faut simplement un sol un peu acide, de l’humidité, mais pas d’eau à leurs pieds. Leur place idéale, c’est, comme ici, à proximité d’une mare ou d’un étang. Ils aiment bien qu’il fasse froid l’hiver. Si vous voulez en mettre chez vous, n’oubliez pas, comme vous voyez, que les touffes prennent de l’ampleur : il ne faut donc pas trop les serrer. La seule difficulté, en fait, tient à la fragilité des rhizomes. Il faut faire attention quand on les plante. Mais il n’y a pas besoin d’une préparation savante du terrain, et pas besoin non plus de creuser des trous profonds. Par-dessus le marché, ce sont des plantes qui ne sont jamais malades. En vérité la culture des iris de Sibérie est à la portée de tout le monde ! »
LA VISITEUSE : « Vous me donnez envie d’essayer. Où pourrais-je m’en procurer ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Chez tous les producteurs d’iris. Si vous voulez, je peux vous indiquer un certain nombre d’adresses, et même le nom de quelques variétés récentes, plus belle et plus prolifiques que les anciennes. La plantation a lieu à l’automne, de préférence. Mais soyez patiente, car les iris de Sibérie aiment prendre leur temps pour s’installer. Il n’est pas rare qu’ils ne commencent à fleurir que la seconde année après leur plantation. »

A la bonde de l’étang, de grands roseaux masquent un peu le paysage. La troupe des visiteurs peu à peu se reconstitue et la maîtresse des lieux en profite pour ajouter à sa présentation une ou deux anecdotes qui amusent l’auditoire. Puis chacun retourne à sa voiture, et, dans la brume qui commence à voiler le fond du vallon, le silence revient et le château retrouve sa douce quiétude.
POUR LES DÉBUTANTS

Première partie

Quand on se lance dans la culture des iris, bien des questions viennent à se poser. En voici une dizaine, les plus courantes. Les réponses ont été établies à partir des avis de deux personnes parfaitement qualifiées, Sterling Innerst, obtenteur américain domicilié en Pennsylvanie, sur la côte Est, qui a emporté la Médaille de Dykes en 96 avec BEFORE THE STORM, et Gaby Martignier, responsable du jardin d’iris du Château de Vullierens, en Suisse. L’un et l’autre travaillent dans des conditions climatiques approchantes, qui correspondent, qui plus est, à celles que l’on rencontre en général en France, sauf dans l’extrême Sud-Est.

Quand faut-il planter les iris ?

Sterling Innerst s’efforce de terminer ses plantations avant le début d’août. Madame Martignier, elle, étale ce travail de la mi-août à la mi-octobre. Personnellement j’ai essayé les deux méthodes sans arriver à trancher. Cependant, aujourd’hui, j’ai tendance à planter de plus en plus tard.

Quelle préparation faut-il donner au sol ?

La méthode Innerst est beaucoup plus élaborée que celle de G. Martignier. Il commence par bien nettoyer le terrain, notamment pour éliminer toute trace d’anciens iris. Quand le nettoyage est fini, il apporte en surface une couche généreuse de fertilisant (5-10-10). La surface est alors labourée minutieusement et profondément, puis il dépose une couche de feuilles décomposées de 15 cm d’épaisseur sur la surface de la planche ; de préférence des feuilles de deux ans, bien décomposées. La surface est de nouveau bêchée minutieusement de manière à incorporer parfaitement le terreau de feuilles. Il bêche à une profondeur de 25 à 40 cm.

Comment faut-il planter les iris ?

Pour Sterling Innerst, les rhizomes des­tinés à la plantation sont placés à l’ombre durant deux ou trois jours, afin que toutes coupures ou lésions soient guéries et qu’ils soient durs. Les rhizomes que l’on reçoit arrivent généralement en parfait état, près à être replantés. Ils peuvent cependant attendre quelques jours avant de l’être ; pas besoin, donc de se précipiter. Par expérience, je puis dire que des rhizomes, restés hors sol pendant près d’un mois, peuvent repartir sans problème, même s’ils ont l’air très desséchés.
Chez Innerst les rhizomes sont plantés assez profondément pour qu’ils soient entièrement recouverts ; le sol est compacté autour du rhizo­me et la terre remontée de manière à éviter que l’eau de pluie ne stagne près de la plante. Pour Mme Martignier le rhizome sera peu enterré, à peine recouvert de terre. Je crois que cette méthode est la meilleure. Certains vont même jusqu’à laisser le dos du rhizome apparent, pour qu’il soit « cuit » par le soleil.
En ce qui me concerne, je creuse deux légères tranchées, de part et d’autre de l’endroit où je vais poser les rhizomes. J’étale les racines dans ces tranchées puis je remonte la terre : le dessous du rhizome repose bien à plat sur le sol et les racines sont à l’aise dans un terrain très meuble pour commencer leur développement.

Peut-on mettre les iris à l’ombre ?

Innerst ne parle pas de cela, mais Mme Martignier, à juste raison, précise qu’il est déconseillé de planter les iris à un endroit ombragé. Les iris aiment le soleil. On compte qu’il leur faut une demi-journée de soleil au moins. J’avais, quant à moi, planté sous un cerisier, qui n’a pas encore de feuilles au moment du début de la floraison, mais s’en couvre rapidement par la suite. Les iris ont fleuri la première année, mais la floraison a été très capricieuse les années suivantes et, surtout, les feuilles ont gardé un aspect prostré, signe de l’inadéquation de l’emplacement.

Faut-il arroser ?

Nos deux auteurs s’accordent pour dire que cela n’est pas nécessaire, sauf au moment de la plantation, et si le ciel ne s’en charge pas. Cela sera plus souvent le cas si l’on plante tôt dans la saison, une plantation tardive ne nécessitera guère d’arrosage. Les iris sont particulièrement résistants à la sécheresse. J’en ai fait l’expérience en 2005, où, chez moi, il n’a pas plu de la mi-mai à la mi-octobre. Je n’ai pas arrosé les iris, mais dès que la pluie a repris ils ont entamé une pousse vigoureuse et prometteuse. Dans la moitié sud de la France, un arrosage peut malgré tout être nécessaire au cours des étés très secs. Il est d’autre part recommandé pour favoriser la remontance des variétés polyanthésiques, et pour obtenir de gros rhizomes, flatteurs, pour la vente ou les échanges.


Faut-il mettre des engrais ?

Nos deux auteurs en utilisent. Mme Martignier dispose la valeur d’une cuillerée à dessert d’engrais ordinaire autour de chaque pied. Innerst est plus précis, il fertilise environ six semaines avant la floraison avec un fertilisant 0-25-25. Le fertilisant est normalement éparpillé sur la surface des planches entre les touffes et incorporé à la binette, mais il peut aussi être laissé tel quel et c’est alors la pluie qui se charge de le faire pénétrer.

Faut-il couper les tiges lorsque la fleur est fanée ?

C’est, à mon avis, indispensable. Pour deux raisons :
· il n’est pas rare que des fleurs aient été fécondées par les bourdons. Dans ce cas, si on laisse les tiges, il y a risque que les capsules ne mûrissent et, s’ouvrant, laissent choir au sol leurs graines. Celles-ci peuvent germer et polluer gravement la touffe avec des plantes non désirées et qui peuvent laisser croire que la variété ainsi parasitée a dégénéré !
· La plante va continuer d’alimenter la tige et dépenser en pure perte une énergie qui lui serait utile pour reconstituer ses réserves.
Par-dessus le marché, garder les tiges est inesthétique !

A l’automne faut-il tondre les feuilles ?

Sterling Innerst ne répond pas à cette question. Mais Mme Martignier est d’avis qu’il ne faut pas le faire. Elle préconise d’enlever seulement les feuilles jaunes et sèches et tant pis, dit-elle, si la plate-bande ressemble à un carré de poireaux. Mais elle ne fournit pas d’explications. Pour ma part j’en vois une : les feuilles sont les poumons des iris. Au moment où ils doivent se reconstituer des réserves, c’est une mauvaise idée que de réduire leur capacité respiratoire. Certains obtenteurs américains qui veulent que leur jardin reste présentable même en période de dormance se contentent d’enlever feuille par feuille les parties abîmées ou desséchées, mais c’est un gros travail !

Faut-il couvrir les iris en hiver ?

Pour Mme Martignier, c’est superflu parce que les rhizomes supportent parfaitement le froid. Mais S. Innerst approuve tout à fait le paillage dans les régions froi­des non pas contre le froid lui-même mais pour empêcher que la plante se soulève. En effet l’eau se dilate sous l’effet du gel et la terre a tendance à se soulever. Si le gel est profond cela peut déchausser les iris. En fait ce phénomène est plutôt rare chez nous, mais il doit effectivement se produire en Pennsylvanie où les hivers sont plus rudes que les nôtres. Je connais une plantation de grands iris, située dans le Massif Central, à environ 800 m d’altitude, qui n’a jamais souffert ni de gels prolongés allant jusqu’à –20, ni d’une couche de neige de près d’un mètre, pendant plusieurs semaines.


Comment soigner la pourriture ?

C’est la maladie la plus fréquente chez les grands iris. Elle est essentiellement causée par un excès d’humidité au pied de la plante. Dans ce cas, selon Gaby Martignier, le plus simple est de découvrir les rhizomes malades, de les nettoyer et de les laisser guérir au soleil. Celui-ci cicatrise la blessure. Pour mon compte je traite la plaie bien nettoyée avec un pinceau trempé dans de l’eau de Javel fortement diluée. Cela marche bien. Il y a aussi des désinfectants dans le commerce, mais il faut les réserver aux cas graves.
PETIT DICTIONNAIRE DU MONDE DES IRIS

Tétraploïde
Adjectif. Terme d’origine grecque (tetraplous) signifiant ‘quadruple’.
A propos des iris, se dit des espèces (ou des cultivars) dont les cellules ont quatre paires de chromosomes, par opposition aux espèces diploïdes, qui n’en ont que deux.
Pendant très longtemps on n’a connu et cultivé que des iris diploïdes issus de I. germanica, I. pallida et I. variegata. La découverte en Asie Mineure d’espèces plus grandes et plus vigoureuses (I. trojana, mesopotamica, kashmiriana, cypriana) mais de coloris moins variés, a incité certains hybrideurs à croisé les deux types. Il s’est révélé que les espèces nouvellement découvertes avait un nombre de chromosomes double des espèces anciennes, ce qui a posé de sérieux problèmes car les cultivars issus du croisement des uns et des autres étaient rares et le plus souvent stériles. Ce n’est que peu à peu et après d’innombrables croisements que des variétés fertiles ont vu le jour. Les iris tétraploïdes se sont imposés dès lors rapidement (1920/1930).
LA MORT ANNONCÉE DE X.latifolium

Il y a des iris dont on peut craindre la disparition dans la nature. L’iris bulbeux Xiphium latifolium en fait partie.

« C’était il y a quarante cinq ans… Cet été là, peu avant de partir pour le service militaire (je ne savais pas encore où, mais il y avait toutes les chances pour que cela soit en Algérie), j’ai voulu faire une sorte de mini-tour de France. Avec ma 2CV Citroën je suis parti vers les Pyrénées. Les 2CV, cela n’allait pas vite, mais cela passait partout, y compris dans les cols. Cahin-caha j’ai entrepris l’ascension du Tourmalet en venant de Lourdes. Peu avant le sommet, je suis tombé sur une sorte de prairie couverte de fleurs d’un extraordinaire bleu pourpré, magnifiques. Je ne m’intéressais pas encore aux iris, mais j’avais de bonnes notions de botanique que m’avait transmises ma mère. Je me suis garé comme j’ai pu et j’ai couru vers ce pré merveilleux. J’ai immédiatement pensé à une sorte d’iris, apparemment bulbeux, mais ce n’est que de retour à la maison, Bonnier en main, que j’ai formellement identifié ce qui était alors nommé Iris latifolia.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, bien des années plus tard, en tant que rédacteur de Iris & Bulbeuses, j’ai reçu une lettre de ce bon M. Cavaillé, un vieil amateur d’iris et de plantes bulbeuses, rédacteur occasionnel pour la revue, où il parlait exactement de ce champ d’iris et de sa destruction programmée par les arrachages inconsidérés commis par les touristes ! Je ne suis jamais repassé par le Tourmalet, mais je suppose qu’il n’y a plus que de l’herbe sur cette pente jadis incroyablement bleue, au début de l’été, peu après que la neige ait abandonné ces hauteurs…

Aujourd’hui on ne parle plus d’I. latifolia. Pendant quelques temps on a dit I. xiphoides, puis on est passé à X. latifolium. Allez vous y retrouver ! D’autant que chez les fleuristes on continue d’appeler ces fleurs des iris d’Angleterre, alors qu’il s’agit de plantes originaires des Pyrénées, aussi bien du côté français que du côté espagnol ! C’est une confusion historique qui est à l’origine de cette appellation. Parce qu’un botaniste anglais a découvert cet iris quelque part du côté de Bristol, près de la mer d’Irlande, et qu’il a cru qu’il s’agissait d’une espèce autochtone, alors qu’il est vraisemblable que l’exemplaire qu’il a eu entre les mains avait été apporté par quelque marin basque ou navarrais.

I. latifolia Miller 1768, ou Xiphium latifolium, donc, est un grand iris bulbeux, qui peut atteindre 60 cm mais en reste généralement à 40/45 cm. Il fleurit en début d’été dans les prairies d’altitude au sol frais et acide. Mais il s’adapte bien à d’autres conditions pourvu qu’il trouve fraîcheur et acidité. Les bulbes sont d’assez grosse taille (12/15 cm), mais ils sont fragiles et doivent être replantés très rapidement après avoir été déterrés. Ils ne développent leurs feuilles qu’au printemps, ce qui leur confère une excellente résistance et froid. Chaque tige produit de une à trois fleurs s’ouvrant l’une après l’autre, généralement de couleur pourpre vif, avec une flamme blanche et jaune, mais on en trouve des bleus profonds et même des blancs. Ce sont des fleurs vraiment spectaculaires, très gracieuses et qui tiennent bien en vase. Mais finir sur la table du salon me paraît un sort bien injuste pour une plante aussi belle. »
RÉCRÉATION

Quel est le point commun cinq variétés ci-dessous ?

WARRIOR KING
WEDDING CANDLES
WILLAMETTE MIST
WINDSOR ROSE
WORLD PREMIER
RÉCRÉATION ( réponses)

Les cinq variétés citées sont toutes des iris de Californie.

30.12.05


CONTRASTE MAXIMUM

Il existe une vive compétition entre les principaux obtenteurs, car il importe de trouver de nouveaux domaines de recherche où chacun tend à exceller. Obtenir une fleur aux pétales franchement blancs avec des sépales le plus foncé possible est l’un de ces défis récents dont on constate aujourd’hui les résultats.

Il y a au moins deux possibilités d’obtenir ce contraste blanc sur noir : le modèle amoena et le modèle plicata. L’un et l’autre ont été utilisés.

La recherche du contraste maximum n’est pas tout à fait nouvelle. De tout temps, les hybrideurs d’iris bicolores se sont efforcés d’obtenir des fleurs aux coloris qui tranchent sans s’opposer. Mais réunir les deux extrêmes n’a pu aboutir qu’après un long travail d’approche et de sélection. Dans le domaine des plicatas, Jim Gibson, en 1980, a retenu BRILLIANT EXCUSE, dont les dessins violets sont très saturés, mais qui reste cependant dans le digne descendance de STEPPING OUT. Il se rapprochera un peu plus du but avec LICORICE FANTASY (86), par le procédé bien connu de l’endogamie, puisque cette variété est la fille de BRILLIANT EXCUSE, ce qui prouve bien que l’obtenteur avait pour objectif de parvenir un jour au blanc sur noir. A sa disparition ce sont les deux amis et rivaux BLYTH et KEPPEL qui ont repris le flambeau. Du premier on retiendra ROCKET MASTER (90), aux pétales grenat foncé et aux sépales où le blanc du fond disparaît presque sous le dessin de la couleur des pétales. Ce résultat a été obtenu avec le concours des variegatas-plicatas que sont BROADWAY (Keppel 79) et CARAMBA (Keppel 75) pour le fond jaune, et d’ODYSSEY (Babson 71) pour l’indigo, car pour obtenir un ton proche de l’aubergine, il faut superposer une base jaune ou orange et une couverture violacée. Joë Ghio s’est invité au concert. Il a proposé SELECT CIRCLE (97) chez qui on constate nettement l’amélioration du contraste, en partant de POWER SURGE (Ghio 91), via l’étape intermédiaire de SOMERSAULT (95). Keppel a mis plus longtemps à émerger dans ce domaine, mais les résultats sont là avec DARK DRAMA (05), un plicata très chargé violet aubergine sur fond plus crème que blanc. Cette variété procède du même raisonnement que ROCKET MASTER ou SELECT CIRCLE : un socle jaune orangé recouvert de violet ; il ne peut guère y avoir d’autre solution ! A moins que ce ne soit la voie employée pour OREO (Keppel 03). Dans ce cas le fameux maître des plicatas a travaillé d’emblée avec des iris sombres, dans les tons de violet presque noir (SWAZI PRINCESS, TITAN’S GLORY, BLACKOUT), associés à des plicatas aussi sombres que possible (VILAIN, STORM TRACK). Le résultat n’est pas un ton aubergine, mais un bleu nuit très profond, et très prometteur. En Europe, il y a Augusto Bianco qui a enregistré AALIYAH (2002), le produit d’un croisement de SOMERSAULT et du plicata de bordure anglais ORINOCCO FLOW (Bartlett 89), assez semblable à son cousin SELECT CIRCLE.

Dans le domaine des bicolores, on a longtemps qualifié NAVAJO BLANKET (Schreiner 78) d’étape vers le blanc/noir. Mais c’est une étape bien éloignée du but ! Les pétales sont roses orchidée, et les sépales grenat foncé. Il faudra attendre encore quinze ans avant de constater un réel progrès. C’est Joë Ghio qui s’est mis à l’ouvrage. Un ouvrage qui va durer au moins six ans et qui a commencé avec OSAKA (Ghio 93), crème sur acajou foncé. La recette appliquée est à base de variétés amoenas violets (FANCY TALES, ALPINE CASTLE) et pourpres (BRISTO MAGIC) enrichie par un bicolore solide et coloré : SUCCESS STORY. La deuxième marche à monter a été, à mon avis, COSTA-RICA (Ghio 95), qui conserve les mêmes bases que le précédent, mais auxquelles s’ajoutent les barbes rouges de TOMORROW’S CHILD (Blyth B. 84). Deux ans plus tard viendra la marche suivante qui s’appelle OCELOT (Ghio 98). Elle s’appuie sur une autre base car elle contient les pétales claires du bicolore CHINESE NEW YEAR (Ghio 97) et les sépales très sombres de ROMANTIC EVENING (Ghio 96). Bilan : des pétales crème, lumineux, et des sépales d’un grenat très foncé. En 99, apparaît un quatuor de choc. Ces quatre variétés sont des frères de semis qui approchent de l’excellence. Elles sont issues de ROMANTIC EVENING et d’un medley où l’on retrouve la base SUCCESS STORY, FANCY TALES, ALPINE CASTLE. Elles se nomment (dans l’ordre alphabétique) CONNECTION, NEXT MILLENIUM, SNOWED IN et STARRING. CONNECTION et NEXT MILLENIUM peuvent pratiquement être décrits avec les mêmes mots : pétales blanc crémeux (ou bleuté pour le second), sépales pourpre vif, barbes rouges. SNOWED IN est plus bleu : les pétales sont blanc bleuté, les sépales franchement violet-noir, aérés de veines blanches sous les barbes qui sont bien rouges. A vrai dire, dans ce cas, on est plus près du modèle tricolore cher à Richard Cayeux, mais avec des sépales dont le bleu est saturé. STARRING est considéré comme le plus accompli de la famille. C’est un amoena aux pétales bien blancs, au-dessus de sépales aubergine pratiquement noir. Les barbes rouge brique complètent un tableau parfait.

D’autres obtenteurs se sont essayé à l’exercice, en particulier Barry Blyth, spécialiste des bicolores. DREAM LORD (96), PAINT THE SCENE (98), ENJOY THE PARTY (99) puis PARIS OPTION (05) en attestent. Les deux premiers ont cependant des pétales plus roses que blancs. Le plus proche de l’idéal doit être ENJOY THE PARTY, descendant de DREAM LORD, mais il n’atteint pas la pureté du blanc de STARRING. Avec EVENING DRAMA (03) Paul Black s’est essayé dans cette recherche difficile. Il s’agit d’un croisement entre le néglecta pourpre ZEPHERINA (Maryott 96) et ROMANTIC EVENING (voir ci-dessus). Il est parvenu à quelque chose de très près du but : un iris aux pétales blanc bleuté, aux sépales aubergine, plus clairs aux bords. A cause des barbes brunes l’ensemble est peut-être un peu austère, mais la fleur est jolie, ce qui est normal de la part d’un excellent obtenteur. Peu de temps auparavant Lowell Baumunk, un hybrideur du Colorado, avait obtenu MIDNIGHT MOONLIGHT (99) (voir photo), qui se situe dans les mêmes teintes, mais avec des pétales blancs à peine ombrés de lavande, et des sépales violets, un peu plus bleutés que ceux de EVENING DRAMA, mais très sombres. Là aussi la barbe, moutarde, maintient l’ensemble dans le sombre. Cet iris allie la saturation des néglectas TEMPTING FATE (D. Meek 93) et TWIST OF FATE (D. Palmer 80), à la clarté des pétales de l’amoena RIDE THE WIND (Schreiner 91). Le résultat est remarquable. Parmi les Européens, il n’y a pas encore eu de tentative dans cette direction.

Ira-t-on plus loin ? Verra-t-on un véritable blanc/noir ? C’est tout à fait possible mais il faut reconnaître qu’après STARRING, EVENING DRAMA et MIDNIGHT MOONLIGHT, les degrés à monter ne sont plus très nombreux.
PETIT DICTIONNAIRE DU MONDE DES IRIS

Sibling
Substantif emprunté à l’anglais, et nom masculin. La traduction française est ‘frère de semis’.
Deux iris issus d’un même croisement sont des frères de semis, ou, en américain, siblings. Les plantes conservées provenant d’un même croisement ne reçoivent pas systématiquement un nom. Dans l’énoncé d’un pedigree, plutôt que d’exprimer intégralement la formule d’un des géniteurs, il peut être plus simple de désigner celui-ci sous le nom d’un frère de semis dénommé suivi du mot ‘sibling’ ou, le plus souvent, de son abréviation ‘sib’. Exemple : GYPSY CARAVAN (Moldovan 78) = Far Corners sib X Barcelona.
RÉCRÉATION

Les cinq variétés ci-dessous sont des obtentions de Joseph Ghio. Quel est leur point commun ?

AROUND THE BAY
BOWL OF FLUFF
ON THE BUBBLE
SPENDING SPREE
WIDE SCREEN
RÉCRÉATION ( réponses)

Les cinq variétés citées ont toutes ROUNDUP parmi leurs ancêtres.

23.12.05


PETIT DICTIONNAIRE DU MONDE DES IRIS


Amoena
Adjectif et nom masculin.
Terme emprunté au latin, signifiant agréable, charmant.
A l’origine, qualifiait les iris aux pétales blancs et aux sépales dans les tons de bleu ou de violet. Le terme a été étendu à toutes les variétés bicolores avec pétales blancs.
Extensions du qualificatif :
· Amoena-plicata = s’applique aux variétés ayant des pétales blancs et des sépales du modèle plicata (voir ce terme).
· Amoena inversé = dans ce modèle, les pétales sont colorés et les sépales blancs ou tendant vers le blanc. La variété IRIADE – Laporte 2004 – (photo) est dans ce cas.
Jusque dans les années 40, l’obtention d’iris amoena était difficile parce qu’on ne connaissait pas exactement le processus aboutissant au modèle. C’est à partir des découvertes de Jesse Wills (caractère récessif) et des travaux de L. F. Randolph et Paul Cook que les iris amoenas se sont multipliés. Il existe aujourd’hui des pétales blancs associés à toutes les couleurs, et l’introduction de barbes mandarines aboutit à des variétés qualifiées de « tricolores ».
Les variétés les plus emblématiques du modèle sont WABASH (Williamson 31) et WHOLE CLOTH (Cook 57), pour les amoenas bleus, et PINNACLE (Stevens 45) pour les amoenas jaunes.
BONBONS, CARAMELS et CHOCOLATS

En cette période de fêtes, je me suis amusé à rechercher quelle part tiennent les douceurs et sucreries dans les noms donnés aux grands iris. J’ai été un peu étonné de découvrir que ce domaine sémantique n’a pas une grande place dans ce petit monde un peu spécial. J’ai appuyé ma recherche sur certains mots évocateurs de confiseries, en américain, évidemment, puisque c’est en cette langue que sont exprimés les noms de la plupart des iris, même ceux qui ne sont pas nés dans un pays anglophone. J’ai retenu les vocables suivants :
Candy = (pour ceux qui ont des difficultés avec l’anglais) bonbon
Chocolate = (ça c’est facile) chocolat
Delight = (ça aussi, c’est facile) plaisir
Fudge = caramel (sans beurre ?)
Honey = miel
Sugar = sucre
Toffee = caramel, aussi, mais au beurre s’il vous plait !

Je n’ai trouvé qu’une vingtaine de noms concernant directement ces domaines, ce qui est très peu au regard du nombre invraisemblable de variétés enregistrées et, plus précisément, de celles qui figurent dans ma base de données (près de 8000). Alors, bon appétit !

Le mot « candy » est affecté à de nombreuses variétés, mais pas dans le sens de bonbon. Dans ce sens je ne vois que APRICOT CANDY (Terrada 96), un iris orange tendre, comme un bonbon à l’abricot, et CANDY SHOP (Corlew 69), une variété rose comme peut l’être la boutique d’un marchand de sucreries. Je crois aussi savoir qu’en 2005 K. Keppel a baptisé CANDY FLOSS (barbe à papa !) un de ses BB.

« Chocolate », comme « candy » est présent dans beaucoup de noms, mais, encore une fois, pas dans une acception directement reliée à la confiserie. En ce sens je n’ai trouvé que CHOCOLATE MARMALADE (Les Fort 90) une variété qu’on peut effectivement qualifiée de couleur chocolat, CHOCOLATE VANILLA (B. Blyth 92), une association de jaune pâle et de brun clair qui fait effectivement penser aux deux boules d’une glace à la vanille et au chocolat, et HOT CHOCOLATE (Ghio 95) qui est un plicata au fond jaune et aux dessins brun rosé.

« Delight » a été mis, si l’on veut, à toutes les sauces ! C’est un mot largement utilisé, mais désignant le plus souvent quelque chose qui fait les délices de quelqu’un sans allusion particulière à la gourmandise. Il y a au moins le délice aux noisettes d’HAZELNUT DELIGHT (Niswonger 2001), mais quand on voit la fleur qui porte ce nom, on se demande où sont les noisettes. Aux épaules, peut-être, mais elles me paraissent plus proche de l’abricot que du brun clair. Le reste est blanc bleuté et la barbe rose vif. Quant à SWEET DELIGHT (B. Blyth 95), cette douce friandise s’adresse à un iris rose crémeux, plus clair aux sépales, à barbes abricot.

Le caramel –ordinaire- de « fudge » intéresse au moins trois variétés : HUCKLEBERRY FUDGE (Gibson 96), dont on peut effectivement dire qu’il est couleur de myrtille, mais c’est un plicata très voisin en coloris de RASPBERRY FUDGE (Keppel 89) qui, lui, se tourne plutôt vers les framboises. Pour sa part, VANILLA FUDGE (Lauer 98) est un variegata très sombre, dont on peut dire que le caramel est un peu trop cuit, gare aux dents !

Ah, le miel ! S’il est quelque mot dont la douceur et le côté cajoleur sont une vaste source d’inspiration, c’est bien celui-là. Mais, c’est plus le côté affectif que le côté gourmand qui est mis en exergue. Cependant CARAMEL AND HONEY (Hahn 89), couleur caramel blond, fait franchement allusion à ce que son nom décrit. C’est un peu la même chose pour NUT AND HONEY (Aitken 2001), qui est un iris brun appétissant, particulièrement ondulé. L’ancien SPICED HONEY (Hamner 76) est lui aussi un beau brun, couleur miel de montagne. Quant à TASTE OF HONEY (Schreiner 66), son goût de miel se trouve autour des barbes, sur une fleur d’un riche ton de jaune safrané. Et pour finir les affaires du miel, remontons dans le temps jusqu’à TOAST AND HONEY (Kleinsorge 53), pour déguster une tartine grillée arrosée de miel blond : avec cette variété, le maître des bruns s’est offert un bon goûter !

Le sucre n’inspire pas autant que le miel. C’est un constat qui résulte de ce qui apparaît quand on pianote « sugar » sur l’ordinateur. Pas grand chose à se mettre sous la dent car les allusions liées à ce mot sont plus tournées vers la douceur en général que vers l’aliment. BROWN SUGAR SPICE (O. Brown 2002) est le seul nom directement lié à une friandise, mais il est tout à fait approprié pour une variété à la fois jaune et brun doré, d’une forme parfaite, délicatement frisée.

Il nous reste à rechercher ce qui se cache derrière le mot « toffee ». Eh ! bien il faudra se contenter de ce caramel brûlé qui qualifie BURNT TOFFEE (Schreiner 77), un iris d’une couleur indescriptible, où le bleu violacé le dispute au brun et au grenat. Où est le caramel –au beurre ! - dans ce mélange peu banal ?

Et en français ? Les hybrideurs de notre pays sont-ils amateurs de sucreries ? Deux, au moins l’ont été : Pierre-Christian Anfosso, pour cette excellente variété de 85 qu’il décrit comme « harmonie douce de tons chauds pour cet iris aux pétales beige doré et sépales beige chamois glacés d’une flamme mauve sous la barbe rouge mandarine ». Igor Fedoroff, l’autre amateur toulonnais, a, de son côté donné le nom de SUCRE D’ORGE (voir photo) à une de ses obtentions, hélas non enregistrée, d’un rose argenté, piqueté de blanc sous les barbes, rose vif ; un vrai bonbon à la fraise.

Mais le plus succulent n’est ce pas ce BONBON (77) que Joë Gatty a préparé avec ses meilleurs ingrédients pour nous livrer un délicieux produit rose, acidulé et doux à la fois, qui fait saliver ceux qui contemplent sa fleur parfaite.

Cet inventaire, somme toute assez restreint, démontre que la notion de goût ne s’associe pas vraiment avec celle de fleur. Du moins dans l’imaginaire des obtenteurs d’iris. Trop terre à terre, le goût ? Trop lointaine, la gourmandise ? Que cela n’empêche pas l’amateur d’iris de se régaler avec ces plantes qui sont toutes fort belles, et qui pourraient, à elles seules constituer la matière d’une savoureuse plate-bande.
RÉCRÉATION

Les cinq variétés ci-dessous sont des obtentions de Keith Keppel. Quel est leur point commun ?

DAREDEVIL
GIGOLO
LAREDO
MIND READER
SPIRIT WORLD
RÉCRÉATION ( réponses)

La variété qui n’est pas un plicata est ALPENVIEW.

16.12.05


TELL MUHLESTEIN
des canaris et des iris

Son pays, c’était l’Utah, sa ville, Provo, au sud de Salt Lake City, sur la rive du lac Utah. C’était un homme généreux, ouvert aux autres et curieux de plein de choses. N’a-t-il pas été pianiste et compositeur avant de devenir éleveur de canaris, tout en s’adonnant avec passion à l’hybridation des iris ? Il a quitté ce monde en 1978, à 65 ans, ce qui est beaucoup trop tôt. Ceux qui l’ont connu, comme Melba Hamblen ou Les Peterson, ses voisins, ont tracé de lui un portrait où l’amitié le partageait avec l’admiration.

Tell Muhlestein en effet, qui avait commencé l’hybridation dès l’âge de 25 ans, a laissé une trace ineffaçable dans le monde des iris. Ses premiers enregistrements datent de 1945 et il n’a cessé de produire des variétés exceptionnelles jusqu’à la fin de sa vie. Il avait ouvert sa propre pépinière, Tell’s Iris Garden, à Orem, dans la banlieue de Salt Lake City. Il commercialisait lui-même ses produits et son catalogue présentait cette caractéristique de contenir des informations et des conseils de culture et d’hybridation marqués par son humour et son talent didactique. Il n’a jamais manqué quand il s’est agi de prendre des responsabilités au sein des sociétés iridophiles de sa région : il s’exprimait avec aisance et savait captiver ses auditoires.

Les premières variétés qui attirèrent sur lui le regard des iridophiles, furent sans aucun doute PINK FORMAL (49) et PARTY DRESS (50) deux iris roses, de ce rose qui porte sa marque. C’est en 1943, en visitant un jardin où poussaient tout un tas d’obtentions de David Hall, qu’il remarqua un semis, le 42-10, et qu’il prit la résolution de se consacrer aux iris roses. Les gens chez qui il était lui donnèrent du pollen de 42-10 ; Tell Muhlestein se procura également des rhizomes d’un autre rose fameux, SEASHELL (Loomis 40), et c’est de là que tout a commencé. A l’époque, les roses étaient ces roses légèrement bleutés que les américains appelaient les « flamingo pinks ». Muhlestein s’en fit le champion. En 1951, un enfant de PINK FORMAL, PINK FULFILLMENT, fit son apparition et devint un « must », à la base d’une foule de nouveaux iris roses à travers les Etats-Unis. Tout comme deux autres variétés très appréciées, JUNE MEREDITH (53) et PINK ENCHANTMENT (53) qui resta longtemps le rose le plus foncé. Un peu plus tard, un frère de semis de JUNE MEREDITH, JUNE’S SISTER (58), le bien nommé, fut largement utilisé par Melba Hamblen.

Cependant les roses ne furent pas les seules réussites de Tell Muhlestein. Au fil des ans, ses variétés furent de nombreuses fois à l’honneur. En 56 SWAN BALLET (53) (voir photo) reçut, à Florence, le Florin d’or, et continua sur sa lancée pour obtenir la Médaille de Dykes l’année suivante. Toujours à Florence, CREAM CREST termina second en 60, et en 62 UTAH VELVET (61) fut déclaré « meilleur rouge ».

Cependant la variété qui eut la plus grande diffusion, celle que l’on rencontre encore dans de nombreux jardins, se nomme JOYCE TERRY (74). Ce jaune aux pétales blancs nettement cernés de jaune, est considéré par tout le monde comme la variété emblématique de son modèle. Ajoutons à ce florilège le violet UTAH VALLEY (58), très prisé en Amérique, le grenat mêlé MARTEL (62), et l’un de ses derniers, le remontant SECOND LOOK (70), dans les tons de pêche, comme son ancêtre JUNE’S SISTER.

Pour qualifier Tell Muhlestein, Melba Hamblen, son amie, cite ce dicton bien connus là-bas :
« On attire les amis par les qualités qu’on montre ;
on les retient par les qualités qu’on possède. »
C’est sûrement sur ces mots qu’il faut terminer le portrait d’un grand homme des iris.
RÉCRÉATION

Les cinq variétés ci-dessous sont des obtentions de Keith Keppel. Quelle est celle qui n’est pas un plicata ?

ALPENVIEW
CHARMED CIRCLE
EMPHASIS
GENTLE RAIN
ROSARITA
RÉCRÉATION ( réponses)

La variété qui a un trait distinctif est FOGBOUND : c’est la seule à avoir la barbe mandarine.

9.12.05


TÉMOIGNAGE
Au bord de l’eau

Une mare, comme on en trouvait jadis à proximité des étables, là où les vaches venaient boire au retour d’une journée dans les prairies. J’en connais une tout près de chez moi dans un paisible coin de Touraine.

« Il y en a qui font construire une piscine devant leur maison, ma sœur a préféré faire creuser une mare. Pas une grande, une mare d’environ cinq mètres de diamètre et profonde d’environ un mètre au plus creux : une cuillère à soupe pour Gargantua ! L’eau y coule doucement, la traverse lentement avant de s’en échapper puis d’y revenir, sans fin… Elle y a mis quelques carpes et quelques dizaines de rotangles, quelques grenouilles aussi, qui mènent à la belle saison une vie bruyante et sympathique. Sur les rives, j’ai disposé des plantes qui aiment l’eau, ou tout au moins l’humide : des pétasites aux larges feuilles, des massettes, linéaires, et quelques iris de Sibérie. Elle est très contente de ces plantes là. Elles se sont installées en deux ans et forment maintenant de belles touffes. Dès le mois de mai, elles émettent de hautes tiges fines mais solides, qui vont porter, au mois de juin des fleurs gracieuses, un peu étranges, avec leurs pétales dressés comme des caroncules de coq de bruyère, et leurs larges sépales si vivement colorés. Elles viennent de chez Bourdillon, où il y en a tout un choix. Elle a retenu ANN DASCH (Varner 77), bleu violacé ; SHAKER’S PRAYER (Varner 89) (voir photo), original avec ses pétales violets et ses sépales blancs veinés de violet ; un autre, très sombre, DARK CIRCLE (McEwen 76), au sépales particulièrement larges ; ROSE QUEST (Hager 82), assez proche de l’espèce botanique quant à sa forme, mais d’un beau rose orchidée vif ; enfin un crème, qui porte bien son nom, CREME CHANTILLY (McEwen 81). Dès l’automne, les feuilles sèchent mais restent en place, formant un excellent abri pour les rainettes et, sans doute, plein d’autres hôtes discrets de ces bords où règne la fraîcheur. »
TOUS LES CHEMINS MÈNENT À ROME
EARL OF ESSEX & GENTLE RAIN

Il faut avoir l’œil exercé et beaucoup de perspicacité pour faire la différence entre les fleurs de deux variétés de grands iris contemporaines qui se nomment EARL OF ESSEX (Zurbrigg 79) et GENTLE RAIN (Keppel 77). Toutes les deux présentent des pétales indigos un peu éclairés sur les côtes, et des sépales blancs marqués de dessins de l’indigo des pétales. EARL OF ESSEX est peut-être un peu plus clair de teint : c’est cette petite différence qui permet de les distinguer. Cette ressemblance pouvait laisser penser que le pedigree de l’une et de l’autre devait être assez proche, mais il n’es est rien ! Il faut même remonter jusqu’à la quatrième génération, c’est à dire vingt ans en arrière, pour découvrir un ancêtre commun ! Il s’agit de WHOLE CLOTH (Cook 57), le père fondateur de la grande famille des amoenas, donc une famille dont ni EARL OF ESSEX ni GENTLE RAIN ne font partie. Voici le cheminement de l’un et de l’autre :
1) WHOLE CLOTH -> SUNSET BLUES (Roe 64) -> JOLLY GOLIATH (Zurbrigg 69) -> VIOLET CLASSIC (Zurbrigg 76) –> EARL OF ESSEX.
2) WHOLE CLOTH -> DIPLOMACY (Keppel 65) -> VAUDEVILLE (Keppel 68) -> semis non dénommé -> GENTLE RAIN.

En dehors de cela, rien, rien de commun.

La présence du gène amoena est loin d’expliquer le fait que ces deux iris soient des plicatas, il faut donc chercher ailleurs l’origine de leur aspect. Pas de problème pour ce qui concerne GENTLE RAIN, les vrais plicatas ne sont pas loin : son « père » CHARMED CIRCLE (Keppel 69) est un plicata ultra classique, du modèle STEPPING OUT, et du côté maternel, à la deuxième génération, il y a d’une part SIVA-SIVA (Gibson 62), de l’autre HENNA STITCHES (Gibson 60), tous les deux purs plicatas, dans les tons de grenat. De même, derrière DIPLOMACY, qui est un néglecta, il y a le célèbre ROCOCO (Schreiner 59) qui est lui aussi un pur plicata descendant en droite ligne de BLUE SHIMMER (Sass 42), lequel est considéré comme l’un des piliers du modèle. En revanche, rien n’est simple chez EARL OF ESSEX. Il faut en effet remonter jusqu’à la quatrième génération pour trouver un premier plicata parmi ces ancêtres. En l’occurrence il s’agit de REPLICATA (R.G. Smith 69), lequel présente d’ailleurs un fond jaune, bien loin du coloris de son arrière-arrière petit fils. Derrière ce REPLICATA, tout comme derrière PURPLE DUET (R.G. Smith 65), variété qui se trouve dans la branche maternelle d’EARL OF ESSEX, on trouve le fameux et superbe plicata amarante GIBSON GIRL (Gibson 49). En fin de compte le processus d’acquisition du modèle plicata ne relève donc pas de l’anomalie : les chiens ne font pas des chats !

Voici donc deux variétés qui, d’apparence, sont très proches, mais dont les origines sont en fait fort différentes. C’est peut-être la démonstration, dans le domaine des iris comme dans celui de la sagesse populaire, que tous les chemins mènent à Rome.
RÉCRÉATION

Les cinq variétés ci-dessous sont toutes des « dark top » ; mais l’une possède un trait qui la distingue des autres. Laquelle ?

ALPENVIEW
CŒUR D’HIVER
FOGBOUND
IN REVERSE
SURF RIDER
RÉCRÉATION ( réponse)

Toutes les variétés indiquées descendent de HONKY TONK BLUES, mais la description donnée est celle de CROWNED HEADS.

3.12.05

DEUXIÈME NUMÉRO GÉANT

Avec un peu de retard, voici la deuxième livraison de la nouvelle formule d'Irisenligne. Cette fois, ce sont les Iris de Louisiane qui sont sur la sellette. J'espère que les lecteurs apprécieront. J'attend leurs commentaires.
PETIT DICTIONNAIRE DU MONDE DES IRIS

Rouge
Adjectif et nom masculin. Du latin ‘rubeus’

L’une des sept couleurs qui disposent d’un nom particulier (c’est à dire ne faisant pas appel à un référent).
En matière d’iris, il s’agit de la couleur qui manque dans la palette puisque la pélargonidine, le pigment qui donne la couleur rouge, n’est pas synthétisé par cette plante. Pourtant les hybrideurs ont usé de toutes sortes de moyens pour essayer de l’obtenir. Après l’irradiation des graines tentée par la famille Anfosso dans les années 80, deux voies sont actuellement en cours d’exploration aux Etats-Unis :
· La saturation du lycopène – tentée par Donald Spoon ;
· La mutation génétique – entreprise par Richard Ernst, avec le soutien financier de la Maison Cooley (deuxième producteur mondial d’iris pour la surface cultivée, et premier en chiffre d’affaire) et la participation scientifique de l’Université de l’Etat d’Oregon.
Les enjeux économiques sont considérables et il faut s’attendre, dans les années à venir, à une véritable révolution dans le monde des iris, autour de la couleur rouge.
LES LEÇONS D’IRIS DANS UN PARC(1)
Un parcours initiatique dans des jardins imaginaires

Première leçon : les iris de Louisiane

Après avoir un moment longé la rivière, les deux promeneurs ont gravi la pente herbeuse qui s’élève vers le château. Ce dernier, devant eux, alignait ses ouvertures classiques, tandis qu’en se retournant ils pouvaient jouir du spectacle de la boucle de l’Erdre, couleur de cendre, sous le ciel nantais. L’air doux et humide qui les entourait incitait au repos et à la rêverie. Ils se sont assis dans l’herbe, trop haute pour faire penser à un gazon anglais, mais bien souple pour les sabots des chevaux qui paissaient autour d’eux. Après un long silence contemplatif, l’homme se tourna vers celle qui l’accompagnait et lui dit qu’un tel endroit conviendrait fort bien à des iris de Louisiane. La jeune fille saisit au bond cette allusion.

LA JEUNE FILLE : « On peut faire pousser ici des iris de Louisiane ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Les inconvénients de ces plantes sont de deux ordres : leur manque de rusticité dans nos contrées, tout d’abord – même si peu à peu les nouveaux hybrides tolèrent des climats tempérés et quelques petites gelées -, leur préférence pour des étés chauds et humides et des hivers doux mais secs, conditions qui ne sont pas celles de l’Europe. Quand on aura ajouté que ce sont des plantes pour sol plutôt acide, très riche en nutriments, et qui demandent beaucoup d’humidité, on saura que leur culture n’est pas évidente chez nous ! Mais avec un peu d’attention et dans le climat nantais, on doit pouvoir y arriver. Elles auront sans doute un peu trop d’eau pendant l’hiver, mais beaucoup d’hybrides modernes devraient pouvoir s’adapter puisqu’il y en a qui sont cultivés jusqu’au sud du Canada. »
LA JEUNE FILLE : « Mais d’où viennent-ils ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Les croisements de base ont été effectués entre des espèces de la série des iris hexagonae, originaires de l’embouchure du Mississipi et des régions environnantes, dans le sud des USA : I. brevicaulis, I. fulva et I. giganticaerulea, essentiellement. Le premier, comme son nom l’indique, présente des tiges courtes, plus basses que le feuillage, de sorte que les fleurs, d’un bleu ciel remarquable, sont difficilement visibles. Le second, en revanche, offre des hampes de 70 à 80 cm, et des fleurs qui vont du jaune fauve au rose et au brun. Le dernier a également une dénomination parlante puisqu’il s’agit d’une espèce qui dépasse largement le mètre en hauteur, et qui est en général d’un joli bleu. Plus tard, I. nelsonii est venu apporter aux hybrides des coloris jusqu’alors inconnus dans le groupe. Mais leur culture est, somme toute, récente, si on la compare à celle des grands iris de jardin. Ceux-là sont hybridés depuis 150 ans au moins, les premiers ne sont apparus qu’il y a un peu plus de cinquante ans. »
LA JEUNE FILLE : « Tu peux me les décrire, ces iris de Louisiane ? »



L’AMATEUR D’IRIS : « Ce qui les caractérise aujourd’hui ce sont des fleurs pratiquement plates, composées de six tépales : trois sépales larges, se rejoignant presque, entre lesquels se glissent trois pétales, un peu plus petits et étroits, et surmontés des trois styles qui protègent les parties proprement sexuelles de la fleur. En matière de couleur on trouve maintenant de tout, notamment du rouge et du blanc, mais un trait spécifique est la présence, à la base des sépales, d’un œil le plus souvent jaune vif, assez analogue à celui qui orne les fleurs d’hémérocalles. Les touffes deviennent vite énormes, les fleurs sentent bon le citron vert et la floraison dure longtemps, en mai et juin. »
LA JEUNE FILLE : « Qui a eu l’idée de cultiver ces iris là ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « L’idée n’est pas nouvelle. Sans doute des hybrides sont-ils apparus spontanément dans les bayous du Mississipi, mais ce sont des dames, de Louisiane et du Texas voisin, Mary Swords-DeBaillon et Mary Caillet, qui ont voué leur vie au développement des iris de Louisiane dont elles pressentaient sans doute les énormes possibilités. Comme tu le constates, elles avaient des noms cajuns. C’est dire leur origine !
Au début, le développement des iris de Louisiane a été bien lent. Ce n’est que dans les années 50 et 60 que les efforts de deux grands hybrideurs ont commencé à donner des résultats intéressants. Le premier s’appelle Charles W. Arny. En quarante ans de carrière il a enregistré plus de cent variétés. Il est à l’origine de gros progrès comme les ondulations aux bords des pétales et l’élargissement de la base des sépales qui donne à la fleur son aspect horizontal. Sa plus intéressante contribution à l’hybridation des louisianas a été la variété baptisée CLARA GOULA, un iris blanc, qui est un peu aux iris de Louisiane ce qu’est SNOW FLURRY aux grands iris. L’autre nom à ne pas oublier est celui de Joseph K. Merzweiler, de Baton Rouge. Lui, c’est l’introducteur des iris tétraploïdes fertiles. Obtenir des louisianas tétraploïdes fertiles n’a pas été une affaire facile et Merzweiler y a consacré vingt ans de sa vie. Mais avec la tétraploïdie il a apporté des couleurs nouvelles et ses successeurs ont relevé le défi de transférer à des iris tétraploïdes les autres qualités des anciens diploïdes. »
LA JEUNE FILLE : « Mais alors, les diploïdes ont-ils cessé d’être hybridés ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Pas du tout ! L’inconvénient des tétraploïdes, c’est qu’ils sont rarement fertiles, et pour un hybrideur, une variété stérile, c’est un cul de sac. On a donc continué avec les diploïdes, et avec de beaux succès. Aux USA, de très grands hybrideurs, comme Mary Dunn, Joë Ghio, George Shoop ou Vernon Wood, connus pour leur travail avec les grands iris, ont obtenu des variétés de louisianas superbes. Il en est de même pour d’autres hybrideurs plus spécialisés, comme Dorman Haymon, Richard Goula, Neil Bertinot, Lois Belardi ou Richard Morgan. »
LA JEUNE FILLE : « N’y a-t-il qu’aux Etats-Unis que l’on s’intéresse aux iris de Louisiane ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Oh, non ! En France, la famille Anfosso a obtenu de très jolies choses. Mais les champions, ce sont les Australiens. »
LA JEUNE FILLE : « Pourquoi ? »
L’AMATEUR D’IRIS : « Essentiellement parce que dans la région de Sydney, les iris de Louisiane trouvent un climat et une richesse du sol qui leur conviennent tout à fait. Le leader australien s’appelle John Taylor. Puisque tu t’intéresses aux grands iris, tu dois connaître Graeme Grosvenor. C’est le beau-frère de John Taylor. Celui-là truste les récompenses dans son pays, mais il a fort affaire avec Heather et Bernard Pryor, qui multiplient les réussites et, surtout, ont réussi à s’implanter suffisamment aux USA pour que leurs obtentions y retiennent l’attention des juges, qui leur ont déjà accordé plusieurs Awards of Merit. Il y a encore Janet Hutchinson qui se distingue surtout par ses iris jaunes ou couleur miel. »
LA JEUNE FILLE : « Quel dommage que l’on ne rencontre pas plus souvent ces iris là ! »
L’AMATEUR D’IRIS : « Sans doute, mais consolons-nous en allant admirer les magnifiques iris à barbes, comme il y en a tant, là-bas, presque en face, dans le parc de la Beaujoire. »

Le vent d’ouest s’était un peu levé et nos deux promeneurs ont repris leur marche, en redescendant vers l’Erdre, où leur bateau les attendait pour les reconduire vers la ville, là-bas, au bout de cette grande plaine d’eau aux reflets d’argent.

(1) L’auteur peut-il demander aux Amis de René Boylesve de pardonner cette allusion à l’un des ouvrages de leur écrivain vénéré ?
A LA RECHERCHE DE L’ORANGE
Un défi pour les Iris de Louisiane


Heather Pryor, obtentrice australienne demeurant dans la banlieue de Sydney, est l’une des personnes les mieux à même de parler des iris de Louisiane car elle fait partie du petit lot d’hybrideurs exceptionnels qui se sont spécialisés dans cette catégorie. Dans le numéro 318 de juillet 2000 du bulletin de l’AIS, elle décrit son expérience dans la recherche de la couleur orange pour sa plante favorite.

« Quel sera ton point de départ pour essayer de développer une ligne de couleur qui n’a pas encore été explorée, depuis plus de 50 ans que l’on hybride les louisianas? Qu’est-ce que cela va te faire découvrir sur toi-même et tes aptitudes ? Quelles aventures passionnantes ou terrifiantes va-tu vivre au fur et à mesure que tu vas avancer dans un territoire inexploré ? Est-ce que tu vas continuer l’expérience ? Est-ce que je ne devrais pas reprendre mes « Petits Chaussons Rouges » et rentrer chez moi (1) ?

Toutes ces questions ce sont présentées à moi au cours des dix dernières années alors que j’approfondissais ma recherche d’un iris de Louisiane d’une brillante couleur orange, assez semblable à celle, peut-on dire, du TB HINDENBURG (ou celle du chat Garfield, si vous vous intéressez à la BD). « Ce n’est pas possible » disaient les gens, mais ce n’est pas une chose qu’il faut dire à un Pryor !

Le rouge et le jaune font de l’orange, n’est-ce pas ? Bon, mais quelqu’un a oublié de le dire aux Iris de Louisiane !

La première année d’hybridation a consisté à expérimenter différentes combinaisons de couleurs et à essayer de voir ce qui pouvait se révéler utile et ce qui pouvait être un pavé de la route à construire(1). Quelques résultats intéressants sont venus en mélangeant du jaune et du pourpre dans tous les sens ; Une autre ligne, partant du brun-rouge, a donné aussi quelques promesses. Mais j’avais encore du chemin à faire…

Une voie était peut-être en train de se présenter et le travail commençait à être sérieux. Mais combien de nuances, teintes ou variations y a-t-il vers ce but insaisissable ? Des couleurs comme pêche, abricot et terre cuite sont apparues, mais toujours pas d’orange.

En 1993, mon mari Bernard et moi avons eu la chance de recevoir la visite de Richard Goula, de Lafayette, près de la Nouvelle Orléans, pendant la saison de floraison de nos Iris de Louisiane. Il nous a gentiment encouragés et m’a aidé à me focaliser sur ce qu’il y a d’essentiel dans la quête de l’orange : essais et retour d’expériences. En 1993 j’ai croisé quelques jolies petites choses bizarres (un peu comme ferait une abeille) et j’ai attendu…

Vint le jour où les essais de 93 se sont mis à fleurir ; en même temps un modèle commençait à émerger des combinaisons de couleurs des trois années précédentes. Bien entendu, il y avait quelques vrais tacots (2) parmi tout ça, mais aussi quelques produits qui valaient la peine.

J’ai bientôt enregistré BUSHFIRE MOON (photo : cl. Grosvenor), un unicolore d’une brillante couleur jaune orangée. En 97 j’ai enregistré un frère de semis de BUSHFIRE MOON qui était d’une couleur un peu plus ocrée : GINGER FUDGE. Celui-là est un bel iris, au jardin, et il a été intensément utilisé par la suite. Un autre frère de semis, WHISPERED PROMISE, est d’un ton rose abricot et a été très apprécié par mon amie Janet Hutchinson pour quelques-unes de ses hybridations.

En 93 quand je jouais à l’abeille, j’ai fait un croisement à partir d’un unicolore acajou vif (qui s’appelle maintenant MONET’S MAGIC), et l’un de ses descendants est un self délicieusement coloré en miel parcouru de jolies veines brun doré. Il a été enregistré en 98 sous le nom de HONEY JUMBLE. (Pour l’anecdote, tous ses frères de semis sont étonnamment rouge cerise !)

Un autre croisement se nomme maintenant LOST FOR WORDS ; c’est un self abricot tendre, teinté de grenat autour du signal, qui pousse vigoureusement. Il fait partie de la récolte.

Deux superbes iris dans les tons de rouge ont également été enregistrés : JAZZ HOT, rouge fumé finement liseré de jaune ; et HOT AND SPICY, rouge brique brillant avec les styles vert pomme pointés de jaune beurre. Tous sont intéressants, mais où est l’orange que j’espérais obtenir ?

En 1994 j’ai croisé BUSHFIRE MOON et HOT AND SPICY. J’espérais quelque chose qui se situerait dans des couleurs d’agrume. En 97 un semis costaud a commencé à fleurir. Il était un peu de la couleur du chat orange Garfield, il brillait au soleil, il avait des veines rouges, des styles vert pomme, des boutons bien placés, il était vigoureux etc. etc. Son nom ? BOUND FOR GLORY. Il a été enregistré en 99. Mais il n’est pas tout à fait orange.

Toujours pendant ma période « façon abeille » de 1993, j’ai croisé JOIE DE VIVRE avec STYLISH SOCIALITE. Tous les deux étaient dans les tons de rose, violet ou cyclamen et avaient des antécédents sur lesquels je comptais pour mes recherches. Un semis est né en 96, mais dans un coloris inhabituel : bicolore lavande doux et café au lait. Il a été baptisé en 97 TEACUP CHATTER et ce cultivar est une bruyante petite créature qui me crie tout le temps « Viens près de moi et regarde moi !" » (Oui ! Il me fait ça !) C’est un autre pas en avant dans l’hybridation, mais on est loin du chemin vers l’orange. Enfin, peut-être…

Revenons à mes croisements de 1990. Deux d’entre eux, exactement à l’opposé l’un de l’autre, ont été un apport important pour les iris de Louisiane remontants : MAD ABOUT YOU est couleur maïs ; l’autre, un jaune clair très ondulé, d’une jolie forme arrondie, s’appelle FOR DAD. Quand il a fleuri pour la première fois, en mai 92, et quand mon père l’a vu, il a dit : « Il est superbe. Je l’adore. Voudrais-tu lui donner mon nom ? » Il est mort inopinément la même nuit et chaque année ce cultivar a fleuri à la saison normale, à la mi-octobre, et aussi en mai. Je continue de travailler sur la remontance des louisianas, mais cela ne me détourne pas de mon but initial.

Ai-je atteint la Cité d’Émeraude (1) ? Pas encore, mais le voyage a été un vrai plaisir et les liens d’amitié liés en cours de route ont été particulièrement merveilleux. Je ne suis pas prête à chausser mes « petits chaussons rouges (1) » et à revenir à la maison : il y a encore trop de chemins à explorer qui sont autant de réjouissances en vue !

(1) NDT : Allusions au Magicien d’Oz ; Les petits chaussons rouges sont ceux que découvre Dorothy, l’héroïne, et dont elle apprend qu’ils lui permettent de retourner à la maison, si elle fait claquer ses talons. La cité d’Émeraude est celle où vit le Magicien d’Oz et où se rendent Dorothy et ses amis, en empruntant la « route aux pavés jaunes ».
(2) NDT : H. Pryor est aussi la concessionnaire Rolls-Royce pour l’Australie et la Nouvelle Zélande !
RÉCRÉATION

Voici la description officielle d’une variété très connue. Devinez laquelle, dans la liste ci-dessous :
« TB, 97cm, MO. Pétales violet glycine, un peu plus foncé à la base ; styles bleu clair ; sépales bleu clair, plus sombre au cœur, devenant blanc argent avec l’âge ; barbes bleues, dorés à la gorge ; léger parfum doux. »

BLUE CRUSADER
BYE BYE BLUES
CROWNED HEADS
TITVAN
UNCLE CHARLIE
RÉCRÉATION ( réponses)

Toutes les variétés indiquées descendent de SOAP OPERA, mais la description donnée est celle de DESIRIS.

2.12.05

DIFFICULTES

Un incident va retarder la publication des pages prévues pour cette semaine. Mais tout va s'arranger !

A bientôt.

25.11.05


CULTIVER LES IRIS
L’opinion d’une spécialiste : Michèle Bersillon.

Question : Pour vous, cultiver les iris, c’est quoi ?

Réponse : Les iris, cela ne se limite pas aux émotions d’un concours mi-mondain mi-professionnel ! C'est le bêchage d'une nouvelle plate bande en hiver, les soucis pour les plantes qui subissent les intempéries et le froid. Après, il y a toute la préparation du jardin en fin d'hiver : nettoyage des feuilles mortes, apport d'engrais, application d'insecticide, anti-insectes du sol, etc. et le début de l'éternel désherbage. Ensuite, vient le printemps avec ses merveilles et, si on a beaucoup de chance, un ou deux miracles, la frénésie des hybridations et l'immense satisfaction qu'on ressent quand on contemple le jardin fleuri, parfumé et paisible. L'été :Repiquage des semis et désherbage, désherbage et . . . désherbage, le tout avec la chaleur, les taons, aoûtats et autres pestes, et parfois les tempêtes de grêle ! C'est aussi le moment des envois et échanges et la récolte des graines avec tous les espoirs qui vont avec. Automne et le début de l'hiver, c'est le nettoyage du jardin pour la saison morte, le choix des semis et ensuite la plantation des graines, la recherche des pedigrees . . . et les rêves. Et les concours dans tout cela ? Quelques jours tous les deux ou trois ans. Si les plantes qu'on a envoyé concourir fleurissent au bon moment, c'est-à-dire les dates choisies pour le concours, on a une toute petite chance d'une récompense et d'applaudissements, mais il ne faut pas trop y compter ! Pour moi, la récompense est le miracle d'une fleur qui s'ouvre pour la première fois : tout est là. (voir photo semis 0252A).
FRESH AIR

L’un des plus jolis iris bleu clair qu’il m’ait été donné de voir ces derniers temps s ‘appelle FRESH AIR (Hager 89). C’est une fleur qui mérite bien son nom, car sa couleur est d’une fraîcheur et d’une netteté rarement atteinte, de plus, la barbe blanche ne vient en rien détourner l’attention que l’on porte au coloris. La corolle elle-même est typiquement « Hager », c’est à dire admirablement proportionnée, symétrique, un peu ronde, avec de douces ondulations. Pour compléter le tableau, il semble que les boutons soient nombreux et que la plante se porte bien et pousse sans problèmes.

Comme tous les iris bleus d’aujourd’hui, celui-ci rassemble les gènes des trois familles de bleus des origines, mais si ses deux parents sont aussi des iris bleus, ils ont néanmoins des antécédents très différents.

Du côté paternel, le bleu est de mise depuis trois générations. A la première c’est WELCOME ABOARD (Hager 88), bleu clair à fines barbes jaunes, qui prend l’ascendant. Lui-même provient de MAESTRO PUCCINI (Benson 72), bleu moyen, un peu gris, et d’un semis blanc issu de ICE SCULPTURE (Hager 73) et de GEOMETRICS (DuBose 75). Ce blanc est en fait un blanc « de bleu » puisque aux générations précédentes on trouve SHIPSHAPE (Babson 69 – DM 74), puis PACIFIC PANORAMA (Neva Sexton 60 – DM 65), puis SOUTH PACIFIC (Kenneth Smith 52), LADY ILSE (K. Smith 50) et CAHOKIA (Eva Faught 46). Quant à MAESTRO PUCCINI, ses parents, VAN CLIBURN (Benson 61) et TIDELANDS (Buttrick 61), et ses grands-parents sont bleus, tous d’origine bleue avec une équitable représentation des trois grandes familles de base.

La branche maternelle est bien plus diversifiée. Il faut noter tout d’abord que la « mère » de FRESH AIR est un sibling bleu du fameux EDITH WOLFORD (Hager 86 – DM 93). Mais on peut dire qu’on trouve de tout dans le pedigree de celui-ci. Du bleu, avec encore une fois CAHOKIA ; du rose aussi par GRADUATION GIFT (Midge Awalt 55) et par DREAMCASTLE (Cook 43) ; du blanc grâce à NEW HORIZON (Fay 46) et BROTHER CHARLES (Reckamp 48) ; du jaune avec BUTTERSCOTCH KISS (Plough 59) ; mais aussi des bitones et des bicolores, MELODRAMA (Cook 56), COMMENTARY (Babson 63), des amoenas, WHOLE CLOTH (Cook 57 – DM 62), MERRY MADRIGAL (Babson 82), un plicata (STEPPING OUT (Schreiner 64 – DM 68) et, évidemment, des variegatas, LILAC CHAMPAGNE (Hamblen 65), GUITAR COUNTRY (Plough 71), FREEDOM ROAD (Plough 77). Il s’agit d’une délicate cuisine, mais ici ce ne sont pas les saveurs mais les couleurs que l’on mélange.

Le résultat est une plante pratiquement parfaite. C’est tellement vrai qu’à ma connaissance aucun hybrideur n’a utilisé FRESH AIR pour réaliser de nouveaux croisements. Cette fleur est un aboutissement, comme on en rencontre par moment, une voie sans issue parce qu’il n’y a aucun perfectionnement à lui apporter. Il est simplement dommage que les producteurs français n’aient pas importé cette variété, qu’on ne peut donc admirer que dans le jardin de quelque amateur passionné, qui n’est pas rebuté par les pièges de l’importation qui guettent souvent les particuliers.
RÉCRÉATION

Voici la description officielle d’une variété très connue. Devinez laquelle, dans la liste ci-dessous :
« TB, 76cm, MT. Pétales pose pastel orangé ; sépales crème devenant orange aux épaules, plus rose au bord ; barbes orange clair, base crème ; ondulé, dentelé ; parfum doux et épicé. »

ALDO RATTI
BUC ARCADES
DESIRIS
MENESTREL
TITANIUM
RÉCRÉATION ( réponses)

Toutes les variétés indiquées descendent de VANITY, mais la description donnée est celle de BEVERLY SILLS.

18.11.05


PETIT DICTIONNAIRE DU MONDE DES IRIS

Dans ce dictionnaire, je compte mettre, au fil du temps et de l’inspiration (l’ordre alphabétique propre aux dictionnaires viendra après !), la définition commentée de la plupart des mots du langage des iris. Commençons par…

Remontant (en anglais = rebloomer) ; syn. Polyanthésique.
Adjectif et nom masculin. Du verbe remonter.
Définition selon le Petit Robert : « Qui redonne des feuilles, des fleurs, des fruits, après la période de floraison normale. »
Appliqué aux iris, ce mot désigne les variétés qui produisent des tiges florales plus d’une fois au cours d’un cycle végétatif.
On distingue plusieurs niveau de remontance :
· Les remontants occasionnels, qui sont des variétés qui ne présentent qu’une tendance sporadique à produire de nouvelles tiges florales au cours d’une même année.
· Les remontants cycliques, qui développent deux cycles complets au cours d’une même année ; ils n’ont pas besoin d’une période de froid (vernalisation) pour produire de nouvelles pousses. Des nuits fraîches suffisent à provoquer l’apparition de nouvelles tiges.
· Les remontants perpétuels, qui produisent des tiges florales tout au long de l’année. Leur période de floraison n’est pas contrôlée par la longueur de la période d’éclairement, mais par la température du sol. La variété LICHEN – Byers 89 - (photo) est dans ce cas.
Des iris qui ne fleurissent qu’au printemps peuvent, s’ils sont croisés avec des variétés remontantes, produire des semis remontants. Ils sont porteurs du gène qui élimine le besoin de vernalisation.